Édition internationale

FLEGME BRITANNIQUE – La patience légendaire mise à sac par les achats en ligne

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

 

" To queue ": les Anglais ont même un verbe pour désigner l'action de faire la queue. On peut remarquer à mainte reprise d'ailleurs leur patience impressionnante devant les banques, dans les supermarchés ou même les aéroports. Selon une récente étude, le temps moyen d'attente supporté par les Britanniques est de plus de 10 minutes; un score qui peut paraître faible aux médias du pays  mais reste étonnant pour leurs voisins français

[crédits photo: Christophe Martin]

Les trois grèves qui ont ponctué l'automne londonien semblent le confirmer: les Britanniques sont patients et pas râleurs. Les arrêts de bus et de métro bondés sont restés relativement ordonnés et l'on pouvait remarquer les longues files d'attente qui serpentaient dans toute la capitale. Cette facilité à faire la queue, ce naturel à s'aligner simplement semble être typiquement anglais et ancré dans la culture. Une récente étude s'est attachée à évaluer l'organisation des files d'attente à des fins commerciales, dans le temps et dans l'espace. Résultats: un record d'attente de 12 minutes et 12 secondes pour les Londoniens!

Une étude gouvernementale réalisée dans un but commercial: l'achat en ligne

Le sondage a été mené auprès de 2,000 personnes par le Payments Council (Conseil des Paiements). Cette organisation comptant parmi les institutions financières du Royaume-Uni s'occupe d'évaluer les mécanismes de paiement pour l'État et les Britanniques et de les faire évoluer. Créé en 2007, l'un des buts principaux du Payments Council est de mettre fin à l'utilisation des chèques au Royaume-Uni d'ici 2018. Ce sondage a permis de calculer la capacité d'attente dans les files des Britanniques qui ne font pas leurs courses sur internet et de mettre en exergue les conséquences négatives de ce laps de temps. Selon Payments Council, 66% des gens dans une queue deviennent nerveux et frustrés par les personnes qui se trouvent devant eux.

Par conséquent, huit individus sur dix choisissent de régler leurs achats en ligne. Sandra Quinn, la porte-parole de l'organisation à l'origine du sondage, a déclaré que " les recherches montrent que la plupart [des Anglais] prennent conscience qu'ils peuvent zapper la queue tout en économisant du temps et de l'argent, en utilisant des 'tactiques pour esquiver la queue' telles que l'achat de produits en ligne, les banques en ligne et le paiement des loyers électronique ". Cette étude révèle donc une tendance de plus en plus répandue qui consiste à utiliser internet pour faire ses courses, régler ses factures et gérer son compte en banque.

Une patience légendaire relative

Les résultats rencontrés par le sondage de Payments Council sont interprétés par l'organisme ainsi que par les médias britanniques comme un signe de recul du légendaire flegme britannique. Selon de nombreux journaux anglais, ces résultats de l'étude pourraient bien remettre en cause la mythique patience des Britanniques qui dit-on" savent prendre le temps comme il vient ". Ainsi, pour The Independent " le stéréotype des Britanniques faisant la queue patiemment pourrait bien devenir un simple souvenir ". De même, le Daily Mail titre " 10 minutes à faire la queue et nous sortons de nos gonds... Qu'est t-il donc arrivé à 'Monsieur je ne ronchonne pas?' " . Pour Sandra Quinn, " la Grande-Bretagne possède une longue et illustre tradition de faire la queue, et manifestement, ce que nous supporterons va largement changer ". 

Pourtant, les résultats du sondage confirment que ceux-ci contiennent leur énervement pendant 10 minutes et 42 secondes en moyenne, un temps qui semblera bien long à certains Parisiens. Paradoxalement, ce sont les plus jeunes (âgés de moins de 55 ans) et les Londoniens qui restent le plus longtemps à attendre dans les rangs. Ces données montrent donc bien la spécialité britannique qui s'oppose au stress et à l'impatience des jeunes Français et qu'on retrouve plus particulièrement dans la capitale. Le proverbe selon lequel " qui se fait brebis le loup mange ", soit qui est trop patient finit par se faire avoir, ne semble donc pas applicable au Royaume-Uni. Loup y es-tu? 

Justine Martin (www.lepetitjournal.com/londres) mardi 9 novembre 2010

lepetitjournal.com londres
Publié le 9 novembre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.