Au Musée McCord Stewart, même le cordon rouge qui sépare les visiteurs des œuvres raconte une histoire. Réalisé par Carrie Allison, il invite au toucher plutôt qu'à la distance. Une manière d'entrer dans l'univers de cette artiste nêhiyaw et métisse, pour qui le perlage constitue un lien vivant avec les générations passées.


Une résidence artistique pour renouer avec ses ancêtres
Avec son programme Artiste en résidence, le Musée McCord Stewart crée un pont entre ses collections et le travail d'artistes en arts visuels. Célina Yellowbird, conservatrice de la collection Cultures autochtones du Musée, explique que ce projet a été conçu « pour encourager les artistes à travailler avec notre collection, pour ensuite s'en inspirer ».
À la suite d'un appel de candidatures, c'est Carrie Allison qui a été choisie. Avec carte blanche, l'artiste a réalisé plusieurs œuvres de broderie perlée. D'origine nêhiyaw et métisse, elle s'inspire des styles de perlage du nord-ouest de l'Alberta, dans le but de se reconnecter à son histoire et à ses ancêtres.
Elle propose ainsi au public de découvrir cette pratique du perlage, intimement liée à la culture des Premières Nations. Le titre de l'exposition, askōhtēskanohwē, évoque notamment l'idée de « suivre les traces du passé tout en ouvrant des voies pour les générations futures ».
L'artiste explique avoir « voulu explorer une collection basée sur le ressenti ». Elle souligne l'importance du toucher. Dans la salle, le cordon rouge ne sert pas seulement à protéger les autres œuvres. Il est lui-même une création destinée à être effleurée.
Huit objets historiques comme sources d'inspiration
L'artiste s'est intéressée à huit objets de la collection Cultures autochtones du Musée. Cette collection, dont une partie a été offerte par la famille Gaudet, rassemble environ 16 000 objets archéologiques et historiques qui retracent 12 000 ans d'histoire.
On y trouve des vêtements, des accessoires et des objets du quotidien utilisés par les Premières Nations, principalement au Canada. Célina Yellowbird précise que la collection est accessible en ligne à tous.
La majorité de ces objets sont anonymes. Pour les objets perlés, Sherry Farrell Racette, professeure au département des arts visuels de l'Université de Regina, parle de « perlages orphelins ».
En parcourant l'exposition de Carrie Allison, on peut admirer quelques objets traditionnels. On découvre notamment une cantonnière, une pochette murale et une couverture pour chien datant du XIXe siècle.
Notre regard se porte ensuite sur les œuvres de l'artiste : les similitudes apparaissent immédiatement. Les fleurs et les couleurs font écho aux pièces originales. Pour Carrie Allison, s'inspirer de ces objets était une façon de se réapproprier cet héritage artistique.

Le perlage comme acte de résistance
Carrie Allison ajoute que le perlage a toujours été un « moyen de résistance, un mode de création pour survivre à d'innombrables atrocités ».
Selon l'Université du Québec, les historiens estiment qu'au XVIIe siècle, entre 50 % et 95 % des peuples autochtones ont disparu, victimes des maladies transmises par les Européens.
La colonisation a ensuite entraîné de nombreuses violences et injustices, dont témoigne l'exposition permanente du Musée McCord Stewart, Voix autochtones d'aujourd'hui : savoir, trauma, résilience.
Face à ces traumatismes, l'artiste affirme que le perlage, pratiqué depuis toujours, a contribué à souder les communautés autochtones.
Pour cette nouvelle génération d'artistes, le perlage est aussi un devoir de mémoire. Il permet de transmettre les savoirs et les histoires de leurs ancêtres afin qu'ils ne tombent pas dans l'oubli.
À travers ses créations, Carrie Allison montre ainsi que le perlage ne relève pas seulement du patrimoine. Il demeure une pratique vivante, un moyen de renouer avec ses origines et de transmettre aux générations futures une histoire qui continue de s'écrire.
Pour en savoir plus sur cette pratique, le Musée propose au public d'assister, le mercredi 4 novembre 2026, à une table ronde virtuelle intitulée « Explorer le perlage métis : territoire, style et relations ». Sherry Farrell Racette, Gregory Scofield et Carrie Allison échangeront autour des traditions et des modes d'expression liés à cet art. Attention, cette table ronde sera en anglais.
Inscription à la table ronde virtuelle du 4 novembre (gratuite)
Sur le même sujet
























