

Depuis quelques jours, le roi d'Espagne essuie les plâtres d'une nouvelle polémique, après sa chute lors d'une partie de chasse à l'éléphant au Botswana. Non content de faire face aux critiques de responsables politiques, d'une partie de la presse et de l'opinion publique de son pays, il a reçu hier une lettre postée en France et signée de la main de Brigitte Bardot. Loin de lui souhaiter un prompt rétablissement, dans le texte l'actrice dégomme le monarque, sans détour
"C'est indécent, éc?urant et indigne d'une personne de votre rang"
Il y a mille manières de souhaiter un prompt rétablissement à un récent opéré de la hanche, une seule de lui faire savoir que l'on trouve la nature de l'accident proprement scandaleuse au point d'affirmer que de premier homme du pays, il est passé au rang de honte suprême nationale. Trois jours après l'intervention médicale de Juan Carlos, conséquence de sa chute lors d'une partie de chasse au Botswana, Brigitte Bardot a fusillé le roi d'Espagne, hier, via une lettre publiée sur le site de sa fondation. Visiblement outrée par l'origine de l'accident royal, l'ex-actrice ne laisse percevoir aucune empathie envers le souverain, bien au contraire : "J'espère que votre chute vous remettra les idées en place et que vous aurez à c?ur désormais de protéger la biodiversité, ailleurs que dans des colloques ou des conventions."
Si la famille royale n'a pas (encore) réagi à cette attaque frontale, Brigitte Bardot expérimente à nouveau là une pratique qu'elle affectionne particulièrement : les courriers polémiques. Il y a moins de deux mois, elle avait pris sa plume pour écrire à plusieurs élus français dans le but de les inciter à parrainer Marine Le Pen (Front national), afin que cette dernière obtienne les 500 signatures nécessaires à toute candidature à l'élection présidentielle.
Brigitte Bardot et les courriers polémiques, une vraie passion
En décembre dernier, elle avait remercié Vladimir Poutine, dans un courrier toujours consultable sur le site de sa fondation. Extraits : "Je regrette de ne pas pouvoir bénéficier d'un pareil soutien dans mon propre pays qui est scandaleusement rétrograde lorsqu'il s'agit de défendre les animaux. Mon Premier ministre préféré, je vous souhaite le meilleur...". Enfin, en juillet 2010, elle avait déjà tancé un chef d'Etat, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, également par courrier interposé : "Vous, et vos ministres aussi inutiles que lâches à la limite de la malhonnêteté et du ridicule, n'arrivez pas et n'arriverez plus à satisfaire la population française qui vous a élu en 2007 croyant dur comme fer à vos promesses non tenues!" L'Agence France Presse, comme hier, étant alors à l'initiative de la divulgation du texte.
"Je ne vous souhaite pas un prompt rétablissement"
Si l'écrit est devenu le mode d'expression préféré de BB, 77 ans, qui confesse volontiers ses affinités idéologiques avec la droite dure, cette dernière lettre au roi d'Espagne répond encore à l'indignation que soulève chez elle tout ce qui concerne le monde animal. Car si dans l'entourage de Juan Carlos, on a veillé a gardé le silence sur la nature de l'accident, le quotidien national El País a révélé le premier l'origine du problème : une chute lors d'une partie de chasse à l'éléphant au Botswana. Icone planétaire des défenseurs des animaux, Brigitte Bardot ne pouvait pas laisser passer pareille occasion. A la fin du mois d'avril, sa fondation devrait inaugurer un orphelinat pour éléphanteaux au Tchad, qu'elle a cofinancé.
A point nommé pour moraliser Juan Carlos : "Je suis d'autant plus en colère de vous voir poser tout sourire près d'un cadavre, fier d'avoir tué cette bête sur le point d'être balayée de cette planète par la faute des trafiquants d'ivoire et de riches oisifs, comme vous, qui s'occupent en tuant des animaux par plaisir. Ce sont ces éléphanteaux, abandonnés à leur sort et à une mort certaine, qui sont pris en charge par l'orphelinat de l'association 'SOS Eléphants'. C'est un combat difficile et inégal, rendez-vous compte que pour couvrir les frais de fonctionnement de l'orphelinat pour une année, il nous faut financer ce que vous avez dépensé pour tuer un éléphant !" Et d'ajouter, en conclusion : "Majesté, je ne vous souhaite pas un prompt rétablissement si cela vous amène à poursuivre vos séjours meurtriers en Afrique ou ailleurs..."
Un safari à 30.000 euros en pleine crise : plusieurs partis politiques exigent des excuses publiques
Dès les révélations d'El País, le scandale a été immédiat en Espagne, d'autant qu'El Mundo, qui avait suivi le roi dans pareille expérience en 2006, ne tardait pas à avancer la somme de 30 000 euros en guise de coût d'un safari dans ce pays d'Afrique australe. Visage fermé, traits tirés, regard sombre, avec un mouvement de la main droite pour réajuster sa cravate comme s'il manquait d'air -impression confirmée par le titre : "L'année la plus amère"- Juan Carlos faisait dimanche la Une de toute la presse espagnole, et dans la lignée du quotidien conservateur ABC, plusieurs journaux avaient choisi de publier une image grave, comme pour mieux signifier qu'elle se brouille depuis plusieurs mois. Ainsi, même dans les médias à la connivence historique régulièrement affichée avec la famille royale, la négation a ses limites, touchées depuis le début de l'année 2012.
En pleine période d'austérité, conséquence d'une crise économique et financière sans fin, l'information a jeté le discrédit sur le roi, vivement critiqué dans l'opinion publique, par de nombreux éditorialistes et autres hommes politiques. Plusieurs partis exigent même des excuses publiques, eu égard à l'état économique du pays, autant qu'en réaction au silence du Parti populaire et de la famille royale.
De "l'opération transparence" à l'opération de la hanche, cinq mois de polémiques successives
La passion de Juan Carlos pour une chasse luxueuse n'est pas une bonne publicité pour la monarchie espagnole, alors que le pays vient de présenter un budget de rigueur à l'austérité historique. D'autant que depuis plusieurs mois, les polémiques se succèdent autour de la famille royale. En décembre dernier, pris dans l'affaire Iñaki Urdangarin, son gendre -marié à la princesse Cristina, la plus jeune des filles de Juan Carlos-, le roi d'Espagne avait lancé l'opération transparence à la cour, divulguant ses comptes pour la première fois depuis 1979 et le début de la monarchie constitutionnelle. Les Espagnols apprenaient alors que leur monarque reçoit un salaire brut de 292.752 euros annuels, répartis entre un traitement de 140.519 euros et des frais de représentation qui s'élèvent à 152.233 euros. Et que son fils en perçoit la moitié, soit 70.260 euros en salaire et 76.117 euros en frais de représentation. A l'origine du scandale impliquant le gendre, une sombre histoire de détournement de fonds d'une fondation en faveur d'enfants handicapés, replacés dans un paradis fiscal.
En 1956, Juan Carlos tue accidentellement son frère cadet, Alonso... avec une arme
Il y a une semaine jour pour jour, le 10 avril, la famille royale espagnole rendait publique la blessure au pied droit de Felipe Juan Froilán Marichalar Borbón, 13 ans, le petit-fils aîné du roi, à l'occasion d'un accident de chasse dans la cour de la propriété familiale de Soria. L'adolescent s'entraînait au tir, avec dans les mains un fusil de calibre 36, s'adonnant ainsi à une pratique interdite aux moins de 14 ans en Espagne. Même la police avait alors affirmé que le père de l'enfant pourrait être passible d'une amende.
Deux accidents de chasse en moins d'une semaine, suffisant pour faire ressurgir le spectre de la dangerosité des armes pour la famille royale. En 1956, au Portugal, le frère du souverain avait été tué d'une balle perdue, alors qu'il s'amusait à manier un revolver avec un jeune élève officier de 18 ans, dans une bâtisse familiale d'Estoril. Cette fois-là, c'est accidentellement que le roi Juan Carlos Ier avait tué... son frère cadet.
Benjamin IDRAC (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 17 avril 2012





