Édition internationale

VOILE INTEGRAL - France, Belgique, Espagne : à la recherche d’un modèle de société

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Alors que la Belgique est devenue le premier pays d'Europe à interdire le port du voile intégral, la France s'apprête à légiférer sur fond de polémique. Et en Espagne, pays célèbre pour la tolérance religieuse, où en est-on? Bilan des situations des trois voisins

(Photo AFP)
Le consensus belge

Le chaos institutionnel n'a pas empêché les députés belges de voter rapidement, pressés par une imminente dissolution de l'Assemblée. C'est une quasi-unanimité (136 pour et 2 abstentions) qui a adopté le 29 avril le texte qui prohibe "tout vêtement cachant totalement, ou de manière principale, le visage". Même si on ne parle pas explicitement de burqa ou de niqab, le député libéral Denis Ducarme a exprimé sa fierté pour avoir éliminé "le verrou qui maintenait les femmes en esclavage". De fait, de nombreux règlements de police locaux interdisaient déjà le port du voile intégral (29 procès verbaux ont été dressés en 2009), étant donné qu'il s'opposait au principe de sécurité le plus basique. Dans les lieux publics, comment identifier les individus couverts de la tête aux pieds ? Malgré sa crise politique, la petite Belgique est le premier pays occidental à légiférer sur le thème. La sanction prévoit un maximum de 25 euros d'amende de 7 jours de réclusion.

L'éternelle bataille française
Le 22 juin 2009, Nicolas Sarkozy affirmait "La burqa n'est pas la bienvenue sur le territoire de la République". Le gouvernement s'appuie sur l'image France et de sa tradition-fusion laïcité pour faire du thème un combat politique. Pourtant, le port du voile intégral ne concernerait que 367 femmes, selon une étude de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) parue récemment dans Le Monde. Eric Raoult, député UMP rapporteur de la mission parlementaire d'information sur le sujet, parle lui de 2000 niqabs. Ce qui représenterait seulement 0.03 % de la population musulmane en France : comme en Belgique, une minorité d'individus. En février 2010, Jean-François Copé propose une loi interdisant strictement le port du voile intégral dans tout l'espace public. Elle est validée le 30 mars par le Conseil d'Etat. Le parti socialiste réagit alors vivement avec une proposition alternative, évoquant des craintes pour la constitutionnalité. Mais le président tranche et décide faire voter la loi le 19 mai prochain, en Conseil des Ministres. Elle devrait punir de 150 euros d'amende le port de la burqa, et de 15.000 euros d'amende et an de prison ceux qui l'imposent en portant ainsi atteinte à la dignité humaine.

L'Espagne ne pourra plus longtemps se voiler la face
A Madrid, c'est le "cas Najwa" qui agite l'opinion. Alors que le pays se démarque pour sa bonne cohabitation entre les différentes religions, le lycée Camilo José Cela à Pozuelo de Alarcon défraye la chronique en décidant de conserver son règlement intérieur et de ne pas autoriser le port du voile. Najwa, 16 ans, y a été suspendue. La polémique enfle quand El Pais affirme voir dans le cas "un précédent dangereux et tragique". Aujourd'hui, 37 associations islamiques d'Espagne (dont 7 féminines) sont mobilisées contre la prohibition du hiyab et cherchent l'appui des organisations laïques. Le 30 avril, de nombreux imams ont parlé de l'histoire de Najwa comme d'une "épreuve envoyée par Dieu" ? Nombre d'analystes craignent d'en arriver à un conflit rappelant celui des "maures contre les chrétiens", dans un pays où une législation globale est pour le moment jugée comme superflue?

Sarah BOSQUET (www.lepetitjournal.com ? Espagne) Lundi 10 mai 2010

Lire également : BURQA ? Bientôt interdite en Belgique ... et en France ?

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Publié le 10 mai 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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