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NICOLAS KASSIANIDES - "2016 est une année exceptionnelle en termes de visibilité de la culture française en Espagne"

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 24/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 24/10/2016 à 10:50

Un an après son arrivée au poste de Conseiller culturel de l'Ambassade, le Directeur Général de l'Institut français d'Espagne tire un bilan particulièrement positif de la saison qui vient de s'écouler. Au niveau culturel notamment, la TIFE 2016 aura permis de structurer l'action du réseau sur l'ensemble du territoire. C'est aussi concernant l'enseignement du français dans le système scolaire espagnol que les bonnes nouvelles s'enchainent. Le diplomate en profite pour glisser quelques objectifs et perspectives pour 2017.

lepetitjournal.com : Un an après votre prise de fonctions en Espagne, quelles sont les premières leçons que vous tirez de votre expérience en poste ?
Nicolas Kassianides (photo Institut français) : Sans nul doute 2016 est une année exceptionnelle en termes de visibilité de la culture française en Espagne. Et pour nous, cette conjoncture constitue un instrument fabuleux au service de notre travail. Un des chevaux de bataille de l'Ambassade pour la saison 2016 était de fait lié à l'amélioration de notre présence médiatique, au service du rayonnement de la culture française. Au service aussi, indirectement, de l'apprentissage de la langue française, et donc du nombre d'élèves dans nos réseaux d'Instituts français, d'Alliances françaises, ou dans les établissements scolaires. Nous avons bénéficié de ces échanges intenses qui ont eu lieu entre la France et l'Espagne, au niveau des musées notamment : comme les expositions Ingres, Caillebotte, Georges de la Tour, ou plus récemment celles dédiées à Renoir (musée Thyssen), Doisneau (Fondation Canal) ou aux Fauves (fondation Mapfre), pour n'en citer que quelques-unes, où nous avons parfois joué un rôle de facilitateurs mais où les liens directs entre institutions espagnoles et françaises sont déjà très avancés. Nous avons aussi largement tiré parti de la saison culturelle orchestrée par l'Institut français d'Espagne, la TIFE 2016, qui pour la première fois s'est déroulée tout au long de l'année et sur l'ensemble du territoire, autour d'un thème commun, la Méditerranée, et avec pour titre "les Odyssées contemporaines".

Parlez-nous de cette TIFE 2016. Quelle en est la genèse et quelles sont les retombées ?
La TIFE 2016 constitue une réussite, bien au-delà de nos espérances. Tout d'abord parce qu'à partir de novembre 2015, nous avons réussi à intéresser les entreprises pour le financement. Il s'agit en Espagne d'une véritable première : la saison culturelle 2016 est entièrement autofinancée, via le sponsoring de nos partenaires. Il est pour nous primordial d'avoir su mobiliser et amener avec nous tout au long de cette année une équipe -Orange, Peugeot PSA, El Corte Ingles, ainsi que Targobank et Air France- qui a reconnu l'intérêt de notre concept, a désirer s'associer aux valeurs que nous souhaitions promouvoir, nous a fait confiance et nous a permis d'avoir une ambition culturelle à un niveau auquel nous ne pouvions plus prétendre, compte-tenu des budgets dont nous disposons désormais. Je note d'ailleurs avec satisfactions que de nouvelles entreprises veulent nous rejoindre pour 2017.
Mais la réussite est aussi liée à l'accueil qui a été réservé par le public espagnol à notre proposition culturelle : sur les quelque 90 événements qu'a compté à ce jour la saison, dans 13 villes différentes, ce sont au total plus de 10.000 personnes qui ont été comptabilisées sur nos manifestations, mais aussi plus de 2 millions de spectateurs qui ont assisté à nos expositions en plein air. Finalement, nous avons mobilisé l'ensemble de nos personnels sur cette saison, créé des liens très forts avec les médias locaux et renforcé la cohésion du réseau, avec les 6 Instituts français, les Alliances françaises et les lycées français de tout le pays, qui ont été impliqués dans et associés à cette Odyssée.

Ce modèle de financement de l'action culturelle est-il commun à l'ensemble des IF dans le monde ?
Non, nous sommes même plutôt précurseurs en la matière. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, lui-même, nous en a félicité. De fait, nous nous sommes inspirés d'autres expériences comme celle de l'institut français du Maroc. Mais l'impulsion de l'Ambassadeur Yves Saint- Geours, que j'ai simplement mise en musique, a été incontestablement décisive.
Nous sommes très heureux d'y être parvenus, d'avoir su faire passer ce message : la France en Espagne, dans sa dimension culturelle, constitue un investissement qui vaut la peine d'être effectué. Nous sommes aussi fiers d'avoir su démontrer que notre présence culturelle dans le pays a un poids indéniable. Enfin, ce mode de financement apporte un bol d'air évident à nos Instituts et à nos structures sur place.

Il y aura donc une TIFE 2017 ?
Oui, et nous travaillons déjà intensément sur le sujet. La programmation de la saison et sa thématique ont d'ailleurs déjà été définies. Je ne peux pas encore tout vous dire, mais je peux vous révéler que nous faisons tout pour que 2017 soit encore supérieur en qualité à 2016. La programmation reviendra sur l'idée de la construction du futur, à partir de la compréhension du passé. Nous rebondirons notamment à cet égard sur certains anniversaires incontournables -Guernica, ou les 60 ans du Prix Nobel d'Albert Camus, entre autres. Nous avons la volonté d'apporter aussi un focus important sur la question des nouvelles technologies. C'est de fait du dialogue avec nos sponsors qu'a mûri cette nécessité, ancrée dans nos préoccupations quotidiennes. Nous verrons ainsi en 2017, dans les domaines de la danse ou du cirque par exemple, des prestations particulièrement novatrices. Qu'on se passe le mot : il y aura des choses étranges pour cette nouvelle saison à l'IFE. Sans oublier une production très dense de débats sur la question, avec les plus grands scientifiques, économistes et philosophes, afin de montrer, toujours en échange avec l'Espagne, où en est notre université, notre science, notre académie, et quels sont ses points de vue à cet égard. Bref, nous travaillons cette année encore sur une thématique très transversale, en lien avec l'actualité, qui donnera lieu à des rendez-vous de grande qualité.

La culture française en Espagne se porte bien. On devrait donc logiquement apprendre encore plus la langue de Molière dans le pays ?
La question de l'apprentissage du français en Espagne est basée sur des arguments qui coulent de source : il suffit de prendre une carte et de voir les frontières au nord et au sud du pays, avec l'Hexagone bien sûr, mais aussi le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne plus bas, pour comprendre l'intérêt de maîtriser notre langue. C'est le discours que nous tenons aux conseillers d'Education des communautés autonomes que nous rencontrons régulièrement, et qui sont en charge de développer dans leur région, le choix de l'enseignement d'une langue. Nous avons selon les zones des résultats plus ou moins positifs, mais nous notons dans l'ensemble une sensibilité croissante de nos interlocuteurs à ce raisonnement. La question n'est plus d'opposer l'anglais au français, elle est de définir quelle est la langue qui sera, outre l'anglais, enseignée dans le système scolaire. En l'occurrence l'argument économique penche fortement en faveur du français, ne serait-ce que compte-tenu de la présence de nos entreprises dans le pays ou de l'importance de nos échanges commerciaux.
Je l'ai déjà dit et je le répète : l'apprentissage du français constitue pour l'Ambassade une priorité majeure. C'est le début et la fin de tout : l'élève qui apprend notre langue créera sur le long terme un lien fort avec notre pays, avec ses universités, ses entreprises, sa culture et ses produits. C'est une part essentielle du rayonnement de la France. Et oui, nous avons de nombreuses raisons en ce début d'année scolaire, de nous réjouir : la progression du nombre d'apprenants, avec plus d'1 million d'élèves recensés, est sensible et elle est observée sur l'ensemble du territoire, via l'ensemble des structures mises en place.

Concrètement ?
D'abord en Andalousie, où cette rentrée voit pour la première fois la mise en place de l'enseignement obligatoire du français en 2e langue. C'est une avancée énorme, qui aura à terme des répercussions sur l'ensemble de la pyramide des âges et qui, nous l'espérons, servira d'exemple dans d'autres régions. Mais ce n'est pas tout : dans la communauté de Madrid aussi nous avons effectué des avances notables, avec à l'horizon de la rentrée 2017, l'ouverture du français dans le Primaire. Nous sommes également en passe de débloquer la situation dans la Communauté valencienne, où nous avons bon espoir d'implanter prochainement le BachiBac. Et nous travaillons dur pour trouver des solutions dans le Pays Basque ou aux Baléares par exemple, où nous avons encore un certain retard à rattraper. Toutes les équipes sont mobilisées sur cette question et nous travaillons tous azimuts. Ainsi la poursuite du développement du BachiBac, qui devrait nous permettre de célébrer bientôt la 100e ouverture dans le pays, avec un énorme succès en Catalogne. Ou encore les labels FranceEducation, avec 8 établissements supplémentaires annoncés en cette rentrée, ce qui devrait porter à 15 le nombre de structures labélisées par notre ministère dans le pays. Je crois qu'il est vraiment temps de mettre un terme aux idées reçues : non, on n'apprenait pas plus le français en Espagne autrefois. La langue de Molière n'a jamais tant été enseignée qu'aujourd'hui et elle est de plus en plus utilisée, même si ce ne sont pas forcément les mêmes classes sociales ni les mêmes niveaux de maîtrise de la langue qui sont pour l'instant atteints. Mais les chiffres sont là et ils sont positifs.

Quid de la venue des étudiants espagnols dans les universités françaises ?
En conséquence logique de ce qui a été dit précédemment, on recense près de 6.500 élèves chaque année qui viennent étudier en France et les chiffres sont à la hausse. Cela dit notre priorité en la matière est de plus en plus tournée vers la coopération universitaire. A l'image de notre travail sur la mise en place d'une "université franco-espagnole", 100% virtuelle, qui devrait permettre de délivrer un label de qualité à des coopérations entre campus, mais aussi de résoudre les problèmes très importants de reconnaissance de diplômes, tout en permettant de développer toujours plus de projets de recherche en commun, qui pourraient bénéficier de financements européens. Début 2017 nous devrions être en mesure de poser les fondements de cette université.

Votre plan d'action pour 2017 ?
Je ne vois et n'appréhende les choses qu'en réseau. Il faut faire en sorte que chacun déploie ses potentialités, dans les différents domaines où nous sommes actifs. Nous avons la chance en Espagne de disposer de structures très dynamiques, de la plus petite à la plus grande. Nous devons travailler plus encore ensemble, pour développer des projets communs, améliorer notre communication et notre visibilité.

Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 25 octobre 2016

 

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