Édition internationale

De Los Angeles au Stade de France, la partition monumentale de Sofiane Pamart

Son piano en feu avait embrasé la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 tandis qu’il accompagnait Juliette Armanet sur Imagine de Lennon. Depuis, Sofiane Pamart a posé ses valises sur les hauteurs de West Hollywood, où il a composé « Movie », un album conçu comme un film dans la lumière californienne. Rencontré au Festival du cinéma américain de Deauville, le pianiste français raconte sa nouvelle vie américaine avant de regagner la Californie et de préparer son prochain défi : investir seul le Stade de France le 17 avril 2027. Propos recueillis par Anaïs Maquiné Denecker.

Sofiane Pamart @ Cédric DuquesnoySofiane Pamart @ Cédric Duquesnoy
Sofiane Pamart @ Cédric Duquesnoy
Écrit par Anaïs Maquiné Denecker
Publié le 9 septembre 2026

 

Lire l’interview en anglais ici.

 

Le Petit Journal : Vous vivez désormais sur les hauteurs de Los Angeles. Pourquoi avoir choisi cette ville ?

Sofiane Pamart : J’aime le cinéma depuis toujours, mais j’aime aussi associer chacun de mes cycles de création à un lieu. J’ai beaucoup voyagé pour composer : l’Asie pour mon album « Planet », puis l’Amérique du Sud pour « Noche ». Pour ce quatrième album, je voulais créer une œuvre pensée comme un film. Je me suis demandé quel serait le meilleur endroit pour le faire, et Hollywood s’est imposée. Je n’avais pas décidé à l’avance que ce seraient les États-Unis, ils sont devenus une évidence à travers le cinéma. Mon idée était de tenter un album imaginé comme film d’auteur avec des moyens de blockbuster.

Le Petit Journal : À Los Angeles, la nature et la lumière semblent être devenues des instruments de votre musique. Comment un paysage se transforme-t-il en sons ?

Sofiane Pamart : Là où j’habite, près de Runyon Canyon, j’ai l’impression d’être en pleine nature. Depuis mon piano, je me sens dans une sorte de tour de contrôle. Je vois les rapaces voler et la lumière évoluer. Le rôle d’un artiste est de capturer ce qu’il trouve beau ou émouvant autour de lui, puis de le transformer à travers son médium. Le mien, c’est le piano. Tout ce que je vis devient musique.

Le Petit Journal : Un Français installé à Los Angeles, un album intitulé « Movie », puis Deauville et son Festival du cinéma américain. Cette invitation à ouvrir la cérémonie avec vos notes de piano avait quelque chose d’évident…

Sofiane Pamart : L’invitation est très fortement liée à mon dernier album, composé à Hollywood. L’alignement entre un pianiste installé dans la capitale du cinéma, un album qui lui rend hommage et un festival consacré au cinéma américain était assez évident, tout se répondait.

Le Petit Journal : Vous présentez « Movie » comme un film sans images. Quelle en est la dramaturgie ?

Sofiane Pamart : Je l’ai composé comme une bande originale, mais aussi comme un film à part entière, une journée de vie à Los Angeles. La première scène, « Sunrise In Your Eyes », est un lever de soleil ; la dernière, « Your Eyes On Sunset », un coucher de soleil. J’ai imaginé une journée découpée en autant de séquences qu’il y a de morceaux, durant laquelle on traverse toutes les émotions de la vie.

Le Petit Journal : Un orchestre philharmonique, quatorze invités internationaux et vingt morceaux : comment préserver l’unité d’un projet aussi foisonnant ?

Sofiane Pamart : C’était la première fois que je composais pour un orchestre d’environ soixante-dix musiciens. J’ai imaginé autant d’acteurs que de featurings, avec notamment Sia, Wyclef Jean, Christine and the Queens ou le basketteur Jimmy Butler comme narrateur. Il y a beaucoup d’ingrédients, mais le piano reste le fil conducteur. Ma première récompense est d’avoir donné vie à l’œuvre telle que je l’avais imaginée.

Le Petit Journal : Vous vouliez préserver le cinéma intérieur de chaque auditeur. Pourriez-vous néanmoins confier un jour « Movie » à un réalisateur ?

Sofiane Pamart : Au départ, je ne le voulais pas. Le concept était précisément que chacun crée ses propres images. Je ne voulais pas enfermer l’album dans une représentation particulière. Mais je commence à douter… Peut-être que, dans plusieurs années, la réinterprétation de « Movie » par un grand réalisateur serait quelque chose d’incroyable.

Le Petit Journal : Votre installation à Los Angeles vous place au cœur de l’industrie du cinéma. Ces rencontres commencent-elles à ouvrir des perspectives ?

Sofiane Pamart : J’ai rencontré Ethan Hawke ici à Deauville, et Quentin Tarantino à Cannes. Mais je n’aborde jamais ces rencontres en espérant obtenir quelque chose. Ce qu’une personne peut parfois m’offrir de plus précieux, ce sont des mots qui me donnent confiance et que je garderai toute ma vie. Ethan Hawke m’a dit que lorsqu’on atteint l’excellence dans un domaine, on se rapproche de tous ceux qui l’ont atteinte, quel que soit leur univers. J’ai trouvé cela très juste. Collaborer avec l’un ou l’autre serait évidemment un grand privilège.

 

 

Le Petit Journal : Vous citez souvent le compositeur John Williams, acolyte de Steven Spielberg comme votre référence absolue. Votre rêve serait-il de signer un film ou de bâtir une fidélité artistique avec un cinéaste ?

Sofiane Pamart : J’admire John Williams qui écrit toujours ses partitions au crayon, avec une méthode qui ne change pas. Le duo qu’il forme avec Spielberg est très inspirant. Dans le cinéma, mon plus grand rêve serait de construire, moi aussi, une relation au long cours avec un grand réalisateur.

Le Petit Journal : Los Angeles est-elle devenue un port d’attache ou demeure-t-elle une étape dans une œuvre nourrie de voyages ?

Sofiane Pamart : Si je quitte cette ville, ce sera difficile, parce que je m’y suis attaché. Mais je ne ferme pas la porte à d’autres grands voyages. J’aime que chaque projet ouvre un nouveau territoire.

Le Petit Journal : Votre ascension paraît fulgurante depuis vos débuts en solo, en 2019. Pourtant, elle repose sur de longues années de préparation et sur un parcours loin des réseaux musicaux traditionnels…

Sofiane Pamart : J’ai compris très tôt que je voulais être artiste et que j’avais des choses à dire avec un piano. Il y a au moins quinze années invisibles de préparation, de réflexion et d’essais. J’ai grandi à Hellemmes, dans le nord de la France, dans une famille de non-musiciens. Puis, le piano est entré dans notre vie. Je garde un rapport très simple, très populaire à l’existence, mais je l’exprime à travers cet instrument. Beaucoup de gens dans mon public se reconnaissent sans doute dans cette manière d’être.

Le Petit Journal : De votre médaille d’or au conservatoire de Lille à la scène rap, vous avez bousculé les frontières assignées au piano. Était-ce une manière de le rendre à la culture populaire ?

Sofiane Pamart : Mon ambition est d’offrir quelque chose de très élégant à un public le plus large possible, et de donner à la culture populaire un accès à l’excellence. Je refuse l’idée d’une culture réservée à une poignée de personnes et d’une autre destinée au plus grand nombre. Le piano a été apporté dans un foyer où il n’y en avait pas ; je ne veux surtout pas que le mien soit excluant. Ma mission est de créer un mouvement rassembleur autour de lui.

Le Petit Journal : En avril 2027, vous serez le premier pianiste à investir seul le Stade de France. Comment conjuguer l’intimité du piano et la démesure d’un stade ?

Sofiane Pamart : C’est un défi immense et un honneur. Cette date entrera dans l’histoire parce que c’est une première. Il n’existe aucun modèle auquel me comparer. Je dois inventer quelque chose. Mon objectif est d’apporter au Stade de France le même niveau d’élégance qu’à l’Opéra Garnier, de créer un spectacle à la fois classe et monumental. Je veux que le son du piano atteigne aussi bien la personne au premier rang que celle assise tout au bout. Je réfléchis aux films, à la scénographie et à la narration pour que le spectacle soit immersif. Je raisonne comme un réalisateur. Je définis le propos avant de choisir les acteurs.

Le Petit Journal : Aux Jeux olympiques de Paris, votre piano en feu et la voix de Juliette Armanet sur « Imagine » ont offert l’une des images fortes de la cérémonie d’ouverture. Qu’a changé ce moment dans votre trajectoire ?

Sofiane Pamart : Les Jeux m’ont ouvert de nouvelles portes à l’international je le ressens beaucoup à Los Angeles. C’était un projet complètement fou, préparé dans le secret pendant deux ans et demi. Même ma mère ne pouvait pas être au courant. Participer à un événement aussi grand et historique a été énorme pour moi. Ce sont des moments uniques.

Le Petit Journal : Après Paris 2024, Los Angeles 2028 paraît presque écrit. Est-ce un rendez-vous auquel vous pensez déjà ?

Sofiane Pamart : Je ne peux pas en parler…

 

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