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Quand les greniers des Français de Lisbonne parlent

Dans les silences de l’histoire et la dispersion des archives, l’historien Guillaume Horn esquisse les contours d’une mémoire encore largement à écrire : celle des Français de Lisbonne. De la confrérie de Saint-Louis au XVe siècle aux réalités contemporaines, se dessine un récit fragmenté, fait d’oublis et de redécouvertes. Un texte qui, au-delà du constat, lance un appel : les archives existent, il reste à leur donner voix.

archive de la colonie française de Lisbonnearchive de la colonie française de Lisbonne
@archive de la colonie française de Lisbonne, DR.
Écrit par Guillaume Horn
Publié le 17 mars 2026


1452. Lisbonne. Le roi du Portugal concède à des Français installés à Lisbonne le droit de s’organiser en confrérie, dite de Saint-Louis. Pendant plusieurs siècles, cette organisation constitue le noyau de la communauté française. En 2026, le visage des Français de Lisbonne a changé : fonctionnaires détachés, binationaux, tissu associatif, organismes privés, institutions gérées par l’État. Mais, concrètement, que savons-nous de l’histoire des Français de Lisbonne entre ces deux dates, couvrant 574 ans ? 

 

L’angle mort de l’histoire française à Lisbonne

Peu de choses. Quelques travaux scientifiques, souvent anciens, ont apporté des éclairages précieux sur des sujets spécifiques, mais d’une histoire commune des Français de Lisbonne, nous ne savons presque rien. Et pourtant, cette histoire existe. Des milliers de documents sommeillent, dispersés entre plusieurs centres d’archives et les greniers de particuliers, entre Lisbonne, Nantes et Paris, et permettent de la reconstituer.

 

Une mémoire à reconstruire

Cette enquête s’annonce d’autant plus riche qu’une première prospection a déjà fait ressurgir des éléments oubliés. Par exemple, le tremblement de terre de 1755 constitue un tournant, car, fragilisée, la confrérie de Saint-Louis peine à assurer la continuité de son action et se voit partiellement relayée par l’église Saint-Louis-des-Français.

Autre exemple, révélateur de luttes d’influences internes, il était communément admis que le Lycée français, fondé en 1907, avait été la première école française de Lisbonne. Or les archives révèlent l’existence d’une autre école, active pendant la seconde moitié du XIXe siècle, et fermée en 1908. Outre sa fermeture, c’est également la disparition de sa mémoire qui interroge, preuve que l’éducation fut, elle aussi, un terrain de rivalités.

Raconter les Français de Lisbonne, c’est donc faire œuvre locale, mais aussi combler un angle mort : celui de l’émigration française. Une autre manière de compléter le récit national, par ceux qui sont partis. Les archives sont là. Il reste à leur donner voix.

 

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