Jeudi 25 février 2021
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Webinaire - Fernando Pessoa et les mondes ésotériques (1)

Par André Laurins | Publié le 25/01/2021 à 22:36 | Mis à jour le 25/01/2021 à 22:55
Photo : ©M.J. Sobral
Fernando Pessoa, Esotérisme


Fernando Pessoa (1888-1935) est un des plus grands écrivains portugais et même international, il fut au début du 20ème siècle un des trois grands poètes à l'origine du modernisme en poésie. Comme tous les grands artistes du post symbolisme, Fernando Pessoa eut de profondes relations et convictions ésotériques, Lepetitjournal propose à ses lecteurs de découvrir ou approfondir cette facette du poète lors d´un visio-conférence le samedi 30 janvier.  

 

L´ÉSOTÉRISME  chez Fernando Pessoa

Fernando Pessoa passa des heures d’éveil à décortiquer des œuvres mystiques et cabalistiques, entre autres. Les rites et les raisons des Rose-Croix l’on beaucoup intéré ainsi que tout ce qui touchait à la symbolique, depuis les textes sacrés jusqu’aux préceptes des templiers et il avoua en souffrir, car cela le troublait profondément, émotionnellement parlant. Ses jours étaient remplis de spéculations vénéneuses, de la raison démoniaque de la métaphysique- depuis la magie jusqu’à l’alchimie, tout ceci provoquant en lui: « Une sensation douloureuse d’être éternellement à la limite de connaître le (ou les) mystère(s) suprême».

On peut dire que l’attention de Fernando Pessoa se pencha sur tous ces thèmes majeurs: spiritisme, astrologie, théosophie, gnose, hermétisme, magie, alchimie reliée à la kabale, franc maçonnerie, rose croix et templiers, tout en s’intéressant aux mythes nationaux ayant une résonance ésotérique comme le Sébastianisme ou le «Quinto Império» (le Cinquième Empire, cher à António Vieira).

Comme œuvres ésotériques majeures écrite par Fernando Pessoa, on pourra mentionner l’»Essai sur l’initiation», «Sous-sol» et le notable «Chemin du Serpent», ainsi que «Le livre qui ne l’est pas», mais également des poèmes explicitement ésotériques, qu’il écrira surtout entre 1930 et sa mort, en 1935, tels l’»Ultime sortilège». »A l’ombre du Mont Abiegno», «Eros et psyché» avec en supplément le «rituel du degré de Maître dans l’ordre templier du Portugal», «Dans la tombe de Christian Rosencreuz» ou enfin «Initiation».

 

La relation de Pessoa avec la maçonnerie

Lors du passage à Lisbonne du mage anglais Aleister Crowley, en 1930, Fernando Pessoa fut initié par lui à l’ordre des Templiers d’Orient (OTO); ce mage était un gnostique licencieux, orienté vers les cultes phalliques et rassemblant tout et n’importe quoi dans son ordre. Il aura d’ailleurs une fin chargée de mystère, se suicidant dans la « Boca do Inferno » de Cascais. Lors de la dissolution des sociétés secrètes par Antonio Oliveira Salazar et son régime de l’»Estado Novo». Pessoa défendra publiquement la Maçonnerie dans le journal « Diário de Lisboa »; un article notoire et courageux dans un contexte d’Etat totalitaire. Dans un extrait du texte publié, on comprend bien ce qui aura amené le poète (pas maçon) à défendre la Maçonnerie: «Laissez la Maçonnerie aux maçons et à ceux qui, bien que n’en étant pas, verront encore que dans un autre temple, la même lumière». Ceci indique bien que ce furent les degrés maçonniques, dispensés par Crowley, dans le contexte de son ordre des Templiers d’Orient –qui avait trois niveaux initiatiques; le maçonnique, le chevaleresque et le magique- qui déterminèrent de la part du Poète une telle manifestation publique de solidarité en relation à l’ordre banni, lui, qui à la fin de sa vie écrivait des rituels maçonniques-chrétiens.

 

Pessoa : un homme à part

Dès sa jeunesse, Fernando Pessoa sent qu’il doit suivre un «chemin spirituel». Il se reconnaîtra plus tard comme chrétien-gnostique (psycho-spirituel), désirant être en contact avec quelque chose de supérieur. Il critiquait cependant l’Eglise catholique comme institution, tout en reconnaissant que la doctrine qu’elle prônait était pour lui «une perle spirituelle à travers l’enfant-Jésus, avec la supériorité du message divin». Il était loin d’être athée, tout en voulant atteindre un «au-delà de Dieu». Enfin, il ne voulait se soumettre à aucune doctrine, quelle qu’elle soit, et garder une liberté totale de conscience.

Fernando Pessoa évoquera dans son œuvre poétique de nombreux symboles et mythes, telle une vocation de son esprit, d’un mysticisme dogmatique, recherchant les «vérités» transcendantales mystico-religieuses du Christianisme. Par une lecture attentive des Evangiles, de la Bible, les préceptes du Temple ou des Rose Croix, ou d’autres encore, reposent ses commentaires ésotériques; une véritable faim de Vérité!

Pessoa poète sera d’une curiosité intellectuelle illimitée –des Grecs Platon et Aristotéles, du père de l’Eglise Saint-Augustin, des idéalistes allemands, avec une préférence presque maladive pour Hegel, Schopenhauer et Nietzche et de Français tels Rousseau ou Hugo. Selon João Mendes, Pessoa fut un «homo religiosus», recherchant le sens profond de la vie et de l’immensité des chemins possibles. De tout cela, il lui resta une douleur vague et profonde, qui non seulement traverse toute son œuvre, mais qu’il a aussi du mal à dissimuler derrières des «masques» pour cacher sa souffrance. Cette évidence l’amènera à une prédisposition au mysticisme, qu’il soit de genèse évangélique, de fondement ésotérique rosicrucien ou même -ce qu’il laissa peu clair- maçonnique ou sectaire, confessant être un néophyte des rituels templiers.

Le seul livre du poète publié de son vivant, «Mensagem» (Message) a pour thème de référence, entre autres, la vision des Rose Croix, même s’il n’y a aucune preuve d’avoir été initié par eux. Malgré qu’il ait pu connaître des membres de cette société secrète, on peut penser que Pessoa s’auto-initia; pour cela, il préconisait d’avoir plus de 35 ans d’âge, de le faire de sa propre volonté, de croire à la Trinité et de ne pas être déjà impliqué dans une église ou secte, l’initiation faisant surgir le côté spirituel, l’étincelle spirituelle en nous, qui est divine.

 

Pessoa se décline dans son œuvre en plusieurs personnages

Pessoa avait certainement des pouvoirs de médium, ou du moins il le croyait, comme il se sentait réincarné et peut-être déjà initié dans une autre vie… Astrologue passionné, il se posait toujours la question de ce que le destin lui réservait. Avec ses hétéronymes, il nous montrera qu’il y a plusieurs vérités et plusieurs chemins, qu’il souhaitait parcourir en même temps. Mais il voulait aussi nous inciter à trouver chacun le nôtre, chacun ayant son propre karma dans une multiplicité de visions différentes. Pessoa se multipliera ainsi en trois personnages principaux, sur une bonne quinzaine de «moi» qu’il avait en tête; une créativité plurielle, pour certains une sorte de schizophrénie, une dispersion ou regroupement de sa personnalité, une fuite ou une conquête de l’esprit?

Pessoa commencera dès 1914, par un dénommé Alberto Caeiro, personnage bucolique ,son «gardien de troupeaux», né à Lisbonne en 1889, donc un an plus jeune que lui, et mort tuberculeux, en 1915, vivant à la campagne, sans grande éducation, sinon avoir suivi l’école primaire et sans profession définie, mais véritable amant de la nature.

Puis ce sera un Ricardo Reis, né en 1887 à Porto, médecin et parti au Brésil à l’avènement de la République, en 1910, car de filiation monarchiste. Elevé au collège des Jésuites, il sera un poète à la mode classique, affirmant son paganisme en toute occasion, tout comme son scepticisme constant à l’égard de tout.

L’autre personnage majeur sera Alvaro de Campos, un Pessoa plongé dans le temps qui court inéluctablement, l’ingénieur naval, né à Tavira en 1890, formé à Glasgow, mais revenu à Lisbonne, un homme grand et maigre, un peu courbé, grand voyageur et un obsessif sensationnaliste.

Tous les trois au visage glabre, avec un Caeiro aux yeux bleu, un Reis à la peau mate due à ses origines juives, les cheveux lisses et portant un monocle, enfin un Campos toujours à l’affut d’une nouvelle modernité. Les» hétéronymes ombilicaux» de Pessoa seront selon lui «complètement vrais, véritables compagnons de voyage» dans une vie constituée plus de «voyages imaginaires» que d’évolution propre, comme un passant, qui passe, un passant de tout («transeunte», en portugais). Pessoa faisait l’horoscope de ses différents personnages pour savoir ce qui pourrait leur arriver.

 

En savoir plus : Samedi 30 janvier à 16h30lors d´un vidéo-conférence proposé par André Laurins
Inscription : laurins.andre@gmail.com

 

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