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IMMIGRATION - Paroles d'immigré, paroles de politique

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Premiers touchés, derniers à en sortir, les immigrés sont les victimes numéro 1 de la crise . Ceux d'Espagne ne sont pas épargnés, notamment avec les déboires du bâtiment, là où beaucoup avaient trouvé un emploi. Kamal Rahmouni, président de l'Association des Travailleurs et Immigrants Marocains en Espagne connaît bien la communauté marocaine  740.000 immigrés, 130.000 nationalisés et des enfants nés ici, en Espagne. Elena Valenciano, Secrétaire de Politique Internationale et de Coopération du PSOE, s'exprime pour sa part sur le rôle des politiques. Débat
(AFP)
Du château en Espagne à la maisonnette

À côté de l'Afrique, l'Espagne, porte de l'Europe, recevait une immigration de passage, en direction d'autres pays de l'Union Européenn. Depuis peu, elle accueille ses propres immigrés. La nouvelle Espagne, celle des années 1990, avec sa croissance exponentielle, ses nouveaux riches, sa vitalité économique, a attiré ses voisins du Sud. Si l'immigration a été un temps bienvenue, la crise stigmatise les immigrants et leurs enfants nés ici. "Je crois qu'en Espagne, tout ce qui concerne l'immigration n'a jamais vraiment été planifié. Ce n'est pas comme dans la France de l'après-guerre", explique Kamal Rahmouni, président de l'Association des Travailleurs et Immigrants Marocains en Espagne, l'ATIME. "La société espagnole est devenue en un peu plus de 20 ans une société de droits et libertés et de consommation. Dans ce processus, il y avait l'immigration, mais c'était un phénomène secondaire dans l'agenda politique. On en a parlé avec Aznar, un peu, mais à des fins électoralistes. Maintenant sous Zapatero, la crise en a fait un enjeu".

La crise du logement
Si les économistes parlent du "jamais plus" dans l'immobilier, reste que les gens qui construisaient les immeubles hier sont encore là aujourd'hui. Ils ont parfois des engagements financiers, avec la famille restée dans le pays, mais aussi envers leurs enfants, pour beaucoup nés ici. "On a des programmes de réinsertion, de formation pour certains d'entre eux", assure Elena Valenciano, Secrétaire de Politique Internationale et de Coopération du PSOE, "mais tout est majoritairement décidé par les communautés autonomes donc les situations peuvent être assez disparates, ça dépend notamment du parti auquel appartient le président de région". Reste que les possibilités de retrouver un emploi pour un immigré en temps de crise sont bien moindres que pour un natif. Le gouvernement a aussi prévu des programmes de retour pour une partie de cette main d'?uvre... Quand elle peut repartir, car si ses racines sont d´ailleurs, ses enfants sont d'ici.

Bien vus mais mal venus
Si les problèmes économiques sont évidents, Valenciano se veut rassurante sur l'impact social, "Je ne crois pas qu'il y ait de problème dans la compréhension du phénomène migratoire, malgré des problèmes ponctuels". Une vision que nuance Rahmouni, "Il y a deux réalités, celle des médias et celle du quotidien. Quand on demande à un Espagnol, généralement il va vous dire que son voisin Mustapha est un mec ouvert, gentil. Mais si vous lui demandez ce qu'il pense de l'islam ou des musulmans, là c'est autre chose. Et c'est cette double vision qu'il faut éviter, en éduquant la société". Pour le président de l'ATIME, c'est le rôle des politiques et des médias d'expliquer l'immigration, phénomène complexe et pluridimensionnel qui implique les relations humaines, et des éléments culturels, linguistiques et religieux.
"En Espagne, on est à la deuxième  génération, il y a des jeunes nés ici qui s'appellent Mohammed, Fatima ou Mamadou, et ces jeunes ce sont des Espagnols, c'est leur pays, et il faut que la société espagnole ouvre le débat pour accepter qu'elle change avec eux", note Rahmouni.

Mettre le voile, polémique
L'intégration passe aussi par le fait de surmonter les différences et les incompréhensions. Les débats comme celui du voile sont une boîte de pandore selon le représentant des travailleurs marocains, dans un Etat à confessions qui n'est pas la France laïque. "Les gens ne se rendent pas compte de la portée d'un tel débat, mais ce que moi je constate, c'est que par une mauvaise communication, oui, le voile est un élément de discrimination dans le monde du travail pour les femmes". Pourtant c'est clair : "L'intégration est un double effort : de la part de l'immigré, d'apprendre la langue, la culture et les valeurs de sont nouveau pays, et à ce pays, de lui donner les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens". L'immigration a été massive et surtout rapide, "mais je pense que c'est surtout un question de temps", assure Valenciano .

Mettre les voiles, géopolitique
La crise devrait freiner l'arrivée d'immigrants, "et il faut faire passer le message, il n'y a plus les mêmes possibilités de développement", déplore la Secrétaire du PSOE.
Et sur ce sujet, les 27 s´accordent. Si au niveau des politiques d'intégration ils peinent à s'entendre tant leurs réalités nationales sont différentes, le FRONTEX (agence européenne créée pour assurer la sécurité aux frontière de l'UE) se porte bien. "Nous travaillons avec plusieurs gouvernements, y compris ceux du Maghreb et c'est assez efficace", explique Valenciano. Le président de l'ATIME reconnaît que l'immigration illégale est une des priorités de l'Espagne encore aujourd'hui, "par sa situation géographique, l'Espagne doit lutter contre ces flux mais encore une fois, ce volet fonctionne bien, il faut que les autorités se penchent davantage sur ceux qui sont dans le pays, et légaux".

La relation dans l'avenir entre le Maghreb et l'Espagne ne devrait cependant pas être réduite à des contrôles aux frontières, l'Union Pour la Méditerranée, dont le siège est à Barcelone, est "un projet de partenariats prometteurs pour la région", selon Elena Valenciano, même si son congrès du 7 juin a été reporté à  novembre, faute de consensus entre ses membres.

Hélène LEBON (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 10 juin 2010

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Publié le 9 juin 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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