En ce mois de septembre 2026, le Portugal aborde sa rentrée politique dans un climat d’interrogations, semi-tendu. Le budget de l’Etat qui devra être voté, l’affaire lié au ministre de l’Intérieur, le secteur de la défense en rapport avec l’achat des frégates à l’Italie, les ratés du ministre de l’Education en lien avec les corrections des examens nationaux, le patronat portugais qui continuent à demander une réforme du travail qui a, par ailleurs, été rejetée par le Parlement en juin et les questions migratoires qui ne sont pas complètement closes.


Le budget 2027 : un exercice périlleux
Depuis sa reconduction à la suite des législatives anticipées du 18 mai 2025, le Premier ministre Luís Montenegro dirige un gouvernement de coalition l'Alliance Démocratique formée par le PSD et le CDS mais qui est toujours dépourvu de majorité absolue à l'Assemblée de la République. Sa stabilité tient en partie, à l'abstention du Parti socialiste, dont le nouveau chef José Luís Carneiro a jusqu'ici accepté de « viabiliser » les deux budgets successifs de l'exécutif de droite, non sans poser certaines lignes rouges.
L'exercice de cette année s'annonce périlleux : le gouvernement a dû reconnaître un retour possible de « petits déficits », après que les tempêtes de février 2026 aient coûté environ 0,5 % du PIB en dégâts et réponses d'urgence, réduisant d'autant la marge de manœuvre budgétaire face aux chocs énergétiques et aux répercussions économiques du conflit américano-israélo-iranien. Les partis d'opposition, du Chega à la gauche plus radicale, devraient de nouveau chercher à imposer leurs propres mesures. Le secrétaire général du PS se dit prêt à ne pas « déstabiliser » le pays mais souhaite, par exemple, que son parti soit assuré que l’on tiendra compte de ses propositions, en cas de révision de la Constitution, un des thèmes qui sera prochainement à l’ordre du jour au Parlement. André Ventura, président du parti Chega souhaite quant à lui qu’il y ait une négociation autour de l’âge du départ à la retraite et une hausse des pensions.
Des mobilisations sociales à suivre
À cette équation budgétaire s'ajoute un climat social qui reste tendu. Les employés de l’INEM – Samu français – ont fait grève début septembre pour demander de meilleures conditions de travail, il en sera de même les 14 et 28 septembre. Des mobilisations sociales convoquées par les partis de gauche sont prévues le 17 septembre et le 2 octobre par les agents de la fonction publique pour demander des augmentations salariales et une intervention du gouvernement afin de mieux contrôler les prix et du carburant et des denrées alimentaires.
Même si le Premier ministre vient d’annoncer une prime pour les retraités pour la fin de l’année et une réduction exceptionnelle d’impôt jusqu’à la 6e tranche du niveau d’imposition, les Portugais semblent sceptiques quant au prix des carburants qui varient toutes les semaines, aux prix des logements à l’achat ou à la location qui ne cessent d’augmenter.
Certains voient dans les mesures annoncées par le Premier. Ministre en ce début septembre, une façon de calmer le débat politique autour du ministre de l’Intérieur qui est mis en cause dans des affaires au moment où il était responsable de la police judiciaire portugaise et alors que le parquet a ouvert une enquête à son encontre. Il s’agirait d’amadouer l’opinion publique.
La réforme du travail qui a été porté par le gouvernement dès juillet 2025 et baptisée « Trabalho XXI » prévoyait plus d'une centaine de modifications au code du travail, elle a provoqué plusieurs grèves et n'a pas été votée, le gouvernement et le parti Chega n'ayant pas trouvé un accord et le les partis de gauche ayant voté contre le 19 juin dernier. Mais, même si la défaite est claire pour le gouvernement, les confédérations patronales disent vouloir réouvrir ce dossier et ont lancé un autre sujet, celui de la réforme de la sécurité sociale.
L’éducation et les frégates : des sujets sensibles
Des parents ont exigé l’annulation des examens nationaux en juin (équivalent du baccalauréat français dans la mesure où il s’agit du passage vers l’enseignement supérieur), la plateforme de réception des copies en format numérique a connu des dysfonctionnements majeurs avec des pertes et retards de réception et d’envoi des copies, des conséquences au niveau du calendrier d’inscription universitaires. Le ministre a été sur la sellette, le Premier ministre est intervenu et entre-temps l’affaire s’est un peu calmée même si les députés veulent l’entendre en cette rentrée parlementaire. Mais, les familles ont-elles oubliées ?
Quant au domaine de la défense, là aussi le ministre Nuno Melo va être amené à s’expliquer devant les parlementaires qui disent ne pas avoir eu, en amont, les informations nécessaires concernant les choix qui ont présidé à la sélection de l’Italie pour l’achat de trois frégates de nouvelle génération. Un achat de 3,9 milliards à l’abri du programme européen, SAFE.
Logement et santé : deux dossiers toujours sans solution
La crise du logement continuera également d'occuper le devant de la scène. Malgré les trente mesures du plan « Construir Portugal » et les allègements fiscaux consentis aux promoteurs (TVA réduite de 23 % à 6 % sur certains projets, exonérations de droits de mutation), les prix de l'immobilier ont poursuivi leur envolée : d'après l'INE, l'indice des prix du logement a progressé d'environ 27 % entre le deuxième trimestre 2024 et le quatrième trimestre 2025, la demande, alimentée par la croissance démographique et l'arrivée de nouveaux résidents étrangers, continuant de dépasser largement une offre en berne. Le débat politique de rentrée devrait rester structuré par le même clivage : la droite mise sur des incitations à l'offre, la gauche sur un encadrement des loyers et des prix de vente.
Le Service national de santé (SNS) restera lui aussi un sujet sensible. Si la production de soins a globalement augmenté, l'accès demeure difficile : plus de 1,6 million de Portugais étaient toujours sans médecin de famille début 2026, un chiffre en légère hausse depuis l'arrivée au pouvoir de Luís Montenegro. La création annoncée d'une réserve stratégique nationale de médicaments illustre la volonté du gouvernement de sécuriser le système face aux crises, sans pour autant répondre aux critiques sur l'engorgement chronique des urgences et les listes d'attente.
Immigration et nationalité : un chantier loin d'être clos
Le dossier migratoire n'est pas encore clos. Après le durcissement de la loi sur l'entrée et le séjour des étrangers, adopté dès juillet 2025 grâce à une alliance de circonstance entre PSD, CDS et Chega, c'est la réforme de la loi sur la nationalité qui a dominé le premier semestre 2026. Plusieurs de ses dispositions, notamment l'exigence de cinq années de résidence légale pour les enfants nés au Portugal de parents étrangers, ou les restrictions d'accès à la nationalité pour les personnes condamnées pénalement, avaient été jugées inconstitutionnelles par le Tribunal constitutionnel fin 2025. Une version révisée a finalement été adoptée en avril 2026 grâce à un compromis entre le PSD et le Chega, avant d'être promulguée par le nouveau président de la République, António José Seguro, début mai - non sans que celui-ci n'exprime de sérieuses réserves sur la méthode.
Ce virage migratoire s'inscrit dans une transformation démographique rapide : la population étrangère est passée d'environ 400 000 personnes en 2017 à près de 1,5 million aujourd'hui, soit environ 15 % de la population totale. Cette évolution a nourri la progression continue du parti Chega, devenu lors des législatives de 2025 la deuxième force politique du pays après le décompte du vote des Portugais expatriés, devançant même le Parti socialiste. Les tensions autour de l'application de ces nouvelles règles migratoires, notamment sur les délais de traitement à l'AIMA (l'agence chargée de l'immigration) et sur le sort des dossiers en cours ainsi que sur le statut des réfugiés, apatrides et sur la construction de centre de rétention ne sont pas près d’être closes.
Un nouveau président, une droite radicale en embuscade
Sur le plan institutionnel, la rentrée s'ouvre avec un nouveau visage à Belém. Élu en février 2026 après un second tour, le socialiste António José Seguro a succédé à Marcelo Rebelo de Sousa, qui ne pouvait se représenter après deux mandats. Sa victoire a été lue comme une confirmation de l'ancrage modéré du pays, mais elle a coïncidé avec un score sans précédent pour l'extrême droite, désormais installée comme force structurante du débat public, sur l'immigration, mais aussi sur le travail et la fiscalité, où le Chega a par exemple pesé de concert avec le PSD sur les baisses d'impôts.
La cohabitation entre ce président socialiste et un gouvernement de droite minoritaire sera scrutée de près, en particulier lorsque des textes sensibles : nationalité, droit du travail, budget, devront transiter par sa signature. Seguro a déjà montré, avec la loi sur la nationalité, qu'il n'hésiterait pas à utiliser son droit de véto sur certaines lois tout en évitant la confrontation frontale avec le gouvernement et sachant que le Parlement conserve, si majorité absolue, la possibilité de passer outre un veto présidentiel.
Un contexte européen et international à surveiller
Le Portugal célèbre en 2026 les quarante ans de son adhésion à l'Union européenne, un anniversaire que Lisbonne entend mettre à profit pour réaffirmer son rôle de « puissance moyenne » europhile, alors que le pays siège également au Conseil de sécurité de l'ONU pour deux ans à partir de janvier prochain. La position budgétaire du pays, régulièrement citée en exemple pour sa trajectoire de réduction de la dette publique, désormais sous la barre des 90 % du PIB est un enjeu à conserver à l’ordre du jour et même à améliorer pour le gouvernement de Luis Montenegro. La guerre au Moyen-Orient entraîne, cependant, des conséquences sur l’économie mondiale qui sont imprévisibles et qui touchent aussi le Portugal.
















