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Antoine Reinartz : présente la série "Des Vivants"

L'acteur Antoine Reinartz était à Lisbonne à l'occasion du Festival du Cinéma Français pour présenter "Des Vivants", la série de Jean-Xavier de Lestrade consacrée aux survivants des attentats du 13 novembre 2015. Cette série est diffusée actuellement au Portugal sur TVCine.

Antoine ReinartzAntoine Reinartz
©Salomé Patureau
Écrit par Salomé Patureau
Publié le 30 octobre 2026

Lorsqu'on lui a proposé de jouer dans Bataclan, Antoine Reinartz s'est d'abord interrogé sur le sens d'une telle série. Comment raconter le traumatisme du 13 novembre 2015 sans se contenter de montrer la détresse de ceux qui l'ont vécu ? C'est en découvrant le scénario, les témoignages et les documentaires consacrés aux attentats que le comédien a progressivement changé de regard. Lepetitjournal a pu le rencontrer et lui poser quelques questions.

 

Lepetitjournal : Quand on vous a proposé de jouer dans une série consacrée au Bataclan, quelle a été votre toute première réaction ?

Antoine Reinartz : Au début, je me suis un peu dit : « Mais à quoi bon cette série ? ». Avant de lire le scénario, on m'en avait parlé et je me demandais ce qu'on allait raconter. Le post-traumatisme, c'est violent, mais je ne voyais pas trop le sens de la série. Je ne comprenais pas de quoi elle allait parler, si ce n'est de montrer la détresse. 

Qu'est-ce qui a fait basculer votre regard en découvrant le projet ?

Ce que j'ai trouvé très beau, en me plongeant dans le scénario et dans tous les reportages et documentaires qui avaient été faits, c'est que ça m'a complètement « décentré ». On passait notre temps à se demander : « Ah, toi, tu étais où ce soir-là ? » Et là, d'un coup, cela a replacé les vraies victimes au centre de l'histoire.

J'étais vraiment content de découvrir ces sept personnes, de relire V13 d'Emmanuel Carrère et de voir les documentaires qui avaient été réalisés. C'était traumatisant à traverser, mais je me suis senti beaucoup plus riche de cette expérience. J'ai eu l'impression de comprendre les événements autrement.

Comment s'est faite la rencontre avec Jean-Xavier de Lestrade et comment avez-vous perçu sa volonté de faire passer la série de six à huit épisodes ?

Jean-Xavier m'a proposé le projet directement. On ne se connaissait pas du tout, mais je connaissais son travail. Je savais qu'il avait une importante carrière derrière lui et qu'il avait fait des choses incroyables, donc j'avais assez confiance.

Ce que je trouve très bien, c'est qu'au départ, il n'y avait que six épisodes. Il a insisté pour qu'il y en ait huit parce qu'il ne voulait pas retirer des contenus. Et ce qui aurait été supprimé, c'étaient justement les personnages autour des survivants : les aidants, la petite copine, l'impact du traumatisme sur leur tentative d'avoir un enfant...

Il y a aussi le moment où l'on va à la BAC, où l'on prend le temps de découvrir ce que les policiers ont vécu ce soir-là et comment ils l'ont vécu. Ce sont des choses qui se sont réellement passées. Un événement comme celui-là ne touche pas seulement les victimes directes. Il y a une onde de choc énorme.

Vous avez pu échanger directement avec les véritables survivants pour nourrir votre interprétation ?

Je les avais lus, vus et écoutés, mais je les ai rencontrés au milieu du tournage. Jean-Xavier ne voulait pas qu'on essaie de les mimer, donc il ne voulait pas qu'on les rencontre avant de tourner.

J'avais vu toutes leurs interviews. Je connaissais Grégory par cœur, mais je ne l'avais pas encore rencontré en vrai. Ce que je trouvais très beau chez lui, c'est que, même s'il allait très mal, il n'en voulait jamais à personne. Franchement, il souffre, mais il souffre pour lui et il ne le fait pas subir aux autres. 

Comment les survivants ont-ils accueilli la série, et jusqu'où va le respect de leur histoire intime ?

Ce que je sais, c'est que la série a été faite de manière hyper respectueuse. Ils n'auraient pas accepté qu'elle se fasse s'ils n'avaient pas tous donné leur accord. Au début, ils ont vraiment pris le temps de décider s'ils voulaient y aller ou non.

Je sais que certains ont posé des limites en disant : « Ça, je ne veux pas qu'on en parle. » Il y a des choses très intimes, notamment autour de leur vie de couple et de leur tentative d'avoir des enfants. Chacun avait le droit de dire ce qu'il ne voulait pas voir raconté, et ça a été respecté. Même moi, je ne sais pas de quoi il s'agit.

Ils ont eu une projection organisée spécialement pour eux, avec les huit épisodes, avant la sortie de la série. Ils ont passé une journée entière ensemble, avec leurs conjoints et conjointes, pour découvrir les épisodes.

Ils ont trouvé ça très beau, mais aussi très dur. Ils étaient bouleversés de revoir ce que les autres avaient vécu. Le fait d'avoir accès à l'intimité de la vie de couple des uns et des autres, à des choses que certains savaient et d'autres non, les a encore rapprochés. C'est comme si ça avait ressoudé un lien qui était déjà très fort, mais qui, après dix ans, évolue aussi avec le temps.

Un tournage de six mois et demi à sept mois sur un drame de cette ampleur, comment en sort-on indemne ? Quels ont été les moments de bascule ou les scènes les plus dures sur le plateau ?

C'était un tournage assez lourd, franchement, parce qu'il n'y avait pas d'émotion légère. Tout était lié au post-traumatisme, tout était dur.

Le premier jour, je tournais toutes mes scènes de psy. On ne connaissait pas encore l'équipe, et c'étaient déjà de gros morceaux.

La scène du procès a aussi été particulièrement glaçante. Je n'avais pas compris qu'on allait nous faire entendre l'enregistrement audio des premières minutes de la tuerie. C'était le 3 janvier, juste après les fêtes de fin d'année, parce qu'on pouvait enfin avoir la salle de justice. On nous avait prévenus avant de lancer l'enregistrement, mais commencer la journée en écoutant ça, c'était hardcore.

Vous présentez la série ici à Lisbonne. Comment appréhendez-vous sa réception auprès du public étranger ? 

Je suis très curieux de savoir comment elle va être reçue. Le Bataclan a eu un écho mondial, notamment parce que les attentats ont eu lieu à Paris, après ceux de Charlie Hebdo. Mais ici, forcément, on vit cet événement de loin. C'est très différent.

On pensait que la série allait se vendre très vite partout ailleurs, mais finalement, ça a pris du temps. Elle est sortie en France il y a presque un an, et je crois que le Portugal fait partie des premiers pays où elle est diffusée à l'étranger. Je suis donc vraiment curieux de voir comment elle va être reçue ici.

Votre regard sur Lisbonne, quel est -il ?

J'ai une petite passion pour Lisbonne ! J'aime m'y balader, il y a des parcs partout. Il y a cet alcool à la cerise... la ginjinha que je vais citer. J'ai aussi découvert le cinéma São Jorge hier, qui est sublime. Et je dois découvrir l'ambassade après-demain. J'avoue que je suis hyper curieux : on m'en a tellement parlé !

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