Montréal Accueil soufflera ses 40 bougies le 27 mars, sous les lustres du Théâtre Rialto. L’association promet une soirée à son image, chaleureuse et fédératrice. Retour sur 4 décennies d’entraide et de liens créés.


Le 27 mars, sous les lustres du Théâtre Le Rialto, Montréal Accueil soufflera ses 40 bougies.
Champagne, buffet signé par trois traiteurs, DJ, tenue “Chic et Choc” exigée. Mais avant les projecteurs et la piste de danse, il y a eu 4 décennies de femmes qui ont façonné l’association.
Dans le salon lumineux et élégant de Rose-Marie Namy, autour d’un café crème et d’un gâteau au chocolat, trois générations de présidentes se retrouvent pour raconter l’histoire. À ses côtés, Béatrice Daudin, présidente depuis mai 2025, installée à Montréal depuis 11 ans. Et Marie-Annick Pavillet, présidente de 1999 à 2008, et toujours bénévole à ce jour, témoin des années de structuration.
Entre elles, quarante ans de bénévolat, d’entraide et surtout de liens créés, au sein « d’une association pérenne qui continue de se transmettre de bénévole en bénévole », rappelle la présidente actuelle.
Montréal Accueil : l’association qui soutient les Français installés à Montréal
À l’occasion de cet anniversaire, Montréal Accueil ouvre exceptionnellement, dès le 4 mars, les inscriptions à sa soirée aux francophones qui ne sont pas — ou plus — membres de l’association. Une invitation à venir découvrir ses activités et rencontrer celles et ceux qui font vivre ce réseau depuis quarante ans. La soirée se tiendra le 27 mars au Théâtre Rialto.
Une idée née d’un sentiment de solidarité
L’histoire commence bien avant 1985 (premier statut de l’association). En 1967, Rose-Marie Namy quitte l’Europe. Allemande d’origine polonaise, elle arrive au Canada en bateau, attirée par l’exposition universelle de 1967. « Je me suis dit que c'était formidable parce qu'on peut pratiquer l’anglais et le français et je n’ai plus jamais quitté le pays », en rigole Rose-Marie.
Elle trouve du travail facilement, construit sa vie ici, épouse un ingénieur français très impliqué dans les milieux diplomatiques et consulaires. Les réceptions s’enchaînent. Les mêmes visages aussi. Puis un jour, en 1980, une amie, Denise Iriart, récemment arrivée de France lui confie : « Je trouve que c’est difficile de se faire des amis ici. »
De là, la discussion s’élargit. En France, il existe des « villes d’accueil ». Pourquoi pas à Montréal ? À l’époque, l’idée n’a rien d’évident. L’Union Française est active mais n’a pas l’objectif de créer du lien social. Beaucoup de Français affirment ne pas vouloir fréquenter d’autres Français. « Ils partent avec l’idée de rencontrer des Québécois pour s’intégrer et non de rester entre Français », confie la co-fondatrice.

1985 : des statuts déposés, un esprit affirmé
« C’était difficile de recruter des membres. On a écrit des lettres à la main, fait du porte-à-porte, organisé des événements… Parfois financés personnellement », se remémore Rose-Marie. En 1985, les statuts sont officiellement déposés et l’association se structure autour de sa première présidente : Simone Dunand.
L’association est rattachée à la Fédération internationale des Accueils français et francophones d’expatriés (FIAFE) et fonctionne, depuis sa création, exclusivement grâce aux bénévoles.
La FIAFE, réseau “bâtisseur de ponts & créateur de liens” pour les Français du monde
Les premiers clubs ? Lecture, bridge, patchwork. Des cafés pour briser la solitude des femmes d’expatriés, souvent sans droit au travail à l’époque. Peu à peu, les partenariats se nouent, notamment avec le Consulat général de France à Montréal et le Collège Marie de France, où sont organisées des expositions pour financer l’association.
Maintenant, de nouveaux clubs ont vu le jour : le padel, le yoga, le pilates, les fresques du climat et de l’alimentation, les idées déco, les apéro philo, les mojitos littéraires, les jeux de société, etc. Ils cohabitent avec les premiers clubs, toujours existants : marches et ski de fond, cafés d’accueil, ateliers cuisine, conversation anglaise, expos-vente, activités littéraires, visites de quartier, bridge, ateliers manuels, potlucks, dîners mystère… « L’association propose en moyenne 40 activités par mois », mentionne Béatrice Daudin.
Montréal, un cas à part
« Montréal est particulier », souligne Marie-Annick Pavillet. Contrairement à d’autres villes d’expatriation, beaucoup choisissent ici de s’y installer durablement. Mais s’ancrer ne signifie pas que tout devient simple. « On oublie que ces familles laissent derrière elles leur réseau, leur cadre, leurs repères. Il faut tout reconstruire », rappelle-t-elle. « Elles doivent se recréer un cercle, une famille locale, pour retrouver stabilité et sentiment d’appartenance ».
Béatrice, elle-même arrivée pour un contrat d’expatriation avant de décider de rester,
« Quand on choisit de vivre ici, il faut se créer un cercle social. Ce n’est pas si facile. »
Aujourd’hui, Montréal Accueil rassemble plus de 300 familles membres et près de 60 bénévoles.
«La tendance de cette année, c’est qu’ on a de plus en plus de jeunes, des couples dans la trentaine avec des enfants en bas âge », constate Béatrice Daudin. Un contraste qui se dessine, même si la majorité des membres sont âgés « de 45 à 60 ans », souvent retraités ou moins engagés professionnellement.
Cette évolution générationnelle a transformé le fonctionnement de Montréal Accueil « Aujourd’hui, la plupart des familles comptent deux actifs. L’offre s’est donc adaptée avec davantage d’activités proposées en soirée et une participation masculine plus importante. »
Retrouvez le calendrier des activités de Montréal Accueil
Un fil rouge : le lien
Ce qui n’a pas changé en quarante ans, c’est l’esprit apolitique et ouvert de l’association. Créer du lien. Offrir un premier repère. Permettre des amitiés durables. « J’ai vu des amitiés naître ici qui existent encore aujourd’hui », sourit Rose-Marie. « C’est fréquent : des femmes d’une quarantaine d’années, isolées, qui pleuraient tous les soirs chez elles faute d’amis… On les encourage à venir à l’association. Elles finissent par franchir le pas, rencontrer d’autres membres et se faire des amies. On les voit renaître. »
Le 27 mars, au Théâtre Rialto, il sera question de fête. Mais derrière les bulles de champagne et la soirée dansante, il y a surtout quarante ans d’histoires partagées. Et peut-être, pour certains nouveaux arrivants, le début d’une nouvelle amitié.
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