Isabelle Amaglio-Térisse : « Restaurer des services publics de qualité »

Par Lepetitjournal Montreal | Publié le 26/05/2022 à 20:55 | Mis à jour le 27/05/2022 à 18:02
Isabelle Amaglio-Térisse, candidate la gauche républicaine aux législatives 2022 de la 1ère circonscription des Français de l'étranger

Dans la perspective des prochaines élections législatives (à partir du 27 mai en ligne, 5 et 19 juin 2022 dans les urnes), lepetitjournal.com est allé à la rencontre des candidats dans chaque circonscription des Français de l’étranger. Isabelle Amaglio-Térisse, la candidate pour la Gauche républicaine et laïque dans la 1ère circonscription des Français de l'étranger, a répondu à nos questions. 

 

Pourquoi avez-vous souhaité vous présenter aux prochaines élections législatives ?

Je suis une militante et je pense que la promotion de nos propositions, doit se faire partout, notamment là où les idées réactionnaires et racistes ont pu prospérer ces dernières années. Je co-préside mon parti, Les Radicaux de Gauche (LRDG) et, en tant que telle, il me semble également nécessaire de m’investir directement en tant que candidate, prendre ma part personnelle dans cette bataille des idées. J’ai grandi dans un quartier populaire et j’ai toujours vécu dans un environnement comportant un quartier défavorisé, voire très défavorisé et c’est un choix. Je suis une militante du pacte républicain dans le débat démocratique mais aussi sur le terrain. Il n’y a pas ni fatalisme ni citoyen de seconde zone, ni invisible de la République. Depuis 5 ans, je suis la référente des Français de l’étranger de mon parti et j’ai rapidement constaté que ce pacte républicain, qui me tient à cœur, est délité pour nos concitoyens éloignés du territoire national. Finalement, tout comme dans les quartiers populaires, ils se sentent éloignés des prises de décisions et relégués, voire oubliés. En tant que femme de gauche, je souhaite donc porter une politique de gauche après un quinquennat libéral qui a considérablement fragilisé nos concitoyens et accentué les clivages dans notre société.

 

Particulièrement pour les Françaises et Français résidant à l’étranger avec la diminution des services publics consulaire, la privatisation rampante de l’enseignement dans les structures françaises etc. L’actuel Président, réélu par défaut, s’apprête à poursuivre une politique qui affaiblit la cohésion nationale et la justice sociale et qui passe totalement à côté des enjeux climatiques. Il a également piétiné les droits des femmes, pourtant grande cause du quinquennat. On le voit bien en analysant la composition du gouvernement qui vient d’être nommé, avec l’absence de ministères au logement et aux transports et où les Français de l’étranger n’ont même pas droit à un secrétariat d’État. J'ai choisi d'être candidate aux élections législatives pour proposer une alternative autour de thèmes qui sont aujourd'hui insuffisamment défendus dans le débat public. Je suis d’une gauche exigeante sur les valeurs républicaines universalistes et laïques, sur la protection des libertés de conscience et d’expression, contre le racisme, l’antisémitisme et toute forme de discrimination. Une gauche portant haut l’ambition sociale, l’écologie et la solidarité. Une gauche responsable et déterminée pour lutter contre l’autoritarisme, le populisme, et préserver la paix.

 

Quel est votre rapport avec cette circonscription ?

J'ai un attachement particulier pour le continent américain, notamment le Canada (et plus particulièrement le Québec, mon activité professionnelle m’ayant amenée à Montréal et Québec pendant plusieurs années, avec de nombreux travaux et expérimentations sur les questions entrepreneuriales) et l’un de mes enfants y vit et travaille. Je ne vis pas aujourd’hui sur cette circonscription et je suis d’autant plus claire sur ce point que l’un de mes engagements en politique est la transparence (j’ai aujourd’hui un mandat local en Ile-de- France). Je ne fais pas partie du milieu des affaires local, ni du cercles de notables, ni ne brigue un mandat de conseiller des Français de l’étranger, ce qui me libère de tout intérêt particulier et de l’influence de groupes de pression. Le véritable sujet est que j’ai choisi de me présenter sur une circonscription des Français de l’étranger, en tant que dirigeante d’un parti politique.

 

Mon objectif, notre objectif, est d’adresser un signal fort et concret de la grande considération que nous portons à nos concitoyens vivant hors du territoire national, pour cette élection et, naturellement, au-delà. C’est le sens profond de ma candidature mais aussi celle des 9 autres candidates que notre fédération de la gauche républicaine présente sur les circonscriptions des Français résidant à l’étranger. J’ajoute un petit mot sur Catherine Duriez Guy qui est candidate-suppléante. Expatriée pendant 9  années aux Etats-Unis, elle y d’abord étudié et enseigné à l’Université d’Oregon puis travaillé à New York à Los Angeles. Aujourd’hui, et à titre bénévole, elle conseille et informe les entreprises notamment sur leur stratégie exportatrice ou d’implantation sur le territoire de l’Amérique du Nord.

 

En quoi votre parcours est-il marqué par les préoccupations des Français de l'étranger ?

Mon parcours politique m’a donc amenée depuis plusieurs années à approfondir les thématiques relatives aux Français de l’étranger : comment faire vivre l’égalité entre citoyens pour celles et ceux qui vivent hors du territoire national. Plus de 3 millions de Français sont directement concernés. Mon engagement sur ce sujet a débuté avec ce constat et a grandi peu à peu. La pandémie a accentué cette préoccupation lorsque, pour la première fois dans notre histoire, certains de nos compatriotes n’ont plus été en capacité de rejoindre le sol national. J’ai familialement été directement concernée pendant cette période et ce fut un déclic. Ma petite-fille, née pendant cette période, est binationale. Je mesurai bien la richesse de cette situation mais pas encore les difficultés administratives intrinsèques…Plus largement, le départ à l’étranger de ma dernière fille, en contrat de droit local, m’a fait toucher du doigt la réalité de la protection sociale (ou plutôt la quasi-absence de protection !) et l’inégalité entre les territoires au sein même de la communauté des Français résidant à l’étranger. C’est aussi tout cela que je porte avec cette candidature.

 

Comment voyez-vous le mandat de député ?

Un député est au service de la Nation avec un mandat de dimension nationale. Il propose et vote des lois qui valent pour toutes les Françaises et tous les Français dans une République une et indivisible. Donc, l’essentiel du temps de travail du député (pas nécessairement de son équipe) se fait là où s’élaborent ces lois. Il est important qu’un candidat soir clair sur son positionnement pendant la campagne pour que les électeurs sachent pour qui et pour quel programme ils votent. Le député étant élu sur une circonscription, il est également au service des citoyens de sa circonscription qui peuvent le saisir pour des problématiques touchant à leur vie quotidienne. Je serai disponible pour toute sollicitation et n’hésiterai pas à interpeller le gouvernement pour qu’il use des voies diplomatiques si la situation l’exige.

 

Pour moi être députée des Français de la 1ère circonscription, c'est donc également être à leur écoute et en capacité de relayer leurs besoins et leurs attentes. C’est être présente sur le terrain régulièrement, m’y plonger à la rencontre de chacune et chacun, y rendre compte de mon travail et de mes actions. Et puis, nous sommes 10 candidates de la Fédération de la Gauche Républicaine, donc nous continuerons ensemble, dans un mandat de députée pour lui donner une dimension collective également sur ce plan. Le mandat de député est l’équilibre entre le national et le territoire (la circonscription). Pour ne pas avoir une vision biaisée et hors sol, le terrain nourrit le travail législatif. Les échanges avec les compatriotes sur le terrain nourrissent la réflexion et la remontée de leurs besoins. Je dois être aussi leur porte-voix à l’Assemblée nationale en m’appuyant sur le travail des conseillers AFE, véritables relais de proximité et les acteurs qui font rayonner notre culture et notre pays.

 

Quels sont, selon vous, les défis qui attendent les Français de votre circonscription ?

La sociologie des Français établis hors de France est diverse : des binationaux, des couples mixtes, des jeunes en contrat local, des retraités, des expatriés et tous ceux qui partent tenter une nouvelle expérience de vie à l’étranger, spécialement aux Etats-Unis et au Canada. La crise COVID a considérablement impacté leur vie, leurs projets et on doit répondre présent en leur offrant l’accompagnement dont ils ont besoin et auquel ils ont droit. Le programme que nous proposons a donc une résonance particulière pour ces Français : restaurer des services publics de qualité et de proximité, mais aussi l’accès au droit, l’accès à l’éducation et la culture sans conditions, la protection sociale, anticiper le problème de nos aînés parfois indigents qu’il faut rapatrier en France d’urgence. Le travail est considérable ! Par exemple, sur le moyen terme, l’accès à la scolarisation pour leurs enfants dans les établissements d’enseignement français risque de se durcir encore, avec de plus en plus d’établissements privés demandant des frais de scolarité prohibitifs. Sur le temps long, c’est l’art de vivre à la française et le maintien des liens avec la France à travers sa culture et ses valeurs qui pourront être compromis par les tensions géopolitiques et la disparition des centres culturels et de l’Alliance Française.

 

Nous devons redonner à nos enseignants des conditions de travail digne et reconnaître leur valeur, ils sont les porte-drapeaux de la francophonie, de la langue mais aussi de notre culture, celle des Lumières ! La suppression programmée du corps diplomatique montre une absence de réflexion voire une certaine naïveté quant à la portée des enjeux politiques économiques et sociaux du contexte international actuel. Les défis? Ce sont les mêmes depuis plusieurs années : éducation, défense de la langue française et de la francophonie, fiscalité, retraite...mais nous voulons  prendre une autre approche pour les traiter.  Par exemple, adopter une vision non discriminatoire: les Français établis hors de France sont des français à part entière.  La perception d'impôts supplémentaires uniquement pour les Français établis hors de France est un exemple de cette politique discriminatoire.  La difficulté d’accès des jeunes français de milieux modestes aux Collèges et Lycées Français de l'Etranger marque aussi une politique discriminatoire. 

 

Comment est organisée votre campagne et qui sont vos soutiens ?

Comme notre fédération présente 10 candidates sur les circonscriptions des Français de l’étranger, nous avons décidé d’additionner nos forces, dans la plus grande convivialité et avec une belle émulation. C’est donc une campagne très collective, avec le soutien d’un pôle des militants des partis membres de l’alliance vivant ou ayant vécu à l’étranger. Une grande partie s’effectue par voie dématérialisée et au-delà des outils propres à chaque candidate, nous avons créé un site internet et des comptes sur les réseaux sociaux pour diffuser nos idées et les propositions spécifiques à chaque circonscription. Nous avons organisé une conférence de presse le 23 mai, un webinaire se tiendra pour l’Amérique du nord le 27 mai (19h00 – heure de New-York), nous avons toutes de nombreux échanges en visio avec des élus sur place, des questions etc. Les contacts personnels que nous avons parmi les Français vivant à l’étranger (notamment des conseillers des Français de l’étranger) nous aident aussi beaucoup en relayant cette campagne. Nous avons d’ailleurs des difficultés, comme souvent pour les Français à l’étranger : nos circulaires électorales (« professions de foi ») n’ont pas été mises en ligne lundi (nous ne sommes pas les seuls), certaines de nos newsletters ont été bloquées etc. c’est malheureusement un appauvrissement déplorable du débat démocratique. Mais cela nous conduit à agir différemment pour porter notre projet. Car, dans cette campagne, ce sont nos propositions, notre détermination que nous mettons en avant.

 

Quels sont les axes de travail que vous souhaitez mener à bien si vous êtes élue ?

Tout d’abord, en termes de méthode, je souhaite rencontrer un maximum de Françaises et Français sur la circonscription, notamment celles et ceux qui n’ont pas toujours accès aux représentations et associations dédiées. Sur tous les volets, mon approche sera celle de l’égalité, du pacte républicain en ayant le souci constant de préserver les Français de l’étranger dans leurs singularités et la richesse qu’ils constituent pour la France avec une veille exigeante de toute forme de discrimination à leur encontre (retraite, fiscalité et cotisations comme les +16% CFE publiés en catimini pendant la présidentielle) La priorité absolue sera donnée à la culture et à l'Éducation : je m'opposerai à la fermeture des centres culturels qui contribuent au rayonnement de la France à l'étranger et à la privatisation du réseau des Lycées Français. Je défendrai les services publics et notamment la possibilité pour chaque citoyen qui en éprouve le besoin d'être reçu en présentiel. Les questions de laïcité, d’égalité, de liberté (notamment pour les femmes) de droits individuels (comme celui de se déplacer) seront également une de mes préoccupations constantes.

 

Quel regard portez-vous sur le bilan de l’actuel député de la 1ère circonscription des Français de l’étranger ?

Le député sortant a cautionné tous les choix néfastes et les revendique pour briguer sa réélection Il n'a pas empêché la casse des services publics, la destruction des services consulaires, des centres culturels et des lycées français, la privatisation rampante de l’enseignement, la fiscalité injuste, illustrant ainsi une forme de mépris à l’égard nos concitoyens. Il a donné son plein appui à une politique qui a relégué les Français à l'étranger dans une seconde zone et, plus largement, a fracturé la cohésion nationale en affaiblissant les plus fragiles. Un bilan pour rien en matière écologique alors qu’il y a urgence. Une absence de politique de réindustrialisation dont on a vu les effets pendant la pandémie. Et il veut continuer…

 

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