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ECONOMIE - De Toulouse à Barcelone, la contrebande ruine le marché du tabac et les caisses de l’État

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012
Vous qui revenez d'Andorre avec quelques cartouches de cigarettes dans votre coffre, sachez que vous participez activement à la contrebande des "petite fourmis", ces monsieur-tout-le-monde qui font régulièrement des excursions transfrontalières pour approvisionner les proches, voire monter un petit business personnel. Entre culpabilisation et perte de pouvoir d'achat, il ne fait pas bon être fumeur ces temps-ci

 (Photo Lepetitjournal.com)

Alors que la France est en pleine polémique sur la nouvelle campagne choc anti-tabac, les médias espagnols font état du manque à gagner que représente le réseau de contrebande dont la principauté d'Andorre est la principale plateforme.
En 2008 déjà, l'Union internationale contre le tabac et les maladies pulmonaires  avait dévoilé ces chiffres lors d'une réunion à Genève de l'Organisation mondiale de la santé : près de 700 milliards de cigarettes, soit 11,6% de la production mondiale, sont vendues chaque année illégalement, soit une perte de plus de 40 milliards de dollars de taxes.

Le sud-ouest français fume espagnol?
Selon une étude Epsy réalisée en 2008 pour la British American Tobacco, en France, une cigarette sur quatre provient de l'étranger. Et plus on s'approche de l'Espagne, plus cette proportion augmente. A Toulouse, elle représente 40%  du tabac, une cigarette sur trois étant espagnole. Pour les habitants du Midi-Pyrénées, le "Fumar puede matar" y est donc devenu aussi banal que les slogans français. Pour l'État français, cela représente tout de même un manque-à-gagner fiscal de 150 millions d'euros.
Comment expliquer cette fuite des achats ? Selon la BAT, par le non-alignement des pays européens sur les prix. En 2007, la France avait augmenté de 6% le prix des cigarettes et de 10% celui du tabac à rouler en 2008. Pas étonnant alors que les Toulousains soient si prompts à faire une heure de voiture jusqu'au Pas de la Case. D'autant plus que l'on peut ramener cinq cartouches d'Espagne par voiture et une cartouche et demie par personne d'Andorre sans encourir d'amende. Au total, ce marché parallèle représenterait environ 150 millions de manque-à-gagner fiscal pour les caisses des impôts.

?Quand la Catalogne fume andorrain
Du côté ibérique de la frontière, même constat. Même si le tabac espagnol est quasiment deux fois moins cher que le français,  la concurrence andorrane fait aussi enrager les buralistes barcelonais et l'État.
La Vanguardia rappelait récemment qu'après une accalmie de quatre ans, les douanes catalanes ont enregistré l'an dernier une augmentation de 138% du trafic en provenance de la principauté. Dans le cadre de l'opération "Montaña"  la Guardia Civil a en effet intercepté pas moins de 311.469 paquets, soit 850.000 euros de marchandise.
L'explication la plus évidente et "tendance" à ce phénomène est la fameuse crise économique, et la volonté de certains de se créer de nouvelles sources de revenus.
Mais pour le capitaine de la police de  Lleida, Vicente Luengo, ce n'est pas la seule explication. Lui aussi insiste sur la différence des prix entre Espagne, France et Andorre.
Le trafic de tabac serait renforcé par la "nouvelle contrebande", c'est-à-dire tous ces particuliers, agents spécialisés organisés à (très) petite échelle. Acheter un paquet à 2,20 euros en Andorre apparaît facilement comme un remède à la perte du pouvoir d'achat.
Un autre facteur de cette rupture serait la compétence des équipes de douane et leur aguerrissement aux méthodes des délinquants. En mars dernier, ils ont par exemple intercepté à Tiurana (Noguera) une fourgonnette contenant 75.000 paquets (201.625 euros)? Sur les 21 inculpés, 7 étaient espagnols? et pour les autres, une majorité de Français.

Cette augmentation spectaculaire de la contrebande ne paraît pas perturber l'optimisme  de la ministre espagnole de la Santé, en pleine croisade pour sa réforme de la Loi sur le Tabac.  Le 22 février dernier, Trinidad Jimenez déclarait dans les colonnes du quotidien  El Mundo : "en 2010, nous aurons une Espagne sans fumée". Dommage que le thème de l'uniformisation européenne des tarifs reste lui très brumeux.

Sarah BOSQUET (www.lepetitjournal.com - Espagne) mardi 2 mars 2010
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Publié le 1 mars 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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