Édition internationale

FLOREAL PELEATO - "Je voulais plonger le lecteur dans les Collines noires parmi les indiens cheyennes"

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 mai 2016

Écrivain, réalisateur, professeur et collaborateur de la revue Positif, Floreal Peleato est un touche à tout que rien n'arrête, pas même les frontières. De parents espagnols, il naît et grandit dans le sud de la France. Ce qui lui permet de s'exprimer très rapidement dans les deux langues. Après ses études, il traverse la frontière pyrénéenne pour s'installer en Espagne, pays qu'il ne quittera plus. Son premier roman El Círculo de los Vientos (Le Cercle des Vents) autoédité vient de sortir. C'est donc en qualité d'écrivain qu'il évoque pour nous son ?uvre et sa vision de l'art.

Lepetitjournal.com : Racontez-nous l'histoire de ce roman.
Floreal Peleato (photo DR) : C'est l'histoire d'un aristocrate français qui fuit son pays en 1790 pour des raisons familiales, sociales et surtout politiques. Il est fidèle à l'Ancien Régime, il est catholique et croit en la monarchie. Il a été officier dans la cavalerie et pour lui la Révolution française n'est qu'une vaste jacquerie à l'échelle nationale, un feu de paille qui bientôt s'éteindra. Il ne voit pas venir le réel bouleversement de la société dans laquelle il vit, c'est pourquoi il décide de partir aux Etats-Unis, là où il a combattu 10 ans plus tôt aux côtés du général Rochambeau dans un régiment de hussards. Mais ce voyage qu'il croit être provisoire, en attendant que la révolte s'apaise en France, est en fait un voyage sans retour et le début de son enracinement dans une société indienne. En résumé, c'est l'histoire d'un homme qui veut être libre et fidèle à ce qu'il a toujours été, en payant le prix qu'il faudra. Un homme qui croit en la Liberté, pas en l'Égalité, mais découvre une forme de Fraternité parmis les Cheyennes.

C'est votre premier roman, vous aviez déjà écrit deux nouvelles auparavant. Qu'est ce qui change dans la manière d'écrire une fiction ?
Compte-tenu du nombre de personnages qu'il y a dans le livre et de l'ampleur historique que couvre le roman j'ai dû effectuer des recherches préalables sur l'histoire des Etats-Unis, de la France et de l'Espagne, dans les trois langues et pendant plusieurs années. Plus quatre années d'écriture. Je me suis aussi rendu aux États-Unis, dans les Etats du Montana, du Wyoming, des Dakota du Sud et du Nord pour explorer leurs archives et m'imprégner des paysages. Je n'ai mis finalement qu'un dixième de mes recherches dans le roman. Il y a eu aussi la nécessité d'ébaucher une structure serrée mais qui ne se remarque pas. Et puis j'ai souhaité développer un souffle que j'espère à la fois tragique, lyrique et vital. Tout cela n'a rien à voir avec l'écriture d'une nouvelle, pour laquelle on n'écrit souvent que la fin d'une histoire : le climax et son développement. Tout est condensé en quelques pages. Contrairement au roman dans lequel il y a un long déroulement et un travail en amont infiniment plus long et complexe.

Mais alors quelle est la part de fiction dans ce roman ?
Même si j'ai voulu faire quelque chose de très documenté, la part de fiction est complète. Les recherches historiques devaient être là pour donner des soubassements solides au roman mais ne devaient pas l'envahir pour autant. Je voulais plonger le lecteur dans les Collines Noires parmi les indiens cheyennes tout en donnant un aperçu des bouleversements sociaux, historiques et esthétiques qui ont agité la France et les Etats-Unis à cette époque-là, qui est celle de la Révolution et des débuts du Romantisme. Mais il s'agit bel et bien d'une fiction. C'est ce qui arrive aux protagonistes qui doit avant tout intéresser et émouvoir le lecteur. J'aimerais que ce roman lui apporte à la fois du plaisir, de la réflexion et de l'émotion. Quand j'évoque les techniques de combat des indiens ou les batailles auxquelles ont participé les personnages pendant la guerre d'Indépendance américaine, je voulais que tout soit vraisemblable. Sans trop tendre vers un souci d'exactitude qui serait plutôt le travail d'un historien ou d'un journaliste. Ce que je ne suis pas.

A quel genre appartient-il selon vous ?
La trame est celle d'un roman d'aventure avec un arrière-plan historique. Même si je crois qu'il y a une bonne part d'introspection dedans. Le récit se situe entre 1791 et 1806, avant la période dite du "western". On pourrait le qualifier de "pré-western". Les Indiens qui y figurent luttent contre d'autres Indiens, et pas contre les blancs. C'est davantage l'époque des explorateurs et des trappeurs que celle des pionniers.

Comptez-vous publier ce roman ailleurs qu'en Espagne ?
Oui. Je suis en contact avec une maison d'édition en France. J'étais à New York il y a peu pour donner des cours dans une Université du New Jersey et, bien sûr, je me disais que les Américains constitueraient pour moi un lectorat idéal puisque c'est de leur histoire dont je parle, et d'une aspect méconnu qui pourrait les fasciner. Mais je préfère me concentrer d'abord sur l'Espagne et la France avant d'envisager à moyen terme une publication aux Etats-Unis.

Vous collaborez également en français pour la revue de cinéma Positif, quelles sont les spécificités du métier de critique ?
Je ne me suis jamais considéré comme un critique à part entière, je me vois plutôt comme un réalisateur qui tâche de connaître et de comprendre ce qu'est le cinéma et qui écrit à son propos. Voir et écrire sur le travail des autres m'oblige inévitablement à mettre en cause ce que je ressens et ce que je comprends par rapport à mes propres projets.

Comment se répercute votre passion pour le cinéma dans vos ?uvres littéraires ?
Mon apprentissage a d'abord reposé sur ma cinéphilie. Si j'ai appris quelque chose c'est d'abord en voyant des films et en lisant pour tenter de mieux connaitre le cinéma. Cela a été un apprentissage du regard. J'ai vu d'innombrables films dès l'adolescence pour développer petit à petit un point de vue personnel sur le septième art. Par exemple, c'est en voyant à la télévision française Miracle en Alabama d'Arthur Penn, à l'âge de 12 ans, que j'ai pris conscience de la capacité du cinéma à transmettre des émotions viscérales et durables. Grâce à la composition des plans, aux effets de montages, mais surtout grâce au jeu des comédiens.

C'est aussi ce que vous souhaitez transmettre dans votre roman ?
Voltaire disait : "Une ?uvre d'art doit ravir les sens et l'esprit". Il y a tout un pan de la modernité dans les différentes formes d'expressions, de la peinture au cinéma en passant par la musique, qui voudrait s'adresser uniquement à l'intellect. C'est une vision qui me touche peu, elle réduit la portée de l'art. Il peut y avoir une forme d'expression artistique qui nourrisse à la fois les sens et l'esprit, qui soit formaliste, et c'est important, mais s'adresse aussi à ce qu'il y a de plus immédiat en nous. Dans le roman il y a quelque chose de très sensoriel, d'où l'importance de sensations physiques comme le chaud, le froid, la faim, le plaisir sexuel ou encore la peur. On dit que pour les classiques la pensée précède le sentiment, et inversement pour les romantiques. Je ne saurais trop où me situer mais la pensée pure, en tout cas trop discursive, m'ennuie un peu. En revanche, quand elle est nourrie par l'expérience et l'ouverture au monde, et quand elle se mêle à l'action, pour moi elle est beaucoup plus vivante. C'est en tout cas ce que je demande à un livre ou un film en tant que lecteur et spectateur.

El Círculo de los Vientos de Floreal Peleato, autoédition. Trailer ici. En vente sur Amazon, en version Kindle et papier.

Et à Madrid dans les librairies suivantes :
Ocho y Medio (C/Martín de los Heros, nº 11, enfrente de los Cines Golem, 91-559-06-28, Mº Plaza de España)
Círculo de Bellas Artes Antonio Machado (C/Marqués de Casa Riera, 2, 91-310-17-05, Mº Banco de España)
Antonio Machado (C/Fernando VI, nº 17, 91-319-67-07, Mº Alonso Martínez)
Cervantes y compañía (C/Pez, nº 27, 910-118-037, Mº Noviciado)
Opar (C/Alcalá, nº 94 2 izq, 91-575-45-20, enfrente del Pub National Geographic, Mº Goya)
Muga (Av de Pablo Neruda, 88, en Vallecas, 91-507-90-85, cerca de la asamblea de Madrid)
La sombra (C/San Pedro, nº 20, 911-37-56-09, Mº Atocha)
Jarcha (C/Lago Erie, nº6, 91-776-24-12, Mº Vicálvaro)

Plus d'infos sur le site de l'auteur.

Simon MARACHIAN (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 5 mai 2016?
Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez nous sur Facebook et sur Twitter
Téléchargez notre application pour téléphone mobile via Itunes ou via Google Play

 

logo lepetitjournal madrid espagne
Publié le 4 mai 2016, mis à jour le 5 mai 2016
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.