Mardi 28 septembre 2021
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"La Diagonale Alekhine" : un roman d´Arthur Larrue

Par Fernando Couto e Santos | Publié le 29/07/2021 à 01:02 | Mis à jour le 29/07/2021 à 11:11
Photo : ©Gallimard
Roman d´Arthur Larrue

Arthur Larrue, écrivant français habitant Lisbonne, vient de publier son troisième roman, La Diagonale Alekhine, où il se penche sur la vie du champion du monde du jeu d´échecs Alexandre Alexandrovitch Alekhine. Russe blanc naturalisé français, il fut instrumentalisé par les nazis pendant l´Occupation, avant de se fixer  à Estoril, dans la banlieue de Lisbonne, où il est mort en des circonstances mystérieuses…


Alexandre Alexandrovitch Alekhine, champion du monde du jeu d´échecs

Ceux qui ne comprennent rien aux échecs ne s´imaginent pas à quel degré d´abstraction ce jeu est supposé se situer. Je ne puis affirmer que je n´y comprends goutte, mais je suis loin d´être un expert en la matière. Néanmoins, il n´est sûrement pas nécessaire de s´y connaître ni d´avoir entendu les noms de Capablanca, Max Euwe, Botvinnik, Tartakover ou Bogoliubov pour se délecter d´un roman dont l´intrigue tourne autour d´un des joueurs d´échecs les plus extraordinaires du vingtième siècle : Alexandre Alexandrovitch Alekhine. Champion du monde, il joue sa vie comme ses parties d´échecs, en allant de victoire en victoire et de continent en continent. Il vient d´inspirer un personnage de roman homonyme grâce au talent d´Arthur Larrue.


La Diagonale Alekhine : 3eme roman d´ Arthur Larrue

Jeune écrivain français, né en 1984 à Paris et habitant en ce moment Lisbonne, Arthur Larrue en est avec La diagonale Alekhine à son troisième roman. Le premier, Partir en guerre (éditions Allia, 2013), témoignant de sa fréquentation du groupe d´artistes dissidents Voïna (Guerre en russe), lui a causé bien des déboires et fut à l´origine de son départ de Russie où il avait enseigné la littérature française pendant quatre ans à l´Université Herzen de Saint-Pétersbourg. Le deuxième, Orlov la nuit (Gallimard, 2019), est un roman délicieusement fantasque où l´on part à la recherche d´un traité d´entomologie du théoricien russe Nikolaï Orlov, consacré aux insectes mangeurs de papiers, où l´on croise un commissaire renvoyé par la police et un couple avalé par un livre. Outre ces deux romans, Arthur Larrue a également écrit des nouvelles parues dans Feuilleton et dans La Nouvelle Revue Française.

Son troisième roman, La Diagonale Alekhine raconte donc, on l´a vu, des épisodes de la vie du grand joueur d´échecs Alexandre Alexandrovitch Alekhine. Champion du monde de 1927 à 1935 et de 1937 à sa mort, il fut le premier champion du monde d'échecs à reconquérir son titre et le seul à mourir en portant son titre. Il a dominé le monde des échecs au début des années 1930, remportant toutes les compétitions (championnats du monde, olympiades et tournois) auxquelles il a pris part de 1929 à 1934 (à l´exception du tournoi de Hastings 1933-1934 où il a fini deuxième). Son nom a été donné à une ouverture du jeu d´échecs, la défense Alekhine, qu'il a employé pour la première fois en 1921 à Budapest. Il était aussi réputé pour son style d'attaque, féroce et imaginatif, qui montrait une grande habileté pour les combinaisons, notamment lors de ses exhibitions en parties simultanées (ou en parties en aveugle) contre les joueurs amateurs, ainsi que pour sa maîtrise des fins de partie.


Portrait d´un personnage qui finit ses jours au Portugal

Né à Moscou en 1892, Russe blanc réfugié à Paris et naturalisé français, la guerre le rattrape en 1939. Il est mobilisé et sommé de rejoindre Paris d´où il assiste à l´effondrement de son pays d´adoption. Pendant l´Occupation, il est instrumentalisé par les nazis. Comme beaucoup d´autres, il vit sous un équilibre instable et ne peut dire non à certains diktats des nouveaux maîtres d´Europe, quoique des diktats parfois mâtinés de feinte courtoisie. Au début de l´Occupation, il lui faut rendre visite à Mross, un Obersturmführer qui officie Rue des Saussaies à Paris et qui lui taille bien des croupières essayant de le prendre à contrepied. Ce n´est nullement une partie de plaisir : «Alekhine se rappellera cette journée à Paris comme celle de ses premières retrouvailles avec la solitude. Curieusement, il n´éprouva aucun dépit, mais du soulagement, voire de l´aise. La solitude lui parut plus vraie que la compagnie, plus propice à la méditation et plus à l´écoute de ses penchants». Il finit par collaborer, par s´acoquiner avec Hans Frank et Joseph Goebbels et par participer aux tournois des territoires du Reich. Il devient une pièce d´un jeu que pour une fois il ne maîtrise pas. Les autres pièces, celles d´un jeu qu´il dominait de main de maître, lui échappent au fur et à mesure du déroulement de la seconde guerre mondiale : Grace, son épouse, et ses meilleurs rivaux, des maîtres juifs persécutés comme Spielmann, Rubinstein ou Przepiórka…

Quand la guerre se termine, Alekhine élit domicile à Estoril dans le Portugal de Salazar où l´alcool commence à le ronger et contribue à sa destruction. Un matin de mars 1946, en apportant son petit déjeuner dans sa chambre, le groom découvre son cadavre. Les circonstances troubles de sa mort ont fait jaser et aujourd´hui encore le mystère subsiste.

Galerie de personnages qui cherchent leurs repères dans une époque à la fois folle et sombre, portrait d´une figure indécrottable du sport mondial, chronique d´un monde à la dérive,  La Diagonale Alekhine est un roman qui consacre Arthur Larrue comme un des écrivains français les plus intéressants de sa génération.

 

Arthur Larrue, La Diagonale Alekhine, Gallimard, Paris, mars 2021.

 

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