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ROYAUTE – Le Prince héritier a su garder sa popularité, saura-t-il relever la Monarchie ?

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 juin 2014

Le Prince héritier devrait être proclamé ?Felipe VI? le 18 juin en une séance exceptionnelle devant le Sénat et le Parlement. S'il a su garder une popularité au beau fixe alors qu'une grande partie de la famille royale s'est vue éclaboussée par des scandales à répétition, il est peut-être déjà trop tard pour appeler un nouveau capitaine à la barre? Malgré une opinion qui lui est favorable, pourquoi sera-t-il difficile pour le futur Roi de redorer le blason royal ?

(Photo CC Irekia)

A 46 ans, Felipe VI deviendra bientôt le plus jeune Roi d'Europe. Il a vu son sort basculer dans la matinée du 2 juin, lorsque son père Juan Carlos I a abdiqué en sa faveur. C'est une couronne dépassée par les affaires et contestée au profit d'une République qu'il aura l'honneur de récupérer. Pourquoi a-t-il la capacité de régner, mais aura fort à faire ? Son premier combat sera de prouver que la monarchie a encore raison d'être.

Une couronne ?pourrie? pour mille et uns défis  
La une de l'hebdomadaire satirique espagnol El Jueves en dit long sur les conditions dans lesquelles le Prince héritier succède à son père. On y voit Juan Carlos déposer sur la tête de Felipe de Asturias une couronne brulante et nauséabonde. ?Une couronne pourrie? titre Courrier International. Pourrie par les scandales qui ont touché tant le Roi que sa fille l'Infante Cristina, pourrie par le train de vie luxueux d'un Roi qui en secret partait à la chasse aux éléphants. Mais l'institution royale dont la popularité est en berne n'est pas le seul problème que devra affronter le nouveau Roi.

Les relents de séparatisme et les problèmes de corruption qu'affronte le pays, mettent à mal l'essence même de la royauté : l'unité nationale. ?Felipe VI devra affronter le défi du séparatisme catalan. Et probablement celui du Pays Basque si on ne met pas un frein à ce délire?, explique Hermann Tertsch dans une tribune pour le quotidien ABC. Cette unité est encore plus ébranlée par les revendications républicaines qui ont retenti dans les places du pays. ?Mañana Espagña será republicana? criaient les nombreux manifestants sur la Plaza del Sol, le soir même de l'annonce du Roi. Son abdication est survenue comme un séisme séparant d'avantage les royalistes des républicains. Le pays économiquement fragilisé apparait de plus en plus socialement divisé. La récurrence des manifestations, le poids du mouvement des Indignés en 2011 dont la récente formation politique Podemos a créé la surprise aux élections européennes, en sont le témoin.

A faveur, faveur et demie
Felipe devra compter un peu plus que sur sa côte de popularité estimée à 66%, cinq points de plus qu'en 2013, selon le sondage publié en janvier dans El Mundo. Le quotidien espagnol soulignait alors la baisse de l'opinion favorable envers Juan Carlos atteignant 41,3% contre 76% au premier trimestre de 2012, faisant passer à 62% le nombre de personnes désirant qu'il abdique. L'écart entre les Espagnols et leur Monarchie grandit depuis trois ans consécutifs, faisait alors perdre cinq points au soutien à la royauté, soit un niveau record de 49,9% d'avis positifs. Ils étaient alors 56,6% à penser que le Prince héritier serait en mesure, à la différence de son père, de restaurer le prestige perdu par la Couronne.  

Pour ce faire, il pourra également compter sur l'éviction de sa s?ur l'Infante Cristina de la Famille Royale. C'est par elle et son époux Iñaki Urdangarin, mis en cause pour détournement de fonds publics, que le scandale était entré par la grande porte du Palais Royal. Comme prévu par le Décret 2917/1981 du 27 novembre sur le Registre civil de la Famille Royale, celle-ci est formée ?du Roi d'Espagne, son ?auguste consorte' (son épouse), ses ascendants de premier grade, ses descendants, et du Prince héritier de la Couronne?. Soit par le nouveau Roi Felipe VI, la Reine Letizia Ortiz, Juan Carlos, Sofía et les Princesses Leonor et Sofía, rappelle El Mundo. Les Princesses Cristina et Elena continueront à porter leur titre mais ne seront plus membres de la Famille Royale ni même représentantes de la Couronne. Comme l'a déclaré Cesar de la Lama, auteur de la première biographie autorisée du Roi, Felipe ?ne devra pas porter le poids, comme le Roi, d'avoir un gendre corrompu. Il ne va pas commettre d'erreur comme la chasse au Botswana ou les petites amies que le Roi a eues?, rapporte Le Point.

Né pour régner, discret mais de plus en plus présent
Le Prince Felipe est souvent décrit comme ?discret?, ?mystérieux?, plus proche de la retenue de la Reine Sofía que de l'humour et du faste de Juan Carlos. Ses 10 années de mariage avec l'ancienne journaliste et depuis Princesse Letizia Ortiz auront prouvé qu'il n'est pas un homme à femmes et préfère le choix du c?ur à celui de la raison et du sang-bleu. Stéphane Bern, connu pour être spécialiste des familles royales en Europe, a déclaré dans un entretien pour le Nouvel Observateur que Felipe VI ?a les armes pour se défendre?. Un avis partagé par la spécialiste Pilar Urbano qui le considère comme ?le mieux préparé de tous?. Quant à Cesar de la Lama il évoque une personnalité ?honnête et [qui] travaille dur?.

En effet, décrit par son père comme ayant ?la maturité, la préparation et le sens des responsabilités nécessaires?, Felipe d'Asturies incarne une nouvelle génération qui à défaut d'avoir l'expérience a les diplômes. Droit, économie, relations internationales, anglophone, tout porte à croire qu'il sera un bon représentant de l'Espagne dans ses relations diplomatiques. Elevé pour régner, il a su prouver ses capacités à remplacer son père quand il était immobilisé pour problèmes de santé. Le Prince discret a d'ores et déjà joué au Roi le 12 octobre 2013, lors du défilé de la Fête Nationale. Il s'était également rendu au Sommet ibéro-américain de Panama entre autres inaugurations et remises de prix. Mais il ne sera plus désormais question de jouer au roi, sinon de devenir Roi.

Laura LAVENNE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 4 juin 2014
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Publié le 4 juin 2014, mis à jour le 6 juin 2014
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