De son château hanté de Carcassonne aux studios Sony d'Hollywood, Charles-Henri Avelange n'a jamais cessé de composer pour ses héros. Ce 14 juillet 2026, jour de la fête nationale française, ce Franco-Américain enregistre « The Fireman's Prayer » , hymne dédié aux pompiers, sous l'œil mi-clos de Champagne, son chat, présence fidèle dans son studio. Reportage de Claude Budin-Juteau.


Il y a des enfants qui jouent au docteur. Charles-Henri Avelange, lui, jouait aux batailles imaginaires — dans les vestes d'officier trop grandes de son père, capitaine de l'armée française, pendant que sa mère, artiste-peintre convaincue que le château familial était hanté, lui racontait des histoires à faire dresser les cheveux avant de dormir : « J'étais l'enfant parfait, » dit-il sans ironie apparente, « je n'avais jamais besoin de personne. J'étais tout le temps dans ma tête. » Entre un père qui incarnait la discipline militaire et une mère qui peuplait les donjons de fantômes, il ne pouvait décemment devenir qu'une chose : compositeur de musiques de films.
Le décor, il faut le dire, aidait bien : il a grandi dans un château templier du Xème siècle près de Carcassonne, doté de chauves-souris géantes officiellement disparues d'Europe — sauf que non, elles étaient toujours là, planquées dans le donjon, prêtes à ruiner la crédibilité d'un expert venu de Bruxelles pour prouver le contraire. Charles-Henri, lui, dès 5-6 ans, rejouait déjà à l'oreille les bandes-son de Bullitt ou de L'Île au Trésor sur un clavier électrique, sans professeur, sans solfège, sans autre méthode qu'une mémoire redoutable : « J'étais un peu un piano mécanique, » résume-t-il. Ne lui demandez pas d'improviser du Chopin : il ne sait jouer que ce qu'il a déjà entendu — ou composé lui-même.
Un aller-simple vers son nouveau destin
À 22 ans, il débarque à Seattle - où habite une cousine - avec 500 dollars en poche et neuf ans d'anglais scolaire qui ne lui permettent, dans le meilleur des cas, que de lire un menu. Gilles Tinayre, président de l'association française des compositeurs de musique de film et ami de Hans Zimmer, venait de lui asséner un diagnostic sans appel : « Ce n'est pas en France qu'on fait des films qui nécessitent ce genre de musique. »
Message reçu : billets non remboursables achetés dans la foulée, histoire que personne, dans sa famille passablement affolée, ne puisse le faire changer d'avis. C'est là, entre les matchs de foot des filles de sa cousine et les pompiers venus applaudir sur la touche, que naît sa véritable histoire d'amour : celle avec les soldats du feu américains. Son premier album, The Age of Heroes, leur est dédié — et la moitié des recettes reversée à leur fonds de secours, à une époque où certains partaient en Irak sans casque, faute de budget : « Moi, même si je me retrouve dans la rue, je peux toujours retourner chez mes parents, » explique-t-il. « Eux, ils risquent leur vie tous les jours. »

Vingt ans plus tard, presque jour pour jour, cette fidélité aboutit à The Fireman's Prayer, un hymne composé en une semaine à partir d'un poème trouvé punaisé au mur d'une caserne — « entendu » d'un bloc dans sa tête, cornemuses comprises, avant même qu'il sache que cet instrument était sacré pour les pompiers nord-américains.
Le 14 juillet, jour de la fête nationale française - « encore un hasard », jure-t-il sans qu'on le croie tout à fait - l'œuvre est enregistrée aux studios Sony avec quatre-vingt-dix musiciens et le Los Angeles Master Chorale. Il y glisse même, en clin d'œil filial, un discret riff de trompette napoléonien : « Ceux qui savent, savent. »


Et Champagne, dans tout ça ? C'est le chat couleur champagne qui squatte les épaules de son maître pendant les séances de composition, sorte de superviseur artistique à quatre pattes, aussi peu regardant sur les questions de budget que Charles-Henri lui-même, qui reverse 100% de ses droits d'auteur aux pompiers.
Déjà, il a été sollicité pour présenter sa musique au Congrès américain afin qu'elle devienne l'hymne officiel des soldats du feu américains. Mais Charles-Henri reste calme. Car sous les récompenses, les cornemuses et le sourire à la Leonardo DiCaprio qui lui vaut d'être régulièrement arrêté dans la rue par des touristes crédules, il y a un homme qui refuse obstinément de se vanter, préférant parler des « meilleures personnes sur Terre » plutôt que de lui-même.
Poli, patient, capable d'attendre vingt ans qu'un corps de cornemuseurs pompiers trouve le temps d'apprendre sa partition entre deux enterrements de collègues — mais aussi du genre à taper du poing sur la table quand le moment est venu. Doux et déterminé, comme une berceuse jouée fortissimo. Français de Carcassonne devenu citoyen américain, il aime rappeler le mot d'un ami pompier : « C'est comme la statue de la Liberté. C'est un Français qui nous l'a donnée. »
C.B.J.
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