À l’occasion du Festival du cinéma français à Lisbonne, Jean-Paul Salomé est venu présenter Le Falsificateur, son film consacré au faux-monnayeur Caryl Bojarski. Lepetitjournal a pu lui poser quelques questions. "O falsificador" est sorti dans les salles de cinéma au Portugal ce 15 octobre.


Faux-monnayeur, père de famille et personnage à la personnalité insaisissable, Bojarski a fasciné le réalisateur par sa double vie. De la découverte de cette histoire au choix de Reda Kateb, en passant par les difficultés de reconstituer une époque et de raconter l’intimité d’un homme dont on sait finalement peu de choses, Jean-Paul Salomé revient sur le film qu'il aura mis près de 6 ans à réaliser.
Lepetitjournal : Pourquoi avoir choisi de raconter l’histoire de Caryl Bojarski en particulier ?
Jean-Paul Salomé : J’ai trouvé ce personnage assez fascinant et extrêmement romanesque, avec un fond émouvant. Cet homme mène une double vie qui paraît incompatible sur le papier : être faux-monnayeur, hors-la-loi, et en même temps avoir une volonté farouche de construire une famille, d’avoir des enfants et de maintenir cette relation avec ses femmes sur vingt ans.
C’étaient deux univers très riches cinématographiquement parlant. De l’extérieur, il doit paraître ordinaire, mais de l’intérieur, il fabrique des faux billets au fond de sa cabane de jardin et défie la Banque de France. Son parcours psychologique, qui va de la marge de la loi jusqu’au portrait d’artiste, m’a passionné.
Comment avez-vous découvert son histoire ?
Je ne la connaissais pas. Un producteur est venu me voir avec toute une documentation : des photos, des documents d’archives, des minutes de procès, des interrogatoires de police et des articles de journaux de l’époque.
En lisant tout cela, j’ai été fasciné par ce personnage et son ambiguïté. J’ai même vérifié s’il n’y avait pas déjà un film fait sur lui, y compris en Pologne, d’où il est originaire, mais non. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je le fasse.

Combien de temps s’est-il écoulé entre cette découverte et la sortie du film ?
Cela a pris cinq à six ans. Entre-temps, j’ai tourné La Syndicaliste avec Isabelle Huppert, qui était déjà lancé. Après La Syndicaliste, je me suis mis à fond sur ce projet, ce qui m’a pris environ trois ans : un an d’écriture puis le financement. C’est un projet qui a mûri sur plusieurs années.
Donc, c’est devenu une évidence pour vous de faire ce film ?
Oui, assez vite. J’ai eu une petite hésitation au début parce que c’était un film d’époque. Le dernier d’époque que j’avais fait remontait à vingt ans et j’en avais souffert : la lourdeur de la reconstitution risquait d’empiéter sur la direction d’acteurs, les émotions et le récit. Je ne voulais plus commettre cette erreur.
Comment avez-vous alors abordé la reconstitution de l’époque ?
Grâce à l’expérience et à une équipe très fidèle. Je leur ai dit : « On travaille beaucoup en préparation, mais une fois sur le tournage, l’époque c’est votre travail, pas le mien. Moi, je me concentre sur la mise en scène, les personnages et les émotions. »
On a revu une vingtaine de polars français classiques des années 50 à 70, comme Le Cercle rouge, Le Samouraï, Touchez pas au grisbi ou Du rififi chez les hommes, pour imprégner l’équipe et les comédiens de cette ambiance.
Pour raconter l’intimité de Bojarski, avez-vous eu accès à des témoignages ?
On a eu l’interview de la femme du policier, joué par Bastien Bouillon. Mais pour Bojarski lui-même, il y avait peu de traces sur son intimité : il fallait inventer, en veillant à ce que nos inventions soient des prolongements de la réalité.
Je n’ai rencontré la vraie famille de Bojarski qu’une fois le film terminé. Sa fille, aujourd’hui âgée de 77 ans, a vu le film et m’a dit : « Tout n’est pas vrai, mais tout est juste. » Elle y a retrouvé l’esprit de son enfance et de ses parents.
Pourquoi avoir choisi Reda Kateb pour incarner Bojarski ?
C’est un grand comédien capable d’habiter les silences. Bojarski est un solitaire, souvent seul à l’écran, sans dialogue. Il faut un acteur dont la présence dégage quelque chose même dans le silence.
Je suis allé le voir avant même d’écrire le scénario pour lui proposer le rôle, et il a accepté immédiatement.

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à tourner ?
Les scènes de couple entre Reda Kateb et Sarah Giraudeau. Trouver la justesse de cette relation sur vingt ans m’inquiétait plus que les cascades ou les scènes d’action. C’était le cœur émotionnel du film.
Vous avez donc vraiment voulu placer Bojarski au centre de l’histoire ?
Exactement. Une scénariste avait écrit une première version où Bojarski n’était qu’un personnage secondaire de polar parce qu’il parlait peu. Pour moi, au contraire, c’était ce personnage fascinant et solitaire, dans son cabanon au fond du jardin, qu’il fallait placer au centre.
Que cela vous fait-il de présenter le film à Lisbonne ?
C’est très émouvant. Bojarski souffrait à l’époque du manque de reconnaissance de son travail. En France, le film a dépassé 1,2 million d’entrées et a remis son histoire en lumière. Les gens en parlent sur les réseaux sociaux et la valeur de ses faux billets a même augmenté de 30 à 40 % dans les ventes aux enchères !
Voir le public portugais découvrir cette histoire procure une grande satisfaction.
Vous aimez le Portugal ?
Oui, beaucoup. C’est un des pays où je viens le plus souvent, même en vacances. J’aime cette atmosphère et cette chaleur. Hier, j’ai profité de mon passage pour visiter le musée MAAT.
Dans le cadre de la Festa do cinema francês, Le falsificateur sera projeté le 23 octobre à Cascais (Casa das Histórias Paula Rego).
En savoir plus : festadocinemafrances.com






















