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SOCIETE - Déclaration d'impôts : une croix pour l'Eglise ?

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 19/03/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

A l'heure de remplir leur déclaration de revenus, les contribuables espagnols ont la possibilité de cocher une case indiquant qu'ils acceptent que 0,7% de leurs impôts soient destinés à soutenir financièrement l'Eglise catholique. Explications

(Copie d'écran du site Youtube)

La déclaration d'impôts sur le revenu recèle un particularisme historique en Espagne. Tous les ans, lorsqu'ils remplissent leurs feuillets, les contribuables espagnols peuvent cocher une case permettant de dédier 0,7% de leurs impôts à la solidarité sociale ou à... l'Eglise catholique. La croix dans l'une des deux cases n'implique pas financièrement directement le contribuable. Autrement dit, il ne paye pas 0,7% d'impôts en plus. Simplement, sur le montant qu'il verse à l'Etat, 0,7% du total est redistribué à l'Eglise catholique ou à des ONG.



Plus de 9 millions d'Espagnols, soit 35% des contribuables, ont coché la case "Eglise catholique" en 2011
Officiellement, ils sont 7.454.823 à avoir opté pour le soutien financier de l'institution religieuse à travers leurs impôts, au printemps 2011. Soit environ 35% des contribuables. Dans un article paru le 15 février dernier, le site d'informations elEconomista.es rappelait que si les déclarations conjointes de revenus sont divisées dans le comptage des contribuables ayant coché la case "Eglise catholique", le nombre s'élève alors à 9,2 millions d'Espagnols. D'après les premières estimations, ils seraient environ 200.000 de plus à avoir opté pour ce choix, cette année. En cinq ans, malgré la crise, plus d'un million de contribuables en plus ont décidé de consacrer une partie de leur impôts à soutenir l'institution religieuse. Par ce biais, les contribuables espagnols ont ainsi généré en 2011 environ 250 millions d'euros de ressources pour l'Eglise catholique.

Depuis cinq ans, malgré la crise, l'Eglise catholique a gagné un million de nouveaux contribuables qui la soutiennent
Concernant la solidarité sociale, ils ont été 9.472.767 à cocher la case l'an dernier, exclusivement ou pas. Un contribuable peut en effet cocher les deux cases, 0,7% du total étant alors reversé à l'Eglise catholique, 0,7% à des ONG. En 2011, l'Eglise catholique a capté 66.000 nouveaux contribuables de plus que la solidarité sociale, disposés à la soutenir, par rapport à l'année précédente. Les campagnes publicitaires dans une partie de la presse quotidienne nationale, comme sur les écrans de télévision, sont beaucoup plus intensives concernant l'Eglise catholique.
Cette année, c'est la science qui a fait irruption dans le débat récurrent sur l'utilisation de ces 0,7% de libre attribution. Lors de son arrivée au pouvoir, en décembre dernier, Mariano Rajoy a supprimé le ministère de la Science, le rattachant au ministère de l'Economie et de la Compétitivité. Avec à l'arrivée, 600 millions d'euros de réduction des subventions de l'Etat à la science. Un fort mécontentement a immédiatement vu le jour, notamment sur les réseaux sociaux. Parmi les voix qui se sont élevées, celle de Francisco Javier Hernández a réussi à se faire particulièrement entendre.

La science aussi a fait une croix...
Ce jeune chercheur espagnol a posté un article sur son blog, le 3 janvier dernier, intitulé "La casilla de apoyo a la ciencia en la declaración del IRPF" ("Case de soutien à la science dans la déclaration d'impôts sur le revenu"). Actuellement en doctorat en neurosciences à l'Université de Cambridge, au Royaume Uni, Francisco Javier Hernández a ainsi soulevé un nouveau débat, à travers son blog (Resistencia Numantina). L'idée ? Offrir l'option aux contribuables de pouvoir dédier les 0,7% de libre attribution à la science, en troisième choix. Le site Internet actuable.es a dans la foulée relayé la proposition en publiant une pétition, largement diffusée sur le net, qui a rencontré un grand succès, avec au final plus de 300.000 signatures. "Ce n'est pas une solution mais une idée désespérée en temps de désespoir. Ce qu'il faut, c'est que le gouvernement prenne la mesure de l'importance de la science",  soutenait le chercheur de 25 ans, à l'origine de l'idée, dans une entrevue pour le quotidien El País, le 24 janvier dernier. Quelques semaines plus tard, les cinq partis politiques principaux du pays, PP, PSOE, CiU, PNV et UPyD, estimaient la démarche de la "casilla" défavorable à la période actuelle de crise et à la conjoncture économique. Cette année encore, sur les feuillets de la déclaration de revenus, par rapport à l'Eglise catholique, la science a une case en moins.

Benjamin IDRAC (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 19 mars 2012



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