

Pétillante et sympathique, la chanteuse Zaz était de passage à Londres mercredi, pour un concert à Under the Bridge. Nous avons eu la chance de l'interviewer pour en savoir plus sur son nouvel album, Paris.
(Photos : www.zazofficial.com)
Lepetitjournal.com/londres : Vous avez sorti en septembre votre 3ième album, Paris, un album de reprises de classiques de la chanson française autour de cette ville. Comment est née l'idée de cet album ?
Zaz : Ce n'était pas du tout prévu. On était en réunion et je racontais à mon équipe que les fans à l'étranger et en France me demandaient de faire des reprises de chansons françaises. C'était quelque chose de récurrent et on s'est un peu enflammés, tous, et on s'est dit "ok on va mélanger le jazz etc." J'avais demandé sur le deuxième album Quincy Jones ; on m'avait un peu ri au nez. Alors là, je leur ai dit "allez, on y va, vous demandez les mecs". Ils ont essayé et personne n'y croyait vraiment, même l'équipe de Quincy a halluciné parce qu'il a dit oui tout de suite. Et toutes les portes étaient ouvertes. Le concept de Paris était tout trouvé parce qu'à chaque fois que j'allais à l'étranger, les gens me criaient "Paris, Paris, Paris".
Vous reprenez du Piaf, du Maurice Chevalier, Yves Montand, Joe Dassin, est-ce que ces classiques de la chanson française font partie de vos premières influences ? Ecoutiez-vous ces chansons étant plus jeune ?
Non, pas du tout. La chanson française je l'ai écoutée très tardivement parce que je travaillais dans des endroits où il y avait beaucoup de touristes et il fallait chanter des chansons françaises. J'ai donc développé mon répertoire grâce aux gens. Après j'ai découvert des choses par moi-même. Nougaro, Barbara. Même Barbara ne me touchait pas il y a 10 ans et là maintenant je trouve ça fascinant. Ça dépend plus de ton état d'esprit. Moi j'étais plus dans l'instrumentation, le jazz, des choses comme ça, la musique plus que le texte.
Justement quelles sont donc vos influences ?
Il y a un groupe français, c'est Noir Désir, que j'écoutais quand j'étais ado. Les Doors, Richard Bona, Romuald Chery, la Concha Buika, il y en a tellement, je ne sais pas, même du Mickael Jackson. C'est très éclectique en fait. La musique espagnole, la musique cubaine, la musique brésilienne, la musique africaine. J'écoute de tout. De la trans, même le Dubstep. J'écoute plein de choses très différentes.
Pour en revenir à l'album, c'est vous qui avez choisi chacune de ces chansons ? Et si oui, comment les avez-vous choisi ?
Ouais ! Alors soit j'avais une histoire avec. En fait la première fois que je suis partie en Russie c'était en 2009 avant que le premier album sorte. Je n'étais pas encore connue. C'est le directeur de l'alliance française qui m'a proposée de partir 15 jours en plein moi de décembre à Vladivostok, en Extrême Orient, donc complètement à l'autre bout pour chanter de la chanson française. A chaque fois le public me demandait "Aux Champs Elysées" et j'étais fasciné de me dire que même à l'autre bout du monde ils connaissent cette chanson. Je l'ai donc mise dans l'album en référence à ce que j'avais vécu là bas. "La Complainte de la Butte" c'est parce que je faisais des mariages de temps en temps, j'allais jouer dans des mariages, et un couple m'avait demandé cette chanson parce qu'elle représentait beaucoup de choses pour eux. "La Parisienne" je trouve que c'est une belle satyre de la société d'aujourd'hui et je la trouve fascinante cette chanson. Je la trouve complètement d'actualité. "Paris sera toujours Paris" aussi. J'adore l'arrangement qu'on a fait sur "A Paris" à capella avec un ensemble vocal. Toutes, elles ont quelque chose qui me plait.
Aujourd'hui si vous aviez à ajouter une chanson à cet album, laquelle choisiriez-vous ?
"Les prénoms de Paris" de Brel. Elle est magnifique
Cet album n'est pas une simple reprise, vous y mettez votre pâte et on a ainsi plusieurs styles, jazz manouche, quelques touches de tango, de gospel parfois ; comment avez-vous commencé à vous attaquer à ces chansons ?
En fait on s'est mis en studio pendant une semaine avec une petite formation. On a pris les chansons et on s'est dit que l'on pouvait s'autoriser toutes les libertés possibles. Après on allait en studio et on écoutait ce qu'on avait fait. On se disait par exemple "le sax c'est super quand tu pars comme ça, on pourrait peut être faire une basse plus comme ça". On a réécouté les choses et c'est venu naturellement. Parfois on ne reconnaissait plus du tout la chanson, moi je changeais trop la mélodie. Alors on se disait que l'on partait un peu trop loin, c'est peut être "too much". Mais on l'a vraiment appréhendé comme de la composition. On a vraiment tous travaillé ensemble dessus. Il y a une composition qui est "Dans Mon Paris". Là, on s'est vraiment amusé à faire comme on avait envie.

Je crois que c'était "la Parisienne" parce que je trouvais l'interprétation de Marie Paul Belle, qui en plus est comédienne, magnifique. C'était nouveau, je ne sais pas, j'avais peur de surjouer ou de faire comme elle parce qu'à un moment je l'ai enregistrée, je me suis dit non. J'aimais tellement son interprétation que je me disais qu'il faudrait que j'arrive à être comme elle. Mais en fait non, je me suis rendu compte que plus j'essayais d'être comme elle et moins ça sonnait juste. J'ai donc essayé de me trouver mon truc à moi. C'était la chanson la plus compliquée pour moi oui.
Vous avez commencé à chanter dans la rue ?
Non je n'ai pas du tout commencé à jouer dans la rue. C'est ce que tout le monde veut croire. J'ai été intermittente du spectacle pendant plus de 8 ans et quand je suis montée à Paris en 2006 j'ai commencé à travailler dans un piano bar. Je travaillais de 23h jusque 5h du matin et je rentrais au petit matin vers 8h, j'allais me coucher, je dormais, je repartais le soir et au bout d'un an et demi j'avais l'impression d'être fonctionnaire de la musique et je me faisais chier en fait. Donc je me suis dit, soit tu restes, tu te fais chier, tu te fais de la tune et tu continues à te plaindre de ce que tu te fais subir à toi-même, soit tu ne choisis pas la sécurité et tu ne sais pas comment tu vas payer ton loyer. Mais à chaque fois que j'ai fait ça, j'ai réussi à trouver quelque chose de mieux derrière sauf qu'à ce moment là, j'ai décidé de partir et je ne trouvais plus de boulot. Ça a commencé à être vraiment la misère. J'ai des amis qui sont montés sur Paris et on s'est dit qu'on allait jouer dans la rue. J'ai commencé à jouer dans le métro, c'était très ingrat. A un moment donné on a trouvé une place, à Mont Martre et ça a cartonné. Dès qu'on bougeait de cet endroit ça ne marchait pas. On a été accueillis par les peintres, on faisait partie du décor en fait. Ils nous ont vraiment bien accueillis et on a joué là pendant plus d'un an. C'était notre QG !
On vous compare souvent à Piaf, vous avez une voix unique qui se prête tout à fait à ce genre de chansons, est-ce qu'il y a tout de même des difficultés pour vous à s'attaquer à de tels monuments de la chanson française ?
Non, j'ai pas peur de m'attaquer à ça. Je n'ai pas de prétention, c'est à dire que je m'amuse à faire les choses. Après si tu commences à être dans le jugement, tu ne fais plus rien. Alors oui, il y aura toujours des gens qui seront puristes et qui diront "pourquoi elle a repris machin". Mais moi c'est juste je m'amuse. Je n'ai pas de peur, je n'ai pas d'angoisse de mal faire. Juste je m'amuse. Le plus important c'est ça. Je suis entourée de très bons musiciens alors je me nourris de leur virtuosité. Ça m'enrichit, j'aime la musique.
Quel morceau aimez vous le plus dans cet album ?
J'aime beaucoup l'ensemble vocal, "A Paris". Si non la Parisienne. Il y en a plein. "Paris sera toujours Paris", j'adore la chanter. "Dans mon Paris". Je ne sais pas, toutes, elles ont quelque chose. Je n'ai pas vraiment de préférence. "Paris sera toujours Paris" peut être parce qu'elle sautille.
Vous avez souvent eu la chance de chanter avec Charles Aznavour, l'un des plus grands noms de la chanson française, aujourd'hui vous enregistrez une chanson avec lui. Qu'est ce que ça représente pour vous et comment c'est de travailler avec un tel monsieur ?
Je trouve, comme tout ce qui se passe dans ma vie, que c'est cocasse, c'est rigolo. Les gens que je rencontre, les endroits où je vais, les fans à l'étranger, tout est un peu surprenant. C'est juste moi et j'ai accès à des choses incroyables. C'était facile en fait que ce soit Quincy ou Charles Aznavour, ce sont des amoureux de la musique, ce sont des grands enfants et ils ont un enthousiasme à partager la musique qui est communicatif. Moi je fonctionne aussi comme une enfant donc on a envie de s'amuser, de se marrer. Voilà je le prends comme ça, comme un cadeau.
Vous avez de nombreux fans dans plus de 50 pays, vous connaissez un succès international, comment faites-vous pour rester fidèle à vous-même, simple, sympathique et proche des gens sans prendre la grosse tête ?
Je ne sais pas. Je pense que même des gens pas connus prennent la grosse tête donc ce n'est pas une question d'être ou pas connu, peut être que quand tu es connu ça accentue quelque chose que tu as déjà en toi. Je pense que le fait d'avoir travaillé beaucoup sur moi avant d'avoir la notoriété a beaucoup conditionné les choses. C'est d'ailleurs les valeurs que j'exprime dans mes chansons. Le plus important c'est de me respecter. Je ne cherche pas la reconnaissance en fait. Je sais qui je suis, je sais pourquoi je suis là. Je ne suis pas meilleure qu'une autre, c'est juste que j'ai cette opportunité là d'être vue d'un plus grand nombre mais peu importe. Si ma passion c'était de faire mon jardin et que j'étais la plus heureuse comme ça, ça serait pareil. Je déteste les cases, je déteste les classes sociales. Pour moi on doit respecter chacun et je ne vois pas pourquoi un paysan vaudrait moins bien qu'un médecin. Je n'ai pas ce truc là. C'est pour ça, ça me dérange quand on essaie de me mettre dans des cases, ce qu'on fait moins à l'étranger d'ailleurs, on le fait plus en France. Je n'arrive pas à sortir de cette image de cette fille de la rue alors que je n'ai jamais été dans la rue. Je respecte énormément les gens de la rue. Je les comprends, j'ai beaucoup de respect pour eux. Je n'ai pas du tout commencé dans la rue, c'est un choix que j'ai fait. Les espèces de trucs où il faut mettre dans des cases et enfermer dans une image, je n'aime pas ça du tout et je pense que c'est ça qui fait que j'évolue là dedans naturellement. Je ne supporte pas que l'on puisse m'idolâtrer parce que je n'ai rien de plus que les autres. Je fais ce que j'aime et j'ai la chance de pouvoir le faire et ce à la vue d'un plus grand nombre. Mais peu importe. Le tout c'est de faire ce qu'on aime faire. Alors il y a peut être un facteur d'opportunités, mais je me suis battu pour ça. Il y a aussi pleins de gens qui se sont battus et qui n'y arrivent pas. Je ne sais pas s'il y a de la chance mais? je pense que je suis tellement têtue, que je n'ai pas laissé le choix. (rires)
Demain soir vous chantez ici à Londres, une chanson en anglais un jour ?
C'est possible ! Après je ne parle pas anglais, et je ne m'exprimerais jamais mieux que dans ma propre langue. C'est ce qui me vient le plus naturellement, c'est là où j'ai le plus d'émotions. J'ai chanté en pleins de langues, j'adore chanter en espagnol. J'ai appris pleins de standards de jazz. A l'époque je chantais pleins de choses en yaourt plus qu'en anglais parce que ce n'est pas terrible tout de même (rires). C'est possible. Mais ma langue c'est le français et je pense qu'elle sonne très très bien. Ça dépend de ce qu'on met dedans, c'est l'intention qui compte ! (rires)
Des projets pour la suite ?
J'aime les gens vraiment, et j'ai envie de leur donner tout ce que je peux leur apporter. Tous les bénéfices du marchandising partent pour des causes associatives. Jusque là c'était Colibri et maintenant je suis en train de monter un projet qui s'appelle ZAZimut. On a fait ça en Amérique Latine. Sur le marchandising, on trouve en amont des acteurs locaux, par exemple là bas, c'était des associations pour aider les SDF, les gens dans le besoin. Ou des associations qui sont dans le graphe, dans la danse pour les enfants de quartiers, et puis ça me permet avec ma notoriété de les mettre en lumière dans des projets qui sont dans l'éducation ou dans l'agriculture. Des gens qui proposent une autre alternative à la société parce que la société ne me plait pas telle qu'elle est devenue. Je pense qu'il y a une autre manière de vivre ensemble et qui valorise chacun et grâce à ma notoriété je peux mettre en lumière, me servir des médias pour communiquer pour les projets. La médiatisation est un outil incroyable. Je découvre tout juste alors je vais apprendre à m'en servir mieux, mais c'est un bel outil, oui. Pourquoi pas ensuite créer un festival et si ça marche en faire plein d'autres, faire des forums où les personnes puissent se rencontrer, je ne sais pas, faire des jardins potagers collectifs à Paris? Il y a pleins de choses intelligentes à faire qui font du bien !
Propos recueillis par Raphaël Suspène (lepetitjournal.com/londres) vendredi 8 mai 2015
Vous voulez en savoir plus sur ZAZ ? Rendez-vous sur son site internet !





















