

Elle a repris à la rentrée les rênes du réseau des médiathèques en Espagne, sous la tutelle des services culturels de l'Ambassade. Depuis, chapeautant un dense réseau qui couvre toute l'Espagne, elle s'applique à coordonner l'action sur le territoire, en impulsant des projets transversaux et en conseillant les structures. C'est aussi et surtout le projet culturethèque qu'elle a à charge de dynamiser, avec à son actif la participation au lancement du prototype de cette médiathèque en ligne, à Londres, en 2010.
lepetitjournal.com : Après votre expérience à l'Institut français de Londres, quel est votre regard sur le réseau des médiathèques françaises en Espagne ?
Ophélie Ramonatxo (photo DR) : Je suis encore en train de prendre la mesure de ce réseau en Espagne. J'en suis encore au stade du pronostic. Cela dit, la médiathèque de l'Institut français de Madrid est assez équivalente à celle de l'IF de Londres, en termes de surface ouverte au public (800 m²) et de fonds de documents (50.000 dont 35.000 accessibles au public). Je dirais qu'avec celles de Pékin et de Rabat, les médiathèques de Londres et de Madrid constituent les fers de lance du réseau, avec des projets pouvant souvent être déclinés dans les autres structures du monde entier. La particularité de l'Espagne reste cependant la densité du maillage offert sur le territoire, avec 5 médiathèques conséquentes dans les Instituts français de Madrid, Barcelone, Valence et Saragosse et à l'Alliance française de Madrid. Mon rôle consiste à coordonner l'action de ces médiathèques, en apportant un certain nombre de conseils, concernant l'aménagement des espaces, les services au public et les acquisitions, mais aussi en impulsant des projets sur l'ensemble du réseau et en relayant les directives de la tutelle parisienne. En charge du Bureau du Livre, qui verse des aides aux maisons d'édition espagnoles pour les aider à publier des livres d'auteurs français, j'organise aussi la venue d'auteurs français en Espagne pour des événements littéraires et débat d'idées... Ce qui constitue également un beau programme d'animation pour les médiathèques du réseau.
|
Les recommandations d'Ophélie Ramonatxo - Ouvrages disponibles sur Culturethèque |
Quelles sont les grandes orientations que promeut l'Institut français à Paris, pour l'ensemble des médiathèques dans le monde ?
La philosophie, c'est d'une part être capable d'évaluer l'impact de la médiathèque sur notre public et d'autre part adapter l'offre de chaque médiathèque au terrain local. En d'autres termes, cela ne sert à rien d'avoir la même médiathèque à Londres et à Casablanca, par exemple. On peut aussi poser la question d'une autre façon : est-il encore pertinent, à une époque où l'accès à l'onformation est de plus en plus facile, que les médiathèques couvrent un éventail exhaustif de sujets ? Ou vaut-il mieux qu'elles spécialisent en fonction des réalités du développement de la francophonie sur place ? A Madrid par exemple, le rayon scientifique est très développé, du fait du grand nombre d'échanges qui existent en la matière, entre institutions françaises et espagnoles. Pour l'IF Paris, la médiathèque doit être au coeur de l'Institut français, elle doit fonctionner en lien avec l'ensemble des actions de l'institution et les personnels qui y travaillent doivent faire preuve d'une professionalisation croissante.
En outre, chaque année l'IF Paris propose un certain nombre d'appels à projets pour lesquels des budgets exceptionnels sont attribués aux médiathèques sélectionnées. Cette année, c'est la modernisation des locaux et la promotion de culturethèque qui sont concernées. Nous sommes positionnés en Espagne, sur ces deux critères et mon rôle est notamment de m'assurer que nos projets soient présentés dans les meilleures conditions aux autorités parisiennes. L'existence d'une identité de programmation au niveau national nous permet généralement d'être particulièrement pertinents dans ce type de candidatures.
Parlez-nous un peu plus de culturethèque : en quoi votre expérience à Londres peut-elle être bénéfique à Madrid ? Quels sont les enjeux pour la médiathèque de demain ?
La médiathèque de Madrid, ce sont 3000 personnes inscrites, 60.000 visites physiques annuelles. Depuis son lancement en Espagne en février dernier, culturethèque regroupe déjà 7.000 inscrits. Au total, ce sont 25.000 documents qui y sont consultables : des e-books, des revues, des vidéos, des bandes audio, des supports pour apprendre le français. Culturethèque constitue un formidable outil pour pallier l'éloignement géographique et pour démultiplier les supports. Le potentiel est très fort et le concept en Espagne a très bien pris -à titre de comparaison, à Londres, ce sont 9.500 inscrits qui sont recensés depuis 2010.
L'objectif désormais, c'est de fidéliser le public. Nous devons apporter des offres qui correspondent à son attente. A cet égard, et pour répondre à votre question, mon expérience à Londres nous apporte notamment un certain recul sur les contenus les plus populaires ou sur la façon de communiquer autour de ce service et d'animer la communauté qu'il regroupe. On a ainsi constaté un grand succès des supports audiovisuels au Royaume Uni, ce qui pourrait nous pousser ici à étoffer la rubrique "regarder" par exemple. Créer une rubrique jeunesse pourrait aussi permettre de répondre à certaines attentes, d'autant que nous devons essayer de développer une collection en ayant à l'esprit notre public. A cet égard, 85% des personnes inscrites à Culturethèque n'étant pas françaises, nous devons nous concentrer aussi sur le rayon des apprenants.
En fins de compte, c'est notre capacité de nous appuyer sur la plateforme mise à notre disposition pour l'IF Paris et à la développer dans sa version locale, via des accords avec les éditeurs de contenu, qui est au coeur de notre travail.
Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 11 décembre 2014
Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez nous sur Facebook et sur Twitter
Téléchargez notre application pour téléphone mobile viaItunes ou via Google Play





