Édition internationale

Lisbonne : La ministre Éléonore Caroit évoque les enjeux liés aux océans

En déplacement à Lisbonne, le 9 février 2026, pour la première réunion de la coalition internationale "Ocean Pioneers", Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, a tenu à rencontrer la communauté francophone vivant au Portugal et elle a accordé une interview au petitjournal.com/Lisbonne. Elle y revient sur les ambitions de la coalition Ocean Pioneers, le rôle du traité BBNJ dans la protection de la haute mer et la coopération étroite entre la France et le Portugal sur les enjeux océaniques.

Eleonore Caroit à LisbonneEleonore Caroit à Lisbonne
©MJ. Sobral
Écrit par Marie Sobral et Achille Piedboeuf
Publié le 22 février 2026, mis à jour le 23 février 2026

 

Une nouvelle étape dans la gouvernance internationale des océans

Face à l'urgence climatique et à la dégradation accélérée des écosystèmes marins, la gouvernance internationale des océans connaît une étape décisive. Si de nombreuses initiatives ont émergé ces dernières années pour protéger les mers et les océans, aucune coalition intergouvernementale n'avait jusqu'ici vocation à porter une vision globale de l'océan, au-delà des approches thématiques ou régionales. C'est dans ce contexte qu'a été lancée la coalition "Ocean Pioneers", issue des engagements pris lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l'Océan (UNOC 3), organisée à Nice en juin 2025 sous l'impulsion de la France et du Costa Rica. Cette coalition volontaire réunit des États partageant une ambition élevée en matière de gouvernance des océans et souhaitant peser collectivement sur l'agenda mondial.


Deux critères d'engagement : BBNJ et moratoire sur l'exploitation minière

Pour intégrer "Ocean Pioneers", les pays membres doivent remplir deux critères précis : avoir ratifié le traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), qui encadre la protection de la biodiversité en haute mer, et soutenir une interdiction, un moratoire ou une pause de précaution concernant l'exploitation minière des fonds marins. Longtemps dépourvue de cadre juridique clair, la haute mer dispose désormais, grâce au BBNJ, d'un traité visant à protéger les écosystèmes marins, encadrer les activités humaines et renforcer la coopération internationale.


Lisbonne, première étape diplomatique des "Ocean Pioneers"

C'est dans ce cadre que la ministre déléguée française chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, Éléonore Caroit, a effectué son premier déplacement officiel au Portugal. À Lisbonne, la ministre est revenue sur les objectifs de la coalition "Ocean Pioneers", le rôle central du traité BBNJ dans la protection de la haute mer et l'importance d'une gouvernance internationale plus ambitieuse des océans.


Lepetitjournal : Pourquoi le Portugal a-t-il été choisi pour accueillir cette première réunion des Ocean Pioneers ?

Eleonore Caroit : Le choix du Portugal s'est imposé assez naturellement. Comme la France, le Portugal accorde une importance centrale aux enjeux liés à l'océan. L'océan fait partie intégrante de l'identité portugaise et constitue un véritable axe de politique publique. Le pays a ratifié très rapidement le traité BBNJ et en a fait une priorité diplomatique. Il s'est également positionné tôt en faveur d'un moratoire sur l'exploitation minière des fonds marins, à un moment où certains États souhaitent au contraire accélérer ces activités, malgré leurs conséquences potentiellement désastreuses sur les écosystèmes marins. Il est essentiel que des pays partageant la même vision puissent se réunir et travailler ensemble. Cette coalition rassemble des États like-minded, engagés pour une gouvernance ambitieuse de l'océan, notamment de la haute mer, c'est-à-dire des espaces situés au-delà des juridictions nationales. Au-delà de cet engagement politique, le Portugal dispose d'un écosystème très structuré autour des questions océaniques, avec des acteurs fortement impliqués dans la protection et la gouvernance des océans, tels que la Fondation Oceano Azul. L'ensemble de ces éléments fait du Portugal un lieu particulièrement pertinent pour accueillir cette première réunion des "Ocean Pioneers", organisée quelques mois après le lancement officiel de la coalition aux Nations unies.


Concrètement, que change le traité BBNJ ?

Le traité BBNJ est fondamental parce qu'il vient encadrer ce que l'on appelle la haute mer, c'est-à-dire les zones situées au-delà des juridictions nationales. Jusqu'à présent, ces espaces représentaient près de la moitié de la surface de la planète, sans cadre juridique suffisamment structuré pour protéger efficacement leur biodiversité. Ce traité permet de renforcer la coopération internationale, de mieux encadrer les activités humaines, et d'envisager la création d'aires marines protégées en haute mer. C'est une avancée majeure pour la protection des écosystèmes marins. Ce qui est particulièrement important, c'est la rapidité avec laquelle il est entré en vigueur. Signé en 2023, il a été ratifié en moins de deux ans. C'est le fruit d'une mobilisation diplomatique très forte, notamment de la France, mais aussi de nombreux partenaires engagés sur ces sujets.


Quel est l'objectif concret des "Ocean Pioneers" ?

L'objectif est de créer une dynamique collective entre États ambitieux pour peser sur l'agenda international. Il s'agit d'encourager davantage de pays à ratifier le BBNJ, d'élargir le soutien à une pause sur l'exploitation minière des fonds marins, et de travailler à une gouvernance plus cohérente et plus ambitieuse des océans. Nous ne pouvons pas avancer de manière fragmentée. Les océans sont un bien commun mondial. Leur protection exige une coordination internationale forte. Les "Ocean Pioneers" ne remplacent pas les initiatives existantes : ils viennent les compléter, en apportant une vision globale et en préparant les prochaines étapes de la gouvernance internationale, notamment en vue des futures conférences des Nations unies sur l'océan.

 

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