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L’ITALIE ET LES FEMMES – L’évolution des mouvements féministes depuis 1969

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 5 février 2013, mis à jour le 5 février 2013

 

Pour son deuxième volet sur l'Histoire du féminisme en Italie, la rédaction vous propose de découvrir l'évolution du mouvement depuis son apogée après l'Autunno Caldo en 1969 jusqu'aux "manifestations pour la dignité" de 2011. La fragmentation du mouvement en différents groupes l'affaiblit dans les années 1980. Mais aujourd'hui, les féministes sont rassemblées pour lutter contre l'image de la femme véhiculée par les médias.

Illustration : Sara Van Pée

La fragmentation du féminisme des années 1970
Devenu populaire après les bouleversements sociaux de 1969, le féminisme moderne se développe dans les années 70. Les Italiennes sont influencées par les nouveaux "mass media" -la télévision américaine en particulier- qui diffusent l'image d'une femme libérée, émancipée. Mais le mouvement féministe n'est plus totalement homogène. Comme le souligne l'écrivaine féministe Mariarosa Dalla Costa, il possède "deux âmes".

Une partie du mouvement est représentée par les militantes d'extrême gauche, dont il est issu. Influencées par l'opéraïsme, courant marxiste ouvriériste italien, elles ne cherchent plus l'égalité homme-femme, car "jouer la carte de la parité signifierait accepter le modèle masculin". Elles luttent contre les violences physiques et sexuelles subies par les femmes et se battent pour être indépendantes financièrement. Un groupe d'inspiration marxiste révolutionnaire nommé "Du Salaire Pour le Travail Domestique"  lance une campagne internationale pour que chaque " travailleuse non payée" puisse être rémunérée.

D'autre part, la politique égalitariste en vogue dans les années 60 est dénoncée par la fameuse Révolte féminine créée par Carla Lonzi. Figure emblématique du féminisme italien, elle publie en 1970 un texte intitulé "On crache sur Hegel". Elle reproche au philosophe allemand ses écrits misogynes et indifférents à la question féminine. Le texte deviendra une référence. L'approche de la Révolte Féminine est inédite. Lors des rencontres entre membres, les femmes partagent leur expérience en se basant sur la psychanalyse et l'inconscient. Le mouvement se veut radical et séparatiste : ses membres aspirent à une vie collective uniquement entre femmes. Dans cette optique, la "Librairie des femmes" voit le jour en 1974 à Milan. Ses créatrices partagent la même conception du féminisme que les femmes de la Révolte Féminine. Egalement opposées à une politique égalitariste, elles refusent de se battre pour une révision de la loi en faveur des femmes.

Une autre forme de féminisme, plus modérée est issue de la gauche institutionnelle. Le combat passe par le travail à l'extérieur de la maison. Les femmes luttent pour obtenir les mêmes droits que les hommes sur leur lieu de travail, stoppant leur activité dès que l'une d'entre elles est victime de discrimination. Leur bataille contre le machisme s'étend aux domaines du corps et de la santé. La volonté de contrôler leur propre corps se transforme finalement en une lutte pour la légalisation de l'avortement. Elles obtiennent ce droit en mai 1978, malgré les réticences de l'Eglise Catholique. Les médecins et gynécologues ont néanmoins le droit de la refuser en invoquant des "motifs de conscience".

Déclin des années 1980 et néo-féminisme
A la fin des années 1970, le féminisme est fragmenté. Cette division est à l'origine de son déclin dans les années 1980. Les femmes ne savent plus à quel groupe s'identifier. L'image de la féministe des années 1960 n'existe plus. Le féminisme se compartimente et épouse d'autres combats. C'est l'apparition du "féminisme noir" qui allie lutte pour l'égalité homme-femme et lutte pour l'égalité entre les Noirs et les Blancs, en opposition au "féminisme blanc". La cause homosexuelle rejoint aussi la cause féministe et la lutte s'articule autour de la reconnaissance de la femme homosexuelle. Chaque groupe se souciant presque uniquement de ses propres combats.
Cet éclatement du mouvement permet cependant la naissance d'une multitude de structures dédiées aux femmes. Centres, bibliothèques, librairies et "maisons des femmes" sont inaugurés pendant cette période. Le groupe féministe Diotima de l'Université de Vérone figure aujourd'hui parmi les plus célèbres et les plus influents.

Dès la fin des années 1980, le combat des féministes se focalise principalement sur l'image des femmes et sur la marchandisation du corps humain. Elles combattent fortement la prostitution. La télévision berlusconienne introduite dans les années 1980 a participé à la "dictature d'un canon unique et à la mort de l'intelligence et de la parole féminines" déclare en 2010 Ida Dominajanni, membre de Diotima. Les féministes s'insurgent contre les "vélines", ces jeunes Italiennes dénudées et à la conversation limitée omniprésentes à la télévision.

Le 13 janvier 2011, elles sont plusieurs millions à descendre dans les rues pour protester contre la déplorable image de la femme renvoyée par le scandale du Rubygate. Preuve que la lutte n'est pas finie.

Votre rédaction vous donne rendez-vous le mois prochain pour le troisième et dernier volet de notre série "L'Italie et les femmes" à l'occasion de la journée internationale de la femme.

Dates clé :
1970 : droit au divorce
1974 : échec du referendum pour abolir la loi sur le divorce de 1970
1975 : nouveau droit de la famille
1975 : création de la Librairie des femmes à Milan par Luisa Muraro
1978 : droit à l'avortement
1981: échec du référendum pour abroger le droit à l'avortement
1981 : proposition de loi contre la violence sexuelle
1996: la loi de 1981 contre la violence sexuelle est finalement adoptée
2000 : loi pour les congés parentaux
13 février 2011: "manifestation pour la dignité" dans 230 places italiennes


Alix Van Pée (Lepetitjournal.com de Milan) ? mardi 5 février 2013

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Publié le 5 février 2013, mis à jour le 5 février 2013

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