Julia Roberts est nommée aux Golden Globes, qui auront lieu ce dimanche 11 janvier à Los Angeles, pour sa prestation dans « After The Hunt » de Luca Guadagnino, qui a fait un four au box-office. Ce qui n’empêche pas l’actrice de le défendre avec ferveur. Lepetitjournal.com l’a rencontrée.


Julia Roberts a décroché une nomination aux Golden Globes dans la catégorie « Meilleure performance » pour une actrice dans un drame, grâce à sa prestation dans le film de Luca Guadagnino, « After the Hunt ». On ne s’y attendait pas forcément au vu de l’échec commercial cuisant du film.
Ce drame psychologique dans l’air du temps post-Me Too se déroule dans le milieu universitaire américain. Julia Roberts incarne Alma Olsson, une prof d’université brillante et charismatique. Quand son collègue masculin est accusé de comportement inapproprié, Alma, qui le connaît bien, est personnellement concernée. Terrorisée par la perte de son statut et de sa réputation, celle qui a toujours soutenu des causes progressistes et encouragé la libération de la parole a du mal à mettre ses théories en pratique maintenant qu’elle est directement impliquée.
Le film de Luca Guadagnino a fait un gros flop au box-office : il n’a rapporté que 7 millions de dollars dans le monde pour un budget estimé entre 70 et 80 millions. En France, « After the Hunt » a directement eu droit à une sortie sur Amazon Prime Vidéo. Julia Roberts, malgré tout, est excellente dans ce rôle de femme opaque, froide, pas forcément sympathique. Rencontre.
Dans ce film, c’est difficile de savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, qui croire et qui ne pas croire. Comment faites-vous, personnellement, pour savoir à qui faire confiance ?
« Nous avons tous cette petite voix en nous, n’est-ce pas ? Ce petit sentiment quelque part qui se réveille, quand nous rencontrons une nouvelle personne qui nous attire ou nous fait faire un pas en arrière. Je fais entièrement confiance à cette petite voix en moi. Elle m’a bien servi dans ma vie. »
Le film pose la question de la vie privée. Comment faites-vous pour avoir une vie privée en tant que personnalité publique ? Et qu’est-ce que ça signifie à notre époque alors que tout le monde a sans cesse le nez sur son téléphone ?
« Je suis déjà entrée dans des pièces où tout le monde avait le nez collé à son téléphone et une fois, j’ai dit à voix haute : Tout ce que je sais sur les gens qui se trouvent ici, c’est qui a besoin de faire ses racines ! (Elle éclate de rire.) Concernant la vie privée, je pense que nous y avons tous droit, même les personnes qui ont une vie publique. Il faut simplement décider si vous voulez ouvrir la porte et à quel niveau. Je pense que cela change avec l'âge. C'est le cas pour moi, en tout cas. Je me sens plus à l'aise avec ce que je veux garder pour moi et je n'ai pas l'impression d'insulter la personne en face de moi en disant que je préfère garder telle ou telle information pour moi. Quand j’étais plus jeune, je pouvais avoir l'impression que c’était impoli de ne pas répondre à toutes les questions que les gens vous posent. Mais en fait, je me rends compte que ce n'est pas une question de bonnes manières. C'est une question de ce que moi, je veux faire ou non de cette information.»
Vous avez déjà confié que vous étiez inquiète à cause du monde dans lequel on vit actuellement. Vous êtes plus inquiète pour vos deux garçons ou pour votre fille ? Et comment les protégez-vous contre les violences sexuelles dont on entend tant parler ?
« Je m’inquiète pour mes enfants mais pour tous les jeunes en général. On ne peut pas les protéger. On peut juste espérer leur transmettre assez de connaissances, de compréhension, de conscience et comme ma fille le dit toujours, leur apprendre à rester vigilants. Quand elle traverse la ville à pied, et que nous sommes au téléphone, elle me dit : “Attends, je garde les yeux bien ouverts”. Donc, je fais de mon mieux mais je ne veux pas qu’eux ou moi-même vivions dans un état constant d’inquiétude et de peur. Parce que c’est invivable.»
C’est un film qui provoque une conversation. On se demande en sortant : que s’est-il passé exactement ? C’est évidemment ce que cherchait Luca Guadagnino. Mais avez-vous eu peur que les gens ne comprennent pas que c’est l’objectif du film ? Que ça soit mal compris ?
« En tant que cinéphile, j’ai confiance en l’intelligence des spectateurs. Quand vous vous faites l’effort d’aller vous asseoir dans le noir avec d’autres personnes, vous savez que vous vous rendez disponible à ce qui va vous être partagé. Si Andrew Garfield, qui joue Hank, était avec nous aujourd’hui, il vous allongerait sur ce canapé comme si nous étions chez le thérapeute et vous expliquerait comment tout ça est le reflet de votre propre vie et que si certaines choses vous dérangent, c’est parce que vous avez vécu telle ou telle situation. Ne pas préciser, dans le film, qui a fait quoi exactement, ça permet aux gens d’avoir de l’espace pour y intégrer leur vie.»
Votre personnage dans « After the hunt » n’est pas forcément aimable. Est-ce que vous avez besoin d’avoir de l’affection pour vos personnages pour les interpréter ?
« Non, je n’ai pas besoin de les aimer. Mais j’éprouve beaucoup d’empathie pour Alma. Elle porte en elle tellement de blessures. C’est pour ça qu’elle se protège constamment et qu’elle se défend sans cesse. Il y a quelque chose d’intéressant dans le fait de démêler qui elle est et de savoir quand laisser passer la lumière à travers les fissures. Elle a un instinct complètement différent du mien, mais c’est ce qui rend le jeu amusant et pervers.»
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