À Lisbonne, les coulisses de la Comédie-Française ont fait rire aux éclats les spectateurs venus découvrir le film de Martin Darondeau et Bertrand Usclat lors de sa projection pendant la Festa do Cinema Francês. Entre anecdotes historiques improbables et situations rocambolesques, les réalisateurs revisitent avec humour les quatre siècles d'existence de cette institution emblématique avec un regard contemporain. Le film vient de sortir, cette semaine, dans les salles de cinéma au Portugal.
Incendies, décors qui s'effondrent, comédien parti déguster des moules-frites à Bruxelles... La Comédie-Française a connu bien des péripéties au fil de son histoire. Cette comédie satirique interprétée par Pauline Clément et sa troupe dévoile les dessous mouvementés de la célèbre institution théâtrale.
Le long-métrage, présenté à Lisbonne lors d'une projection festivalière, a conquis le public. La salle, comble, était remplie de rires. À cette occasion, le réalisateur et co-scénariste Martin Darondeau a échangé avec les spectateurs avant de répondre aux questions du Lepetitjournal.
Lepetitjournal : Comment est née l'idée de réaliser un film sur une institution aussi prestigieuse que la Comédie-Française ?
Martin Darondeau : C'est une opportunité qui s'est présentée à nous. L'actrice Pauline Clément faisait déjà partie de la troupe, et l'institution l'a contactée en lui proposant de créer un format court avec l'équipe avec laquelle nous réalisons le programme Broute sur Canal+. Avec mon co-auteur Bertrand Usclat, on vient du théâtre, nous avons immédiatement saisi la perche.
Au départ, nous avons travaillé pendant un an sur un projet de série de 10 épisodes de 30 minutes. Mais toutes les chaînes et plateformes ont refusé, jugeant le sujet trop « niche ». Nous avons abandonné l'idée jusqu'en février 2025, lorsque nos producteurs nous ont proposé d'en faire un long-métrage pour le cinéma. Le piège, c'est que nous devions impérativement tourner en juin 2025 à cause de travaux programmés à la Comédie-Française. Nous avons donc écrit le film en deux mois, préparé en un mois, et tourné en seulement trois semaines.
Il semble que vous co-écriviez vos comédies à plusieurs. Quelle est votre méthode de travail ?
Écrire de la comédie tout seul est extrêmement difficile, car le principe du rire repose sur la surprise. Si vous réussissez à faire rire votre co-auteur avec une vanne, vous savez que vous tenez quelque chose.
Avec Bertrand, lorsque nous ne sommes pas d'accord sur une scène, nous discutons sans en faire une question d'ego. Plutôt que de faire du troc ou des compromis tièdes, nous cherchons systématiquement à additionner nos deux visions pour créer une troisième idée encore meilleure.
En tant qu'auteur de comédie, vous posez-vous la question des limites du rire ? Selon vous, peut-on rire de tout ?
Évidemment qu'on a le droit de rire de tout ! À partir du moment où l'on répond non à cette question, nous sommes perdus, car cela signifierait qu'on autorise quelqu'un d'autre à décider arbitrairement de ce qui est permis.
En revanche, si l'on peut rire de tout, je ne pense pas qu'on puisse rire de tout avec tout le monde, n'importe où et à n'importe quel moment. Tout dépend ce que l'on dit et du public auquel on s'adresse. Dans notre cellule d'auteurs, lorsque nous sommes trois dans une pièce, nous pouvons lancer des vannes abominables pour tester l'absurde. Mais nous savons très bien qu'elles n'ont pas leur place dans un film grand public.
Lorsque nous écrivons, nous faisons très attention à la formulation pour éviter tout malentendu ou tout biais sexiste et raciste involontaire. Il ne s'agit pas d'autocensure, mais simplement du souci de bien faire notre travail pour que les gens rient pour de bonnes raisons.
Et, comment la troupe de la Comédie-Française a-t-elle accueilli ce projet satirique ?
Ce qui m'a le plus surpris, c'est leur formidable envie de rire de leur propre institution et leur immense autodérision. Lors de la phase de préparation, nous avons mené 10 entretiens d'une heure avec différents comédiens de la troupe pour comprendre leur quotidien.
Nous avons découvert une incroyable diversité de parcours, loin des clichés bourgeois. Le scénario s'appuie d'ailleurs sur de vraies anecdotes livrées par les comédiens au cours de ces échanges, comme l'histoire d'un incendie, des décors qui s'effondrent ou un acteur introuvable car parti manger des moules-frites à Bruxelles !
Le Portugal occupe une place toute particulière dans ce film. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
Les dialogues du film ont été intégralement écrits à Porto. En mars, face à la pression du calendrier, il fallait nous isoler de nos vies parisiennes et de leurs distractions. Nous sommes partis à trois avec Bertrand et Pauline pendant 10 jours à Porto. Nous avons vécu ensemble et travaillé presque sans arrêt. C'est là qu'est né le film, dans une sorte de pacte créatif inconscient.
Aujourd'hui, c'est un bonheur vertigineux de voir ce projet, né dans une petite pièce du 11ᵉ arrondissement de Paris et façonné au Portugal, être projeté ici à Lisbonne devant autant de gens.
Pour nos lecteurs francophones installés ou de passage à Lisbonne, quelles sont vos adresses coup de cœur dans la capitale ?
J'étais déjà venue il y a quelques années et j'avais eu un coup de cœur pour Damas, un bar assez connu ici. Et côté gourmand : c'est très touristique mais incontournable : Cervejaria Ramiro. Pour les amateurs de fruits de mer, cela reste une véritable institution.
En savoir plus : festadocinemafrances.com






























