Édition internationale

LIVRES - Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe

Deux auteurs marocains et algériens se sont penchés, avec succès, sur un sujet aussi grave que rarement abordé, l'esclavage en terre d'Islam. Un sujet jugé encore tabou{mxc}

Marocain, Mohammed Ennaji (photo DR) est historien, sociologue et économiste. Il enseigne à l'université Mohammed V de Rabat. Ce délicat sujet de l'esclavage dans le monde musulman, il l'avait déjà développé dans son livre "Soldats, Domestiques et Concubines, l'esclavage au Maroc au XIXe siècle", chez Eddif, Prix Grand Atlas 1996. Avec son dernier essai, "Le sujet et le mamelouk ? Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe" publié dans la collection Mille et une nuits de Fayard, il nous livre un ouvrage abouti sur la relation compliquée entre religion et système politique.
Nourri de références aux sources de l'Islam et d'analyses étymologiques des mots arabes, préfacé par Régis Debray, cet essai est tout simplement passionnant.
D'ailleurs, il fait l'objet d'une forte demande au Maroc ce qui plutôt rare pour un essai et mérite d'être souligné. Son auteur y explique que l'esclavage, dans sa pratique et sa symbolique, demeure un aspect déterminant des relations sociales dans le monde arabo-musulman. "A condition de ne pas l'approcher dans la même perspective que pour la société occidentale antique ou moderne ? notamment son rôle productif essentiel dans celles-ci ?, l'esclavage se révèle d'une étonnante pertinence dans l'approche des rapports sociaux et particulièrement dans l'analyse du pouvoir". Dans un entretien à l'hebdomadaire marocain Telquel, il avoue : "J'ai planché de manière scientifique sur les mécanismes de servitude dans le monde arabe".

"Un tabou bien gardé"
Algérien, Malek Chebel (photo DR) est anthropologue, psychanalyste et islamologue. Fruit d'une longue enquête menée au sein même des pays arabes, son dernier livre, publié chez Fayard : "L'Esclavage en Terre d'Islam", a un sous-titre évocateur "Un tabou bien gardé". Confrontant les diverses sources, Malek Chebel estime à plus de 20 millions le "volume total de l'esclavage en terres arabes et musulmanes". Les esclaves pouvaient être aussi bien des captifs chrétiens capturés en mer que des domestiques noirs achetés sur des marchés.
"Depuis plus de quatorze siècles, l'Islam interdit de mettre qui que ce soit en esclavage, qu'il soit croyant ou non croyant, alors pourquoi ce phénomène est-il encore vivace en terre d'Islam ?" s'interroge-t-il ? "L'esclavage est la pratique la mieux partagée de la planète, c'est un fait humain universel" déclare Malek Chebel.
La lutte contre l'esclavage demeure malheureusement encore d'actualité. Ces deux ouvrages nous le rappellent. Courageux et intelligents, ils sont, pour reprendre une expression à la mode, incontournables.
Isabelle GIRAUDET (www.lepetitjournal.com-Casablanca) lundi 14 janvier 2007

NOTEZ LE !
- Mohammed Ennaji sera le mardi 22 janvier, à partir de 19h, à la Librairie de la Porte d'Anfa à Casablanca pour parler de son livre. Il est également mélomane et directeur de l'éclectique Festival des Andalousies atlantiques d'Essaouira, une autre bonne raison de le rencontrer.

- Malek Chebel viendra au salon international de l'édition et du livre de Casablanca début février. Lepetitjournal.com vous communiquera les dates de sa présence. Le cru 2008 de ce salon, organisé par le Ministère de la culture et dont la France est l'invitée d'honneur, promet d'être excellent.
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