Présentée par l'association luso-française d'art ALFA, l'exposition « Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? » est ouverte au public du 5 au 30 juin 2026 à l'Alliance Française Lisbonne. Réunissant quatre artistes aux univers différents (Yolande Tanchou, Claire Taïbi, Cláudia Clemente et Géraldine Pillot) l'exposition propose une réflexion autour du bonheur, de la liberté et de la création artistique.


Pour l'occasion de cette nouvelle exposition Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? présentée jusqu'au 30 juin à l'Alliance Française de Lisbonne, Lepetitjournal.com a rencontré Jean-Michel Albert, cofondateur de l'association ALFA, ainsi que les artistes Claire Taïbi et Géraldine Pillot, qui sont revenues sur leur démarche artistique et leur vision du bonheur.
Lepetitjournal.com/Lisbonne : Comment est née l'idée de cette exposition ?
Jean-Michel Albert : L'idée est née grâce à une proposition de l'Alliance Française de Lisbonne, qui nous a donné carte blanche pour la salle d'exposition du troisième étage. À partir de là, nous avons décidé de réunir plusieurs artistes avec lesquelles nous avions déjà travaillé. C'est le cas de Géraldine Pillot, Cláudia Clemente et Yolande Tanchou. Et puis nous avons aussi invité une nouvelle artiste, Claire Taïbi, dont le travail a été un véritable coup de cœur.
Pourquoi avoir choisi le titre Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
Ce titre est un peu un coup de poing face à l'époque dans laquelle nous vivons. On a l'impression que tout est morose, triste, anxiogène. Avec cette exposition, nous voulions montrer qu'il existe encore quelque chose de lumineux. Les artistes exposées ont toutes un travail très rigoureux mais aussi très vivant et très sensible.
L'exposition réunit quatre artistes aux univers très différents. Était-ce une volonté ?
Oui, c'était très important. Nous avons une céramiste, des plasticiennes et une photographe. La peinture, la photographie ou la céramique ne racontent pas les choses de la même manière. Cette diversité fait vraiment partie de l'identité de l'exposition et plus largement de l'association ALFA.
Pourquoi avoir souhaité continuer à exposer les œuvres de Yolande Tanchou après son décès ?
Yolande Tanchou a été la première artiste avec laquelle nous avons travaillé lors de la première exposition ALFA à Lisbonne en 2019. C'est un peu la marraine de l'association. Nous voulions lui rendre hommage à travers deux œuvres monumentales composées de troncs d'arbres ouverts, recouverts de lettres manuscrites. Ce sont des œuvres très poétiques qui laissent une grande liberté d'interprétation au visiteur.
Et que pouvez-vous nous dire sur le travail de Cláudia Clemente ?
Cláudia Clemente est photographe et réalisatrice. Elle travaille beaucoup autour du selfie et de l'autoportrait mis en scène. À travers ses œuvres, elle utilise sa propre image pour incarner différents personnages inspirés de mythes historiques ou contemporains. Son travail apporte aussi une dimension plus satirique à l'exposition.
Que représente pour vous le dialogue culturel entre les pays francophones et le Portugal ?
C'est un peu l'idée fondatrice d'ALFA. L'association est née de la rencontre entre un Portugais et un Français, tous les deux amoureux des arts. L'objectif est de créer des liens entre les artistes lusophones et francophones. Et quand on parle de francophonie, cela dépasse largement la France : cela inclut aussi la Belgique, la Suisse, le Canada ou le Luxembourg. Ce sont finalement deux mondes qui se rencontrent et qui s'ouvrent l'un à l'autre.

Y a-t-il une œuvre dans cette exposition qui représente particulièrement votre vision du bonheur ?
Géraldine Pillot : Moi, la vision du bonheur, je vais l'aborder sous un angle assez spécifique parce que je vais orienter ça sur la notion de page blanche. Toutes mes œuvres font partie de cette notion de page blanche. La page blanche, pour un artiste, un peintre ou un écrivain, ça fait toujours un peu peur. On ne sait pas ce qu'on va écrire, ce qu'on va laisser sortir de nous, de notre vision des choses, de la vie. Et l'idée, c'est qu'une fois qu'on passe cette étape de peur, à partir du moment où l'on accepte, la page blanche offre une infinité de possibilités. On peut écrire tout ce qu'on veut, peindre tout ce qu'on veut, dessiner tout ce qu'on veut, créer une infinité de choses. Et c'est là qu'apparaît la notion de bonheur. Si on accepte d'oser et d'y aller, on peut se dire qu'on a le choix de nos possibilités et qu'on peut se réinventer tous les jours.
Est-ce que votre rapport à l'art a évolué au fil des années ?
Claire Taïbi : Ah oui, oui. Au début, c'était surtout quelque chose pour s'amuser, pour me relaxer, faire quelque chose avec mes mains. Je suis quelqu'un de très agité donc ça me faisait du bien. Ensuite, ça a évolué vers une envie de transmettre quelque chose aux autres. Ce n'était plus seulement pour moi, mais aussi pour faire passer un message.
Qu'est-ce qui vous rend heureuse aujourd'hui ?
Claire Taïbi : Le bonheur, ce sont les amis, la famille, l'amour en général. Même les petits sourires du matin à la boulangerie ou les échanges avec les gens dans un café. Mais je dirais que le plus grand bonheur, c'est la liberté. Pouvoir être libre et faire ce que je veux. On vit en Europe et je suis extrêmement heureuse de vivre ici parce qu'on est très libre, surtout pour les femmes. Je pense qu'on ne se rend pas toujours compte de la chance qu'on a. Et je pense que l'art permet aussi de transmettre ce message-là.
Est-ce que l'art permet de traverser des moments difficiles ?
Géraldine Pillot : Créer demande une grande stabilité intérieure, surtout quand on travaille la terre. Pour réaliser mes plus belles pièces, j'ai besoin de me sentir apaisée et ancrée. C'est presque un rituel. Je cherche un espace sans pression extérieure, avec du calme et du silence. Pour moi, créer est quelque chose de presque méditatif.
Pouvez-vous parler des techniques que vous utilisez dans vos œuvres ?
Claire Taïbi : Mes peintures sont très abstraites et figuratives à la fois. Je cherche toujours à retrouver quelque chose de l'enfance. J'utilise beaucoup les bâtons à l'huile et le collage. Je travaille énormément dans l'improvisation, sans forcément faire de croquis avant. Le fait de dessiner directement avec la main donne quelque chose de très brut, très libre et très enfantin. C'est aussi pour cela que mon travail est très coloré.
Préparez-vous beaucoup vos œuvres avant de commencer ?
Géraldine Pillot : C'est un équilibre entre les deux. J'ai une idée en tête et je prépare parfois quelques dessins pour ne pas oublier. Beaucoup d'idées me viennent en rêve. Je me réveille parfois la nuit pour les dessiner rapidement. Mais ensuite, quand je crée, je laisse beaucoup de liberté au dialogue entre mes mains et la terre.
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