Le projet de réforme de l'audiovisuel public extérieur français est dans le flou le plus total. Les trois protagonistes, France 24, RFI, TV5, semblent incompatibles pour parvenir à un consensus. Mais une refonte semble inévitable pour rester compétitif internationalement
Un comité de pilotage placé sous la responsabilité de Georges-Marc Benamou, conseiller pour l'audiovisuel à l'Elysée, et de Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique, se casse la tête depuis cet été sur la réforme de l'audiovisuel extérieur français, souhaitée par Nicolas Sarkozy. Le but est de rattraper le retard pris sur les Anglo-saxons de BBC World et de CNN, leaders de l'actualité international. 300 millions d'euros sont alloués chaque année pour le fonctionnement des médias français tournés vers l'étranger, mais le tout relève d'un véritable sac de nœuds.
Motivée par les problèmes rencontrés pour couvrir la guerre en Irak, France 24, une "CNN à la française", est née bancale fin 2006. L'association France Télévisions et TF1, denier public et denier privé, n'aide pas à la construction d'une identité forte. La chaîne à vocation internationale n'est même pas diffusée en France pour ne pas faire concurrence à LCI… la chaîne info de TF1. TV5, à vocation francophone, appartient aussi à des télés belges, canadiennes et suisses, même si la France reste l'actionnaire largement majoritaire. Quant à RFI, son fonctionnement est alourdi par une double gestion : le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères.
Flou journalistique
Un temps envisagée, la fusion de France 24, RFI et TV5 a été abandonnée au profit d'un holding opérationnel réunissant la participation de l'Etat dans ces médias et un portail Internet commun. Cette idée semble faible comparée aux ambitions affichées, mais c'est la plus réaliste à ce jour, car la plus simple à mettre en œuvre.
Un rapport commandé par la direction de RFI, et préconisant la fusion en deux ans de la radio avec France 24 bouleverse le débat depuis une semaine. "Il faudrait que nous ayons une même philosophie, une même culture d'entreprise. Avant de s'associer, est-on sûr d'être capables de faire la même chose ?", s'interroge Alain de Pouzilhac, le président de France 24. La chaîne d'info en continu prône la polyvalence tandis que RFI s'appuie sur des journalistes spécialisés. Pour Antoine Schwarz, le président de RFI, cette "mutualisation"des deux rédactions sur un même site permettrait d'aller directement dans le concret en unifiant les bureaux à l'étranger et en créant une antenne multimédia commune. France 24 n'est pas convaincue, ayant basé sa dynamique sur Internet. Mais la radio reste le média le plus efficace pour toucher une vaste zone comme l'Afrique.
Il reste encore beaucoup de questions donc, alors que le comité de pilotage doit rendre ses conclusions à l'Élysée avant la fin du mois.
Nicolas MANGIN. (www.lepetitjournal.com) vendredi 2 novembre 2007
En savoir plus
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L'Humanité - Fusionner RFI et France24 ?
Le Point - TV5 et France 24 dans le même sac






















