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Les Portugais dans le détroit d’Ormuz de 1507 à 1620

Depuis toujours, les hommes ont cherché à occuper des lieux géographiques stratégiques - comme un mont remarquable, un estuaire, une presqu’île ou une île – pour y vivre, faire du commerce, ou se défendre contre des envahisseurs, que ce soit sur terre ou sur mer.

Ville d´Ormuz 1572Ville d´Ormuz 1572
Ville d´Ormuz 1572- Braun e Hogenberg
Écrit par Claire Baudoin
Publié le 14 avril 2026, mis à jour le 16 avril 2026

 

C’est ce qui a poussé le 2ème Vice-Roi des Indes, Afonso de Albuquerque, à suivre cette voie ancestrale pour conquérir les Indes :  il chercha à contrôler la voie maritime du détroit d’Ormuz, une île située entre les golfes Persique et d’Oman, entre l’Asie centrale, l’Inde et l’Orient. C’était un point stratégique pour la Perse et les grandes routes caravanières d’Asie et de Méditerranée orientales. Ce détroit mesure environ 170km de long et entre 95 et 40 km de largeur. 500 ans plus tard, cette île devenue iranienne est encore et toujours à l’origine de conflits. A l´heure actuelle c´est une fois de plus d'actualité.

 


Afonso de Albuquerque, Gouverneur du détroit d’Ormuz

Précédé d’une terrible réputation de guerrier, Afonso de Albuquerque surnommé « le Lion des mers » arriva dans le golfe Persique avec une flotte de six navires et 500 soldats. Il prit rapidement le contrôle de cette île d’Ormuz en 1507, après une importante bataille navale.  La paix retrouvée, en accord avec le souverain d’Ormuz, il ordonna la construction d’une très importante forteresse, « o forte de Nossa Senhora da Vitória de Ormuz ». L’endroit choisi se trouve au nord de l’île, sur une avancée rocheuse. Les architectes militaires durent s’adapter au terrain irrégulier ; le mur d’enceinte a la forme approximative d’un carré auquel on ajouta huit grosses tours défensives pour surveiller les côtes.

Début 1508, trois capitaines déserteurs, aidés du souverain d’Ormuz, contraignirent Afonso de Albuquerque à abandonner les lieux. Mais ce dernier revint en mars 1515, cette fois avec une flotte considérable de 27 navires, 1.500 soldats et 700 « Malabars » (habitants du sud-ouest de l’Inde). Les Portugais reprirent le fort après trois mois d’intenses combats et en terminèrent la construction en 1515. On l’appela alors « o Forte de Nossa Senhora da Conceição de Ormuz ».

 

 

Carte du détroit d´Ormuz
©wikipedia.org

 

Les villes et les ports de la région furent contraints de verser un tribut au roi du Portugal. Le détroit d’Ormuz resta sous la vigilance portugaise jusqu’en 1620-1650, c’est-à-dire pendant plus de cent ans. En 1620 les effectifs comprenaient environ 500 à 700 soldats.

Mais une flottille du Shah de Perse de 3.000 hommes, avec l’aide de six bateaux anglais, attaquèrent en février 1622 la forteresse qui dut capituler et rendre les armes. Plus de 2.000 personnes quittèrent alors les lieux pour aller se réfugier au sud-est d’Ormuz, dans l’immense forteresse de Mascate. Cette forteresse se situe en bordure de la mer d’Oman. (Mascate est aujourd’hui la capitale du Sultanat d’Oman). Bâtie vers 1522, là encore par Afonso de Albuquerque sur un ensemble rocheux, en bordure de mer, elle avait fière allure. Elle devint la nouvelle base militaire portugaise. 

Les forces portugaises tentèrent de reprendre la forteresse d’Ormuz à plusieurs reprises, militairement et diplomatiquement, mais en vain. Mais 130 ans plus tard, en 1650, Mascate, la dernière position portugaise autour du golfe Persique dut capituler également. Après cette défaite, le fort d’Ormuz fut en partie détruit par le roi de Perse.

 

 

Ruines D´Ormuz
Ruines d'Ormuz ©reddit.com carlamotaphotography

 


Les fortifications d’Ormuz et de Mascate, de nos jours.

Celle d’Ormuz est aujourd’hui en ruine bien qu’elle soit classée comme Patrimoine national iranien. Il subsiste d’énormes murs, quelques canons et une belle citerne souterraine voûtée, commune à l’époque, comme celle d’Essaouira, au Maroc.
Quant à la forteresse de Mascate, elle a été entièrement reconstruite par le Sultanat d’Oman en 1983. Il ne reste que peu de traces de l’époque des Grandes Découvertes. On peut néanmoins y dénicher encore de vieilles pierres sculptées ou un portail ouvragé du XVIème siècle.

 

 

Mascate
Forteresse de Mascate

 

 

Le Gouverneur Afonso de Albuquerque, 2ème Vice-Roi des Indes (1453 – 1515), surnommé « le César de l’Orient »

Ce fut un homme qui marqua profondément le Portugal sous les rois D. João II et D. Manuel I. Né à Alhandra, d’une famille d’ascendance illégitime du roi D. Dinis, il se révéla dès sa jeunesse un génie militaire, un navigateur expérimenté, un explorateur aguerri, un homme politique notable dont les actions furent déterminantes pour fonder l’Empire portugais dans l’océan Indien et ouvrir la route des épices par la mer. Il fut nommé Gouverneur des Indes portugaises en 1508, puis 2ème Vice-Roi des Indes, en substitution de D. Francisco de Almeida.

 

Afonso Albuquerque

 

Dans les années 1507 – 1515, celles qui intéressent notre propos, il continua ses conquêtes en prenant et en pillant Goa en 1510, puis Malacca en 1511, deux villes extrêmement riches. Pour le récompenser de toutes ses conquêtes, il fut exceptionnellement honoré en 1515 par le roi D. Manuel I du titre de Duc de Goa, premier titre ducal créé pour une possession hors d'Europe, ce qui le propulsa au rang le plus élevé de la hiérarchie nobiliaire portugaise.

La même année, il apprit qu’il était destitué de sa haute charge et remplacé par un rival… bouleversé par cette annonce, il n’eut pas le temps de revenir au Portugal et mourut peu après à Goa, au moment où les fortifications d’Ormuz et de Mascate venaient d’être achevées. Par la suite, ses cendres furent ramenées depuis l’Inde jusqu’au Portugal dans une urne funéraire protégée dans un coffret : il s’agit d’une pièce d’orfèvrerie et de marqueterie remarquable qui témoigne de l’importance que la royauté portugaise lui accordait. Aujourd’hui ce coffret est précieusement conservé à la Société de Géographie de Lisbonne. Quant à ses cendres, selon ses dernières volontés, elles furent déposées en grande pompe le 19 mai 1566 dans l’igreja Nossa Senhora da Graça dos Agostinhos da Corte, plus précisément dans sa chapelle privée qu’il avait fait construire en 1506 pour y enterrer son père et son grand père. Malheureusement le tremblement de terre du 1er novembre 1755 a tout enseveli, l’église et son tombeau.

 

 


Monument en hommage à Afonso de Albuquerque, à Belém (1901)

 

Monument en hommage à Afonso de Albuquerque, à Belém
© Claire Baudoin - Monument à Belém à Lisbonne en hommage à Afonso de Albuquerque - Bas-reliefs évoquant la remise des clés de Goa en 1510.

 

Ce monument de grande dimension se trouve à l’ouest de Lisbonne, dans le quartier de Belém, devant le palais présidentiel, au centre d’une place qui porte son nom.

Il se compose de deux parties : 

- Celle du bas est une colonne en pierre d’inspiration néo-manuéline, ornée de cordages et de sphères armillaires. Elle peut donc induire en erreur car elle n’est pas du XVIème siècle, mais date de 1901. Elle est entourée de quatre figures ailées symbolisant les qualités de Afonso de Albuquerque, ainsi que de bas-reliefs évoquant ses batailles et faits d’armes les plus remarquables, comme la remise des clés de Goa en 1510…

- La partie supérieure de cette colonne est une statue en bronze qui a été fondue à l’Arsenal de l’Armée. Elle mesure environ 4m. de haut et représente, bien sûr, Afonso de Albuquerque le Conquérant, tourné vers le Tage, scrutant fièrement l’horizon, dans la même attitude familière qu’il prenait quand il voguait sur les mers. Il piétine les armes des vaincus en les pointant de son index.

Ce monument n’a pas été payé par une souscription publique, ni par l’Etat ou la municipalité. Il a été érigé sur les deniers personnels de Simão José da Luz Soriano. Cet historien qui vouait une admiration sans bornes pour cette personnalité hors du commun laissa par testament une grande partie de sa fortune pour lui rendre hommage.

 

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