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"Folles mélancolies" de l´écrivaine portugaise Teresa Veiga

Par Fernando Couto e Santos | Publié le 26/02/2020 à 23:30 | Mis à jour le 26/02/2020 à 23:46
Photo : "Folles mélancolie"
Folles-Melancolies

Les éditions Chandeigne poursuivent leur beau travail de divulgation de la littérature portugaise. Cette fois-ci en publiant le livre "Folles mélancolies", composé de remarquables nouvelles écrites par la mystérieuse Teresa Veiga, une singulière écrivaine qui s´efface derrière son œuvre.

 

A la découverte de Teresa Veiga

Nous n´allons pas rééditer ici le vieux débat sur les raisons qui poussent les écrivains à publier leurs écrits. Peu importe s´ils écrivent essentiellement pour eux-mêmes ou pour les lecteurs. Sans doute n´ont-ils pas tous la même perspective pour ce qui est du rôle et des motivations de l´écrivain. Quoi qu´il en soit, les lecteurs sont peut-être toujours fascinés par ceux (ou celles) qui n´aiment pas à se montrer, qui n´accordent guère d´interviews et qui s´effacent purement et simplement derrière leurs œuvres. Ces derniers temps, un des exemples les plus représentatifs de cette conduite est celui de l´écrivaine italienne Elena Ferrante. D´autres, n´allant pas aussi loin dans leur effacement, ne déploient nul effort pour se faire connaître. Au Portugal, un nom que l´on pourrait inclure dans cette catégorie est celui de Teresa Veiga. Ses repères biographiques sont chichement dévoilés et elle ne publie pas régulièrement. Ses livres -des nouvelles surtout, mais aussi des romans- sont d´ailleurs signés d´un pseudonyme littéraire et l´on ignore son vrai nom. On sait qu´elle est née à Lisbonne en 1945, qu´elle a deux maîtrises, une en droit et l´autre en Philologie Romane (elle est donc spécialiste en études littéraires et linguistiques portugaises et françaises) et que ses sept titres ont suscité l´admiration de la critique littéraire.

Son dernier livre en date -publié au Portugal en 2015 chez Tinta-da-China- vient d´être traduit en français aux éditions Chandeigne, sous le titre Folles mélancolies (en portugais, le livre s´intitule Gente melancolicamente louca).

 

Mélancoliquement folles.

En onze nouvelles, Teresa Veiga joue avec les codes littéraires pour mieux troubler et dépoussiérer les canons de genre: enquête policière, faux-conte gothique, récits aux accents libertins, faits-divers, pastiches de Sir Conan Doyle ou de Dickens.

Les plupart des personnages sont des femmes, des anti-héroïnes pour lesquelles on ressent une énorme empathie étant donné qu´elles n´ont pas peur d´avouer leurs sentiments. On trouve dans ces histoires des femmes qui ont été des victimes puisqu´elles ont été séquestrées et trompées, mais d´autres qui ont été par contre des bourreaux et des menteuses. Elles n´ont pas peur d´aimer et surtout elles n´ont pas honte -pourquoi l´auraient-elles d´ailleurs ?- d´étaler leur folie. Une folie aux accents souvent mélancoliques, mais une folie qui ose dire son nom sans arrière-pensées.

Elles cherchent parfois la confrontation comme dans la nouvelle Natacha où la jeune fille qui donne le nom à l´histoire s´oppose de façon un tant soit peu ambiguë à Abel, son faux père adoptif qui l´a prise en otage. Ou alors, dans le cas de Maria da Purificação dans une autre nouvelle, une fille qui, à l´âge de 14 ans, avait déjà lu en cachette le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert. Ou encore la jeune fille qui écrit à Sherlock Holmes. Ces références qui nous renvoient au monde littéraire ne font nullement de Teresa Veiga un de ces écrivains d´écrivains où les citations ne font parfois que masquer le manque d´imagination et un jeu d´érudition prétentieux et stérile. De l´imagination, Teresa Veiga en a à foison, une imagination pétillante et prodigieuse qui lui permet de changer de registre sans pour autant déboussoler le lecteur -ou peut-être en faisant du lecteur un protagoniste d´un univers en mouvement perpétuel- et aussi de maîtriser à la perfection la technique de la nouvelle. Dans ce genre littéraire très particulier, la concision est essentielle. Tout est saisi dans un temps limité et l’univers présenté est extrêmement concentré. Il y a donc également peu de personnages, d’événements et de lieux. À l’opposé du roman, la nouvelle se concentre sur une action unique. On ne cherche donc pas à multiplier les intrigues. De ce fait, l’action est souvent réduite à un seul événement.

Grâce aux éditions Chandeigne et à leur remarquable travail de divulgation des lettres portugaises, le public français a ainsi la possibilité de connaître ce très bel ouvrage de Teresa Veiga, une écrivaine hors pair.

 

Teresa Veiga, Folles mélancolies, traduit du portugais par Ana Torres, éditions Chandeigne, Paris, janvier 2020. En librairie à partir du 27 février 2020.
 
 

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