


Activités des langues impliquées : compréhension à l´écrit, vocabulaire, expression écrite, interaction orale.
Niveau : B1 +
Temps prévu pour l´activité : 1 heure 30
Travail à la maison et exposition en cours.
INTERVIEW – URSULA MEIER : IL ÉTAIT UNE FOIS UN HUIS-CLOS…
La réalisatrice du très primé « Home » nous a accordé un entretien pour sa sortie en Espagne. Celle qui est allée jusqu'à écouter des bandes son d'autoroute, celle qui a filmé 300 véhicules de figuration en Bulgarie, nous conte son « pari cinématographique », ce film « culotté » qu'elle qualifie de fable. Attention, moteur…
Lepetitjournal.com : Vous êtes-vous inspirée d'une expérience personnelle pour ce film ? Par exemple, êtes-vous viscéralement attachée à votre logement ?
Ursula Meier : Je pense que ça vient avant tout du fait que je vive entre trois pays;j'ai grandi à la frontière de la France, à côté de Genève et j'ai étudié le cinéma en Belgique et c'est vrai que le rapport à l'espace, à la géographie est très important dans mes films. Ce film par exemple va puiser dans des choses belges dans son côté un peu décalé, humour noir et en même temps quelque chose d'assez français ne serait-ce qu'avec Isabelle Huppert. Et enfin, quelque chose d'assez germanique dans le fait que ce n'est pas un film qui passe par les dialogues. Donc je sens que je vais puiser dans les trois. J'aime à dire que ma maison c'est le cinéma;dans le cinéma je me sens aussi entre beaucoup de choses, je ne me sens pas cinéaste franco-française.
D'où la co-production pour ce film ?
Oui, tout à fait. Mais c'est aussi beaucoup mon imaginaire qui fonctionne assez vite. Si je vois quelque chose j'imagine tout de suite une histoire derrière. Pour ce film par exemple, je revenais de Bordeaux et j'ai vu une maison complètement isolée au bord d'une autoroute, tout proche des barrières. Au moment où je passais, la famille mangeait dans le jardin et tout respirait le bonheur. Donc j'ai eu l'idée d'inverser le regard et de me mettre à la place des gens. J'ai d'ailleurs vraiment rencontré des personnes qui habitent le long de l'autoroute, en Belgique. Je m'en suis nourrie. Donc il y a un mélange de rencontres réelles, d'anecdotes et de mon imaginaire.
C'est votre premier long-métrage cinéma;êtiez-vous prête à dénoncer quelque chose par le biais de ce film ? Par exemple, l'idée d'une société envahissante ?
Non, le cinéma et l'art en général pour moi c'est plus poser des questions et montrer la complexité du monde aujourd'hui. Mon idée était plus de conter une fable;l'histoire d'une famille qui a décidé de vivre hors du monde, comme une sorte d'Eden et le monde dans toute sa violence - dont l'autoroute est la métaphore - les rattrape. On ne peut pas vivre hors du monde et c'est pourtant ce qu'ils essayent de faire. Heureusement à la fin ils s'en sortent et c'est là où le film est une fable pour moi. Ce qui est important c'est qu'ils partent;l'idée n'est pas « ils vont quelque part », mais c'est « ils quittent quelque chose ».
Finalement votre film pose la grande question du bonheur;est-ce que c'est ça votre définition ? Vivre dans une bulle, être à l'écart ?
Non justement, pour moi c'était plus une famille qui était en difficulté avant, on peut imaginer, ressentir un passé difficile dans le film et ils se sont installés là pour reconstruire un bonheur. Et c'est ça que la mère - Isabelle Huppert - n'arrive pas à quitter au fond. Mais on ne peut pas vivre comme ça hors du monde, c'est impossible. C'est presque un fantasme au fond et ce n'est pas viable. On a besoin du monde, on a besoin d'en faire parti même si c'est difficile, polluant, bruyant. On ne peut pas s'en protéger comme il le faut.
Donc c'est triste un peu quelque part d'être fatalement rattrapé par la société, par « l'autoroute » ?
Oui parce que le monde est dur, particulièrement aujourd'hui, mais il faut essayer de garder cet espèce d'amour très fort. Oui, plus que le bonheur je pense que c'est un film sur l'amour. C'est presque leur problème d'ailleurs, ce sont des gens qui s'aiment trop. Ce père est prêt à aller jusque-là par amour pour cette femme par exemple. Elle a peur de quitter ça, ce bonheur, cet équilibre, cet amour.
C'est aussi un film qui m'a paru très symbolique car il véhicule beaucoup de dualismes : le fixe et le mouvement, le bruit et le silence, l'intérieur et l'extérieur, la complicité et la désunion… Êtes-vous manichéenne ?
Je suis plus quelqu'un de très contradictoire car je pense que les oppositions c'est ce qui fait avancer les choses. Manichéen c'est soit comme ça, soit comme ça mais par exemple, la fin du film est une happy end sans en être une, c'est plus ambigu que ça. J'aime les contrastes, mettre des choses qui ne vont pas ensemble, c'est là que c'est intéressant, dans la friction, dans ce qui se passe entre du heavy métal et Jean-Sébastien Bach, entre une scène de comédie qui après devient un drame. Donc je trouve que ce n'est pas noir ou blanc mais c'est la rencontre des choses qui fait émerger quelque chose de complexe et d'intéressant.
Concrètement comment s'est passé le tournage avec vos acteurs ?
Isabelle Huppert est quelqu'un de très intelligent, vraiment brillant. On s'est très bien entendues, elle est vraiment à l'écoute. À partir du moment où elle dit « oui », elle fait complètement confiance et elle défend le film jusqu'au bout. Avec Olivier Gourmet, ça s'est très bien passé aussi. C'est un acteur qui aborde le métier complètement différemment d'Isabelle Huppert donc je n'ai jamais travaillé avec les deux ensemble véritablement. Lui part de choses très concrètes pour aller vers quelque chose de plus psychique;Olivier ne joue pas, il est le personnage, il se met dans l'état du personnage. Il est vraiment proche des acteurs américains, anglo-saxons.
Pensez-vous que l'Espagne puisse être le lieu d'un de vos futurs tournages ?
Lorsque nous avons cherché l'autoroute, j'avais pensé à l'Espagne car j'avais besoin d'un pays du sud où il fasse beau avec un paysage un peu brûlé. Mais on a cherché partout et on n'a pas trouvé de routes. En tous les cas, pourquoi pas tourner en Espagne, ça me plairait !
Est-ce qu'il y a des acteurs espagnols avec lesquels vous souhaiteriez travailler ?
Ah oui il y en a beaucoup, les acteurs d'Almodovar évidemment comme Marisa Paredes, ou encore Antonio Banderas. Ce que j'aime bien dans les films espagnols, c'est que la langue amène l'énergie au film et le débit des dialogues espagnols, c'est toujours très impressionnant je trouve. Ce débit c'est quelque chose que j'envie assez, moi qui suis plutôt du Nord. J'aime écouter cette langue;les dialogues sont la musique du film.
Vous enseignez dans une école de cinéma à Lausanne et vu le succès international de votre film, que donneriez-vous comme conseils à un étudiant ?
Leurs scénarii sont souvent dans des choses un peu convenues et je leur dis d'aller plus loin. Donc, il faut prendre des risques, ne pas avoir peur. Si on va au cinéma c'est pour voir des choses qui osent aller jusqu'au bout.
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Exercices
1- Lisez le texte à haute voix ou en silence.
2- Vrai ou Faux ? Justifiez votre réponse par une citation du texte.
a) Ce film est à la fois original et risqué.
b) Pour « Home », Ursula Meier a surtout fait appel à sa culture belge.
c) Ursula Meier a une imagination très puissante et rapide.
d) Le film pourrait être comparer à une fable moralisatrice.
e) Jean-Paul Sartre disait « L'enfer, c'est les autres ». Ursula Meier est d'accord, c'est pour cela qu'elle a placé ses personnages loin de tout, sur le bord d'une autoroute déserte.
f) La réalisatrice est manichéenne.
g) Lorsqu'elle interprète un rôle, Isabelle Huppert part du psychique pour jouer son personnage.
h) Ursula Meier a cherché des décors pour son film en Andalousie.
i) Dans le Nord, le débit des dialogues est lent.
j) Les élèves d'Ursula Meier de l'école de cinéma ne sont pas assez conventionnels d'après elle.
3- Voici une liste de mots sur le cinéma. Trouvez leur traduction en français. Certains de ces mots sont dans le texte, d'autres pas.
- actor
- director
- cámara (persona y aparato)
- corto metraje
- largo metraje
- y.. acción…
- rodar
- rodaje
- trailer
- plano
- guión
- escena
- subtítulos
- a cámara lenta
- picado
- contrapicado
- casting
4- Chercher des informations sur le film et faites-en un résumé écrit que vous présenterez ensuite à l'oral devant la classe.
5- En fonction des informations trouvées sur Internet, inventez d'autres questions que vous pourriez poser à Ursula Meier.
6- Qui est Isabelle Huppert ?
VOUS TROUVEREZ ICI LES RÉPONSES







