

A l'occasion du 120e anniversaire de Gaumont, la société cinématographique la plus ancienne du monde, sa Présidente, Sidonie Dumas, est venue dans la capitale espagnole pour présenter les activités commémoratives qui auront lieu à Paris et à Madrid tout au long de l'année 2015. Gaumont a produit quelques uns des cartons les plus connus du cinéma français comme "Les Visiteurs", "Le dîner de cons", "Le 5e élément" ou "Intouchables"... A la Résidence de France, Sidonie Dumas, une des femmes les plus importantes et intelligentes de l'industrie cinématographique française, a répondu à nos questions.
Lepetitjournal.com : Que signifie Gaumont dans l'histoire du cinéma mondial et concrètement dans celle du cinéma français ?
Sidonie Dumas (photo lepetitjournal.com) : Gaumont est aujourd'hui la société de cinéma la plus ancienne au monde. Evidemment, les frères Lumières nous précèdent de quelques mois... mais ils n'existent plus aujourd'hui. La société Gaumont est encore active et continue à produire des films. En fait, ce sont 120 ans qui sont linéaires et qui n'ont jamais cessé d'être. Depuis 1895 jusqu'à ce jour, Gaumont a toujours existé. On est très fiers de cela. C'est pour ça que dès qu'on trouve une occasion de pouvoir fêter notre anniversaire, on le dit, on le crie très fort car je pense que c'est rare. Les films sont aussi un patrimoine. Ce qui est merveilleux c'est quand on voit le catalogue qu'on a et de pouvoir le partager. C'est le principe même des films : ils sont faits pour le public. Notre volonté c'est de continuer à les faire voir et dans le principe même de la restauration, on essaie que nos films voyagent dans le monde entier et puissent être vus par le plus grand nombre.
Gaumont est une société de production, exploitation et distribution.
Oui, Gaumont est ce qu'on appelle une société "intégrée". On a la possibilité d'initier les films, de les mettre en salles. Et on s'occupe de les vendre dans le monde entier, de les mettre en vidéo et donc, de toujours les pérenniser et nous en occuper une fois qu'il deviennent des films de catalogue. Au bout de trois ans, ils rentrent dans cette catégorie et on continue à les vendre aux chaînes de télévision, aux nouveaux diffuseurs, aux nouveaux acteurs qui arrivent, que ce soient iTunes ou d'autres. On s'adapte techniquement et technologiquement pour pouvoir continuer à commercialiser nos films.
En tant que productrice et Présidente de Gaumont, pouvez-vous nous dire quel est le secret pour qu'un film soit un succès ?
Je pense qu'il faut les bonnes personnes pour s'en occuper. On commence par une bonne histoire. Celle-ci est un coup de c?ur. C'est souvent une rencontre avec le réalisateur, le partenaire producteur et Gaumont. Et, tout d'un coup on se dit : 'mais évidemment, on sait ce qu'on va faire de ce film. A qui ça s'adresse ? Comment on va le distribuer ? Quel jour on va le sortir ?'. Aujourd'hui on part d'une bonne idée, d'un bon sujet, mais ensuite il faut trouver la bonne date, le jour de sortie qui est vraiment stratégique, parce qu'il y a tant de films qui sortent (en France, il y a à peu près 15 films qui sortent tous les mercredis, jours de sortie). Il y a beaucoup de concurrence. Donc, il faut trouver la bonne date, mais aussi la bonne campagne de marketing. C'est un travail d'équipe qui se fait avec un nombre d'interlocuteurs importants et où on sait précisément, je dirais au moment où on se dit 'on va prendre ce film, on va le produire', comment on va le sortir. C'est très stratégique : tout ce qui est marketing est pensé très tôt. Comme ça, on n'attend pas de voir un film pour se dire 'tiens, comment est-ce qu'on pourrait faire l'affiche ?'. C'est un travail très différent d'il y a 10 ans où tout se faisait étape par étape, en attendant que le film soit terminé. Aujourd'hui quand on prend la vision de production, on se dit à qui ça va s'adresser et en fonction de ça, il faudra qu'on fasse telle et telle démarche. C'est très passionnant !
Il semblerait que les comédies soient les films français qui ont le plus de succès à l'étranger. Qu'en pensez-vous ?
Je pense que les bons films s'exportent. A un moment donné, on disait que les comédies ne s'exportaient pas bien parce que c'est justement quelque chose de très national. Mais, après les choses ont changé. On l'a vu avec "Intouchables". Quand les films sont bons, les films s'exportent bien. Je pense qu'à un moment donné c'était plus les films policiers qui s'exportaient. C'est formidable si on arrive à exporter l'humour d'un pays parce qu'en fait, c'est vrai que ce n'est pas toujours aussi évident. Pour nous, à l'époque, "Le dîner de cons" de Francis Weber a été remarquablement vendu à l'étranger. Je crois que quand il y a une simplicité dans la langue et dans les dialogues et que c'est très bien fait, il n'y a aucune raison pour que d'autres ne comprennent pas. C'est surtout une affaire de bons films et de sujets qui peuvent avoir une résonance à l'extérieur.
Le marché espagnol est-il important pour Gaumont ?
Nous, on a, comme vous avez pu voir, un partenariat avec Adolfo Blanco formidable. C'est vrai que "A contracorriente, Films" a une manière assez similaire à celle de Gaumont de concevoir la sortie des films. C'est vraiment un accompagnement, ce n'est pas seulement "on achète". Il y a un travail humain qui est fait. Du coup, la manière dont nos films sortent en Espagne est remarquable. Je pense qu'on ne ferait pas mieux en France. C'est encore une affaire d'individus et de travail d'équipe. Quand vous trouvez les bonnes personnes qui ont envie de s'emparer de votre projet chez eux, il n'y a rien de mieux. On est ravis.
On dit de vous que vous êtes une des femmes les plus puissantes du cinéma français. Etes-vous d'accord ?
Je ne me conçois pas comme une femme puissante. C'est plutôt l'amour d'un métier. J'ai une chance formidable, je fais quelque chose que j'aime beaucoup, qui est très passionnant et qui est très différent à chaque fois puisque lorsqu'on produit des films, on n'est jamais dans la même aventure. A chaque fois, il s'agit d'aventures humaines étonnantes, pas simples. Ce sont de gros investissements. Ce n'est pas seulement un travail féerique... Mais je trouve que l'aboutissement, quand les films se terminent, qu'ils fonctionnent et que le public est au rendez-vous en salles, c'est quand même merveilleux de pouvoir se dire qu'on a accompli un métier pour donner de l'émotion aux gens. L'aspect féminin, je ne sais pas si c'est parce que je suis une femme et qu'il y a beaucoup de femmes qui m'entourent, mais je ne suis pas une féministe. Je pense que c'est bien d'être entourée d'hommes. C'est l'équilibre qui est sympathique et intéressant. Je dirais qu'hommes et femmes, dans un travail d'équipe, quand c'est bien fait, c'est formidable. L'équilibre se fait en fonction des tempéraments plus qu'en fonction du sexe.
Membre-électeur de l´Académie Francophone du Cinéma (Association des trophées francophones du cinéma) qui décerne chaque année dix prix dédiés au cinéma des pays de la francophonie. Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com





