Bien qu´il ne se trouvât pas parmi les favoris des commentateurs, "Truman", l´excellent film du Catalan Cesc Gay ("Una pistola en cada mano") a remporté les principaux Goya (5 au total), lors de la 30e édition de la cérémonie, organisée par l´Académie des Arts et des Sciences Cinématographiques d´Espagne, à l´hotel Auditorium de Madrid. "Truman" (dont le titre se réfère au nom du chien du protagoniste) est donc le meilleur film espagnol de 2015, devant "La Novia" (qui partait comme favorite) et "Un dia perfecto" de Fernando Leon de Aranoa. Seul, "Nadie quiere la noche" d´Isabel Coixet a décroché 4 Goya, se situant en deuxième position. Une soirée pleine d´humour, de clin d´oeils politiques et de succès français.
Les gagnants et les perdants
"Truman" a remporté le Goya au meilleur film, au meilleur réalisateur, au meilleur scénario original, au meilleur acteur principal (l´Argentin Ricardo Darin, toute une célébrité dans son pays et en Espagne) et au meilleur acteur dans un deuxième rôle (le très sympathique et très bon acteur Javier Cámara). Des 6 nominations initiales, "Truman" a eu presque la totalité. Il s´agit d´un film émouvant qui, s'il parle en apparence de la mort, défend surtout le sens de la vie. L'?uvre aborde les choses qui sont vraiment importantes dans la vie comme l´amitié, les sentiments, l´humour? "Truman" raconte l´adieu que prépare Julián (Ricardo Darín) quand il apprend que sa grave maladie n´a plus de solution. Le film montre les derniers jours qu´il passe avec son ami Tomás (Javier Cámara) qui vient le voir à Madrid depuis le Canada. Ce sont des jours d´émotions, de tendresse, d´adieux, pendant lesquels Julián a une seule obsession : chercher un maître pour son chien "Truman", quelqu´un qui pourra le garder et l´aimer, quand lui ne sera plus de ce monde. L´histoire est triste, certes, mais aussi débordante d´humour et de joie de vivre paradoxalement. C´est un film très positif qui vous donne du courage et vous apprend à vivre. Les 5 Goya que "Truman" a gagné sont, donc, largement mérités.
Mais, la 30e édition des Goya a compté aussi avec des représentants du cinéma français et des prix sont allés à des mains françaises. Tout d´abord, Sylvie Imbert, la seule Française qui a obtenu dans le cinéma espagnol deux Goya. La première fois pour "Blanche-neige" et maintenant pour le film "Nadie quiere la noche". Imbert, qui ne pensait pas l´avoir, a remercié, sur scène, Isabel Coixet et conseillé tout le monde d´aller voir le film : "C´est un film merveilleux", a-t-elle déclaré, en recevant, toute émue, son Goya. Juliette Binoche, protagoniste du film, était présente à la cérémonie car elle était nominée comme meilleur actrice. Elégante, Binoche a accepté, avec un sourire, la défaite quand le Goya a été donné à Natalia de Molina (une jeune actrice de 25 ans primée, avec raison, pour son excellent travail dans "Techo y comida", un film sur la misère de beaucoup d´Espagnols et sur les expulsions locatives). Binoche a donné, cette année, sans aucun doute, du caché et du glamour international à la 30e cérémonie des Goya. La troisième présence importante de la soirée a été "Mustang", la candidate française aux Oscar, qui a reçu le Goya au meilleur film européen. A noter que "Sur le chemin de l´école" de Pascal Plisson se trouvait aussi parmi les quatre candidates. La France était présente en double. Le producteur de "Mustang", le Français Charles Gillibert, a remercié l´Académie espagnole : "C´est un grand honneur d´avoir un Goya". De même, il a remercié vivement son distributeur, Adolfo Blanco de A contracorriente, qui se trouvait dans la salle et la réalisatrice du film, Denis Gamze Ergüven qui, par contre, n´avait pas pu venir. Dernier cocorico, sous forme d'anecdote : le chanteur Pablo Alborán, très populaire en Espagne et vainqueur du Goya à la meilleure chanson, est franco-espagnol, sa mère étant française. Bref, une cérémonie espagnole où de plus en plus les échanges avec la France se font évidents.
Les meilleurs moments de la soirée
La soirée a offert des moments mémorables. Dans le chapitre "commentaires politiques", qui est déjà un classique chez les Goya, il y en a eu de très sérieux et d´autres humoristiques. Dani Rovira ("8 apellidos vascos", "8 apellidos catalanes"), présentateur de la cérémonie pour la deuxième fois, a commencé par parler des 30 ans de l´histoire des Goya. "Il y a 30 ans, on avait un président du gouvernement" a-t-il dit pour souligner ensuite qu´il n´avait rien entendu, dans les débats politiques des dernières élections, au sujet de la Culture. Dans la salle, étaient présents Manuela Carmena, le maire de Madrid, le chef de Podemos, Pablo Iglesias, Albert Rivera de Ciudadanos, Alberto Garzón de Izquierda Unida, Pedro Sánchez du PSOE et le ministre de la Culture, Iñigo Méndez de Vigo. Dani Rovira en a profité pour leur proposer "le Pacte des Goya" qui aurait pour but de former un possible futur gouvernement en Espagne.
Avant de commencer la cérémonie, tous les leaders politiques ont parlé avec la presse. Pedro Sánchez a déclaré son admiration pour le système culturel et cinématographique français, en promettant de baisser la TVA culturelle de 21% à 10% s´il devenait président du gouvernement. La revendication de tous les cinéastes espagnols est la même : la baisse de la TVA et une politique adéquate de la Culture. Comme a signalé, dans son discours, l´acteur Antonio Resines, président de la Academia de Artes y Ciencias Cinematográficas de España, "les politiciens doivent être convaincus que le cinéma est avant tout de la culture, au-delà des partis et des idéologies". D´autres moments importants de la soirée ont été l´hommage à Luis Buñuel avec le spectacle des tambours de Calanda (Aragon), ville d´origine de la famille du réalisateur, où il passait ses vacances quand il était enfant, et le Goya d´Honneur à Mariano Ozores, un cinéaste de 90 ans, spécialisé dans la comédie commerciale qui a apporté beaucoup d´argent au cinéma espagnol entre les années 60 et 70.
Le plus amusant de la soirée a été l´invitation de Dani Rovira à Juliette Binoche pour qu´elle aille à Malaga. En parlant avec un accent très prononcé Rovira, né à Malaga, a dit en français à l´actrice : "Madame Juliette Binoche, bonsoir, merci beaucoup pour venir à la fête du cinéma espagnol. Une question : un peu de froid dans le film ? ["Nadie quiere la noche" se déroule au Pôle Nord]. "La solution : vous venez avec moi et Tim Robbins" (aussi présent à la cérémonie) à Málaga. "Le soleil, la plage, la 'vichissoi'?" et [Rovira a fini en espagnol], "o sea gazpacho fresquito !" (gazpacho frais) Binoche riait et a accepté son invitation. Une invitation que le présentateur, avec humour, a étendu au ministre de la culture : "Nos vamos todos a Málaga a un chiringuito a tomar gazpacho !" ("Allons tous à Malaga sur un bar à la plage prendre du gazpacho !").
| Où voir "Truman" et "Nadie quiere la noche" à Madrid et Barcelone ? Truman: Madrid : Renoir Plaza de España: c/Martín de los Heros, 12;Yelmo Cines Ideal: c/ Doctor Cortezo, 6 (entre autres) Barcelone : Cinesa Diagonal: av/ Diagonal, 3; Cines Verdi: c/ Verdi, 32 (entre autres) Nadie quiere la noche : Madrid : Artistic Metropol: c/ Cigarreras, 6; Sala Berlanga: c/ Andres Mellado, 53 Barcelone : Cinema Maldá: Carrer del Pi, 5 |
Membre-électeur de l´Académie Francophone du Cinema (Association des trophées francophones du cinema) qui décerne chaque année dix prix dédiés au cinema des pays de la francophonie. Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com





