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Jean-Michel Béranger : « Derrière chaque dossier, il y a une personne, une famille, une inquiétude »

Début août, l’appel d’une jeune famille victime d’un incendie lui a fait mesurer la dimension très concrète de son nouveau mandat. Élu en mai 2026, Jean-Michel Béranger préside désormais le conseil consulaire de la circonscription de Madrid. Installé en Espagne depuis plus de trente ans et engagé de longue date à l’Union des Français de l’étranger (UFE), il place l’écoute, la solidarité et le suivi des dossiers au cœur de ses priorités. Il se confie dans le cadre de notre série « Vos élus en Espagne », consacrée aux onze conseillers des Français de l’étranger élus en 2026.

jean-michel berangerjean-michel beranger
@Jean-Michel Béranger, DR.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 13 octobre 2026

C’est votre premier mandat comme conseiller des Français de l’étranger. Après plusieurs mois dans vos nouvelles fonctions, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ou surpris dans la réalité du rôle ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la diversité des demandes et, surtout, leur dimension très humaine. Même pendant l’été, des compatriotes m’ont sollicité chaque semaine pour des questions de scolarité, des difficultés sociales ou des situations beaucoup plus urgentes. Je pense notamment à une jeune famille qui m’a appelé début août après un incendie dans son logement. Un appel comme celui-là fait mesurer très concrètement la responsabilité d’un élu de proximité.

Derrière chaque dossier, il y a une personne, une famille, une inquiétude. Mon premier rôle est de prendre le temps d’écouter, puis de trouver le bon interlocuteur et de suivre les démarches. On ne peut pas tout résoudre, mais on doit prendre chaque demande au sérieux. Il est essentiel, pour moi, que la personne se sente accompagnée et sache vers qui se tourner.

J’ai également été très agréablement surpris par la disponibilité des services consulaires, avec lesquels j’échange régulièrement. Leur réactivité est précieuse pour accompagner nos compatriotes. C’est dans cet esprit de coopération et de confiance que je conçois notre travail, avec une même volonté : apporter des réponses concrètes aux personnes qui nous sollicitent.

 

Vous êtes engagé depuis de nombreuses années dans la communauté française en Espagne, notamment au sein de l’UFE. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas de l’engagement électif ? Et que permet ce mandat que l’engagement associatif ne permet pas nécessairement ?

Je suis engagé à l’Union des Français de l’étranger depuis plus de vingt-huit ans et j’en suis aujourd’hui vice-président en Espagne. Cette vie associative m’a beaucoup apporté : des amitiés, des rencontres et une connaissance concrète de notre communauté. Les moments conviviaux comptent énormément, car c’est souvent en créant du lien que l’on permet ensuite à quelqu’un de parler d’une difficulté.

Me présenter aux élections a été une manière de prolonger ce travail. Après plus de trente ans en Espagne, j’avais envie de mettre davantage mon expérience et mon réseau au service de nos compatriotes. Avec Stéphanie Le Vaillant Vignancour et notre liste « Écoute, vision, engagement », nous avons voulu porter cette ambition de proximité.

Le mandat apporte une responsabilité de représentation auprès des autorités françaises. Il permet également de faire remonter, au-delà d’un cas individuel, des difficultés qui concernent plusieurs familles ou plusieurs territoires. Pour moi, engagement associatif et engagement électif se complètent et se nourrissent mutuellement.

 

Vous avez également été choisi pour présider le Conseil consulaire. Comment concevez-vous cette fonction ? 

Je conçois cette présidence comme une responsabilité d’animation, d’écoute et de coordination. Je souhaite que chacun puisse apporter sa contribution, que l’information circule et que le dialogue avec les autorités consulaires permette de faire avancer les dossiers.

Nous sommes six élus issus de quatre listes différentes. Nous avons chacun notre sensibilité, mais nous partageons de nombreuses préoccupations : préserver le réseau des lycées français, soutenir les personnes fragiles, faciliter l’accès aux services consulaires et maintenir un lien avec les Français de toute la circonscription. Ces sujets nous donnent de bonnes raisons de travailler ensemble.

Mon engagement au sein d’Horizons, auprès d’Édouard Philippe, est connu et je l’assume. Il va de pair, pour moi, avec le respect des autres convictions et la recherche de solutions communes. Chaque compatriote qui nous sollicite doit pouvoir compter sur la même écoute et la même attention, quelles que soient ses opinions.

Dans mes engagements professionnels et associatifs, j’ai l’habitude de réunir des personnes aux parcours différents et de les faire travailler autour d’un objectif commun. C’est cette expérience que je souhaite mettre au service du Conseil, en permettant à chacun d’apporter ses compétences et en gardant les besoins de nos compatriotes au cœur de nos échanges.

 

Parmi les engagements portés pendant la campagne par votre liste, quels sont les deux ou trois dossiers sur lesquels vous souhaitez personnellement vous investir en priorité ?

Je souhaite m’investir particulièrement sur trois sujets : l’accompagnement des Français en difficulté, l’éducation et l’accès aux services consulaires.

D’abord, l’entraide. Lorsqu’une personne traverse une épreuve, perd son emploi ou se retrouve isolée, elle doit pouvoir trouver quelqu’un à qui parler. Avec Stéphanie et notre équipe, nous souhaitons renforcer les liens entre élus, associations et services consulaires afin de mieux orienter nos compatriotes et d’assurer un véritable suivi. Nous souhaitons également accompagner le développement de structures locales d’entraide française là où les besoins grandissent et où les dispositifs de solidarité restent à renforcer. Je pense notamment à Malaga, où nous aimerions contribuer à cette dynamique. Notre ambition est que chacun puisse trouver un soutien au plus près de chez lui.

Ensuite, l’éducation, qui me tient particulièrement à cœur. Mes filles ont été scolarisées au Lycée français de Madrid : je connais l’attachement à cet enseignement et la place qu’il occupe dans la vie d’une famille. Pour l’année 2026-2027, les frais de scolarité y avoisinent les 8.000 euros par enfant au collège et au lycée, hors cantine et transport. C’est un effort financier considérable, particulièrement lorsque plusieurs enfants sont scolarisés. Je souhaite défendre un enseignement français accessible, être attentif aux demandes de bourses et accompagner les familles dont les difficultés financières menacent la poursuite de la scolarité de leurs enfants. Je tiens également à valoriser les différents parcours permettant de conserver un lien avec la langue et la culture françaises.

Enfin, l’accès aux services consulaires est une priorité très concrète, particulièrement pour les Français qui vivent loin de Madrid. Je souhaite soutenir tout ce qui peut faciliter leur quotidien : une information claire, des démarches à distance lorsque cela est possible et des tournées consulaires au plus près des besoins. Le numérique doit s’accompagner d’un contact humain pour les personnes qui ont besoin d’être guidées.

Sur ces trois sujets, ma méthode reste la même : prendre le temps d’écouter, expliquer ce qui est possible et suivre les démarches engagées. C’est dans cette attention quotidienne que je souhaite inscrire mon mandat.

 

Votre parcours est aussi celui d’un chef d’entreprise. Quelles difficultés spécifiques observez-vous chez les Français qui travaillent ou souhaitent entreprendre en Espagne, et sur lesquelles un conseiller peut réellement agir ?

Mon parcours professionnel m’a appris combien il est important de comprendre l’environnement dans lequel on s’installe et de disposer des bons contacts. Une expérience acquise en France est un atout, mais il faut aussi connaître les pratiques locales, maîtriser la langue et construire son réseau.

Un conseiller peut écouter, orienter, mettre en relation et faire remonter les difficultés récurrentes. Mais il doit aussi connaître les limites de ses connaissances et de ses compétences. Les questions juridiques, fiscales ou sociales nécessitent souvent l’intervention de professionnels qualifiés. Bien accompagner quelqu’un, c’est aussi savoir lui dire : « Sur ce point, je préfère vous orienter vers une personne compétente pour vous répondre. » C’est une question de sérieux et de confiance.

Je suis également attentif aux personnes déjà installées qui perdent leur emploi. Même lorsqu’elles connaissent très bien l’Espagne, elles peuvent avoir besoin de renouer avec un réseau professionnel et de reprendre confiance. C’est là que l’accompagnement du CARE peut être précieux. Je souhaite mettre mon expérience et mes contacts au service de ces personnes, en complément du travail des associations et des professionnels.

Il faut aussi rester attentif à l’évolution de la fiscalité qui concerne les Français établis hors de France. Les projets régulièrement évoqués autour d’un « impôt universel » peuvent susciter des inquiétudes chez nos compatriotes, notamment lorsqu’ils travaillent, entreprennent ou investissent à l’étranger. Il est essentiel que la France puisse lutter contre l’évasion fiscale sans pénaliser les Français qui vivent à l’étranger de façon parfaitement légitime et qui respectent leurs obligations fiscales dans leur pays de résidence. 

La question de la fiscalité des expatriés mérite donc d’être abordée avec beaucoup de précision, en tenant compte des conventions fiscales et des réalités de la vie à l’étranger.

 

Après plus de trente ans en Espagne, avez-vous vu évoluer les profils et les besoins de nos compatriotes ? Quelles préoccupations vous paraissent aujourd’hui les plus importantes ?

Après plus de trente ans en Espagne, ce qui me frappe, c’est la diversité des parcours au sein de notre communauté. Un jeune qui commence sa vie professionnelle, une famille installée depuis longtemps ou un retraité n’ont pas les mêmes attentes. Il faut prendre le temps de comprendre chaque situation.

Je ne prétends pas dresser un bilan chiffré de l’évolution sur vingt ans. Mais, dans les demandes que je reçois aujourd’hui, la scolarité, les difficultés sociales et le besoin d’une information claire occupent une place importante. Savoir à qui s’adresser et comprendre les démarches à entreprendre sont des préoccupations très concrètes.

Je suis également particulièrement sensible à l’isolement. On peut vivre depuis longtemps en Espagne, parler parfaitement la langue et être bien intégré, puis se retrouver fragilisé par une perte d’emploi, une séparation ou un problème de santé. Dans ces moments-là, avoir quelqu’un à qui parler compte beaucoup.

C’est pourquoi je crois à l’importance des liens que l’on construit dans la durée. Les associations, les rencontres et les échanges réguliers créent une confiance qui permet aussi de demander de l’aide lorsque l’on en a besoin.

 

Comment éviter que les Français vivant loin de Madrid aient le sentiment d’être moins bien représentés ou moins bien servis ? Quels outils de proximité souhaitez-vous développer ou renforcer ?

C’est une vraie responsabilité dans une circonscription aussi étendue. Vivre loin de Madrid ne doit pas rendre plus difficile le contact avec ses élus.

Je souhaite développer une proximité qui associe les échanges à distance et les rencontres sur place. Le téléphone et la visioconférence permettent un premier contact personnel sans imposer un déplacement. Ils doivent s’accompagner de rendez-vous dans les territoires, organisés autant que possible avec les acteurs locaux.

Les associations et les relais de proximité sont précieux : ils connaissent les réalités de leur région et peuvent nous aider à identifier des besoins qui nous échapperaient depuis Madrid. Je souhaite travailler avec eux et avec mes collègues élus pour mieux couvrir l’ensemble de la circonscription.

Il faut également communiquer de façon pratique : comment nous joindre, sur quels sujets nous solliciter et quelles suites nous pouvons donner. La proximité se construit aussi par une réponse apportée et par un engagement de suivi tenu.

 

À la fin de ce mandat, sur quels résultats concrets souhaiteriez-vous que les Français puissent juger votre action ?

J’aimerais qu’ils puissent dire : « Nous savions comment le joindre, il nous a écoutés et il a suivi notre demande. ». Cela peut paraître simple, mais c’est une exigence quotidienne.

Je souhaite que notre action soit appréciée à partir d’éléments concrets : le suivi des sollicitations, les rencontres organisées hors de Madrid, les liens renforcés avec les associations et les améliorations auxquelles nous aurons contribué avec les services consulaires.

Je tiens aussi à rendre compte du travail accompli, en expliquant les avancées, les difficultés et les sujets qui restent ouverts.  Lorsqu’une demande n’aboutit pas, il faut pouvoir le dire honnêtement, expliquer les démarches entreprises et être clair sur notre capacité réelle à influer sur une situation. Nous devons savoir distinguer ce qui relève de notre action de ce qui dépend de décisions prises par d’autres. Cette transparence me paraît essentielle pour construire une relation de confiance avec nos compatriotes.

Au terme du mandat, j’aimerais avoir contribué à une communauté dans laquelle davantage de personnes savent où trouver de l’aide et osent la demander. C’est ce qui donne du sens à mon engagement : mettre mon expérience au service des autres et être présent lorsqu’ils en ont besoin.

 

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