Édition internationale

Liberté de la presse en Espagne : pourquoi le pays recule en 2026

L’Espagne perd six places dans le classement mondial de la liberté de la presse 2026 de Reporters Sans Frontières. Derrière ce recul, une dégradation généralisée : précarité du secteur, pressions judiciaires et polarisation croissante fragilisent le paysage médiatique.

photo en noir et blanc d'un journaliste cameraman filmant en interieur avec du materiel professionnelphoto en noir et blanc d'un journaliste cameraman filmant en interieur avec du materiel professionnel
@Amar Preciado, Pexels.

L’Espagne recule. Dans son classement 2026, publié par Reporters Sans Frontières (RSF), le pays perd six places et glisse du 23e au 29e rang mondial. Avec un score de 75,42 sur 100, en baisse de près de deux points en un an, la situation est jugée “plutôt bonne”. Mais derrière cette stabilité de façade, les signaux d’alerte s’accumulent. Le constat est net : tous les indicateurs sont orientés à la baisse.

 

Médias en Espagne : l’économie, talon d’Achille du secteur

C’est le point noir du paysage médiatique espagnol. L’indicateur économique reste le maillon faible et poursuit sa glissade. Avec un peu plus de 55 points, l’Espagne décroche du peloton des pays d’Europe occidentale.

En toile de fond : précarité chronique, difficultés d’accès à des salaires décents et modèles économiques bousculés par la montée en puissance des plateformes numériques. S’y ajoutent une forte concentration du secteur et une dépendance marquée à des financements extérieurs, notamment la publicité institutionnelle. Un équilibre fragile, qui interroge directement l’indépendance et la solidité des médias.

 

classement mondial de la liberté de la presse en 2026 (RSF)
Classement mondial de la liberté de la presse en 2026 (RSF)

 

 

Quand la politique s’invite dans l’information

Autre évolution marquante : la montée de la polarisation politique. Selon Reporters Sans Frontières, elle entraîne une politisation croissante des médias, publics compris.

La ligne de crête entre information et opinion se trouble, au détriment du pluralisme et des exigences de rigueur. Les médias de service public n’y échappent pas, au risque d’entamer leur crédibilité et d’alimenter la défiance. Au bout de la chaîne, c’est tout le débat public qui se tend et se fragmente.

 

La pression judiciaire s’intensifie contre les journalistes

Le cadre légal, lui aussi, se fissure. L’Espagne perd neuf places sur cet indicateur, plombée notamment par la multiplication des procédures judiciaires abusives contre les journalistes : les “SLAPP” (“Strategic Lawsuits Against Public Participation”), des procédures souvent longues et coûteuses qui visent moins à gagner sur le fond qu’à dissuader les journalistes d’enquêter ou de publier.

En parallèle, les réformes attendues patinent. Gouvernement et partenaires parlementaires peinent à avancer sur des dossiers sensibles, comme la révision des aspects les plus controversés de la “loi Mordaza”. Résultat : un sentiment d’enlisement, qui laisse les professionnels plus exposés et fragilise un peu plus l’exercice du métier.


 

Liberté de la presse : un climat de plus en plus hostile, en Espagne comme ailleurs

Sur le terrain socioculturel, le climat se tend aussi. La défiance envers les médias progresse, dans une société travaillée par une polarisation de plus en plus marquée.

Le journalisme figure désormais parmi les professions les plus décriées, nourrissant un cercle vicieux : moins de confiance, plus de tensions, et des conditions d’exercice qui se dégradent. En première ligne, les journalistes font face à une montée du cyberharcèlement, avec une exposition accrue pour les femmes, souvent visées par des attaques plus violentes et ciblées.

RSF pointe aussi l’émergence d’acteurs se revendiquant journalistes, souvent issus de l’extrême droite, qui brouillent les codes, perturbent les couvertures et participent à un climat d’intimidation.

Ce recul s’inscrit dans une dynamique plus large. À l’échelle mondiale, la liberté de la presse n’a jamais été aussi basse depuis 25 ans. Plus de la moitié des pays sont désormais classés en situation “difficile” ou “très grave”, et moins de 1 % de la population mondiale vit dans un pays où la situation est jugée “bonne”.

Dans ce paysage assombri, l’Espagne n’est pas en crise ouverte. Mais elle avance sur une ligne de crête, où la liberté d’informer, sans disparaître, devient chaque année un peu plus précaire.

 

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