Présentée au Centro de Arquitetura du MAC/CCB à Lisbonne jusqu’au 26 avril 2026, l’exposition Habitar Portugal – Living in Portugal retrace cinquante années d’architecture portugaise, de la Révolution des Œillets à nos jours. À travers une sélection de 100 œuvres marquantes, les commissaires Alexandra Saraiva, Célia Gomes et Rui Leão interrogent le rôle politique, social et culturel de l’architecture dans la construction du Portugal démocratique.


L’exposition retrace cinquante ans d’architecture portugaise et met en lumière son évolution depuis 1974, année charnière de la Révolution des Œillets et du retour à la démocratie. À travers une sélection de cent œuvres emblématiques, elle propose un panorama à la fois représentatif et critique des transformations qui ont marqué le paysage architectural du pays au cours des cinq dernières décennies.
Des projets réalisés au Portugal, mais aussi en Afrique, au Brésil ou ailleurs en Europe, témoignent de l’ouverture progressive des architectes portugais à l’international. L’exposition montre comment, dans un contexte de liberté retrouvée, ils ont su transformer leurs pratiques, repenser leur rapport à l’espace public, intégrer de nouvelles préoccupations sociales et environnementales, et adapter leur approche aux mutations politiques, culturelles et technologiques du pays.
Rencontrés à l’occasion de l’inauguration au Centro de Arquitetura du MAC/CCB à Belem, les trois commissaires reviennent, dans un une interview accordée au Lepetitjournal.com sur cette septième édition Habitar Portugal – Living in Portugal.

Lepetitjournal : Pourquoi avoir choisi 1974 comme point de départ de l’exposition ?
Rui Leão : 1974 marque un tournant fondamental dans l’histoire du Portugal. La Révolution des Œillets a ouvert une nouvelle ère démocratique, et il nous semblait essentiel de célébrer ces cinquante années à travers le prisme de l’architecture.
Nous ne voulions pas simplement faire un exercice historique. L’idée était de montrer comment l’architecture a accompagné la démocratie, comment elle a intégré les valeurs de liberté, d’égalité et de transformation sociale dans les projets réalisés. L’architecture n’est pas neutre : elle reflète les contextes politiques et sociaux dans lesquels elle s’inscrit.
Comment avez-vous sélectionné les 100 œuvres présentées ?
Alexandra Saraiva : Il était essentiel pour nous de montrer que l’architecture portugaise ne se limite pas au territoire national. De nombreux projets réalisés par des architectes portugais à l’étranger sont présentés. Cela représente une part importante de la production architecturale. Nous avons sélectionné 100 œuvres représentatives – sans prétendre à l’exhaustivité – couvrant différentes typologies : logement, équipements publics, réhabilitation patrimoniale, projets internationaux, etc. Le titre de l’exposition, Habitar Portugal / Living in Portugal, reflète cette volonté d’explorer la notion d’« habiter » sous différentes formes.
Célia Gomes : Nous avons également tenu à représenter toutes les régions du pays, y compris les îles. Il était important de montrer l’évolution des pratiques sur 50 ans, notamment les nouvelles générations d’architectes et les approches contemporaines très différentes de celles du passé. Nous avons aussi veillé à inclure une représentation significative des femmes architectes. Un autre critère important était de présenter au moins un projet par architecte sélectionné. Bien sûr, beaucoup d’architectes ne figurent pas dans l’exposition. Ce n’est pas un jugement de valeur, mais un choix assumé pour privilégier la diversité des approches plutôt que de suivre uniquement les grandes écoles ou tendances dominantes.

Comment voyez-vous l’évolution et l’avenir de l’architecture portugaise ?
Alexandra Saraiva : Depuis 1974, l’architecture portugaise a développé une approche singulière. Il y a eu une manière très particulière de travailler, marquée par le contexte politique et social du pays. Pendant longtemps, le Portugal était relativement isolé sur la scène internationale. Certains architectes ont joué un rôle clé en faisant connaître ce travail à travers des publications et des échanges internationaux. Aujourd’hui, l’architecture portugaise est reconnue dans le monde entier. Ce n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un travail constant et d’une capacité à dialoguer avec le contexte local tout en s’inscrivant dans des dynamiques globales.
Pourquoi avoir choisi d’exposer toutes ces œuvres sur une structure aussi particulières ?
Célia Gomes : Ce choix nous a semblé naturel. Pour nous, il était important qu’après l’exposition, les matériaux puissent continuer à vivre. Nous avons réfléchi à la manière de concevoir l’exposition avec le moins d’impact possible.
Rui Leão : Il était essentiel de penser non seulement au contenu, mais aussi à la façon dont nous construisions l’espace. Comment maintenir cette structure ? Comment la démonter ? Comment la réutiliser ? Ces questions ont fait partie du processus dès le début. On nous a proposé cette solution et nous avons travaillé ensemble pour adapter le dispositif à l’exposition. Nous avons trouvé que cela faisait sens avec le thème même de Habitar Portugal - habiter, construire, penser l’espace. L’idée était que l’exposition elle-même soit cohérente avec les principes de l’architecture qu’elle présente : responsabilité, réflexion sur les matériaux, attention au contexte et au futur.

























