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L'EXPAT DU MOIS - Stéphanie Olivia Adélaïde, entrepreneure sociale à Madrid

Par | Publié le 30/10/2016 à 23:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 22:15

Débarquée il y a 11 ans dans la capitale espagnole en provenance de son bassin du Nord natal, cette Picarde d'origine martiniquaise de 35 ans s'est taillée un parcours hors des sentiers battus, avant de s'impliquer dans une multitude de projets en lien avec la communauté française expatriée et la francophonie. Son amour pour la langue et la culture, mais aussi son penchant avoué pour l'entraide et la solidarité, ainsi que sa soif de conciliation de vie familiale et vie professionnelle sont autant d'éléments qui balisent ses choix de vie. Un portrait sous le signe de la proximité et de l'engagement.

(Photos DR) "Je voulais créer un univers dans lequel ma fille puisse avoir sa place". C'est en 2012 que Stéphanie Olivia Adélaïde, maman célibataire d'une enfant alors âgée de 4 ans, mais aussi directrice commerciale et marketing d'une entreprise ?uvrant dans l'aide humanitaire, se lance dans l'aventure de La France ô si ! 

Mais avant de poser les premières pierres de cette association à vocation culturelle, elle aura vécu les hauts et les bas de l'expérience post-Erasmus. En 2005, dans le cadre de ses recherches sur les traumatismes liés aux attentats, elle choisit Madrid pour réaliser son Mémoire, ville alors endeuillée par la tragédie du 11M et de ses quelques 200 victimes mortelles. En même temps qu'elle s'attache à la capitale espagnole, en proie à un coup de c?ur auquel nombre de Français ont succombé, elle découvre les différences qui, dans son domaine, la psychologie, séparent la France et l'Espagne. "Ayant perdu mon principal outil de travail, le langage et la communication, il a fallu que je me réinvente vers d'autres choix professionnels", se rappelle-t-elle. De téléopératrice à télémarketeuse, elle finit par intégrer une entreprise à vocation internationale, où elle est alors en charge de développer le marché francophone. De psychologue à responsable commerciale, le grand écart est accompli et la fibre entrepreneuriale titillée. En 8 ans, elle fait de sa zone le second marché de l'entreprise, multiplie les voyages à l'étranger et acquiert en parallèle un master en direction marketing. "Un monde passionnant", dans lequel elle s'immerge tout en suivant de près la trajectoire scolaire de sa fille.

"J'ai découvert que j'avais du mal à partager certaines choses avec elle", explique la trentenaire. "Par exemple, même si elle était scolarisée dans une école française, elle ne parlait avec moi qu'en espagnol. Mais c'est aussi la difficulté de mettre certaines références culturelles en commun qui s'est avérée de plus en plus forte. J'ai commencé à avoir la crainte d'un défaut de transmission et j'ai réfléchi à un moyen de lui faire découvrir tout un patrimoine, de Dorothée à Jean de la Fontaine, qui est celui que j'ai acquis en France. J'ai proposé aux parents dont les enfants étaient scolarisés dans la même classe que ma fille, d'assister à des premiers ateliers que j'ai organisé sur le thème de la musique, des comptines et du théâtre". Les parents se prennent au jeu et, surprise, profitent dans cet espace où leurs enfants s'égaient, de l'occasion d'échanger et de se découvrir des problématiques communes. "Nous avons mis le doigt sur des questions propres à la binationalité, au couple franco-espagnol. Nous étions face à des parents qui avaient la volonté de se sentir à la fois Français et Espagnols, et de transmettre ces deux composantes à leurs enfants". Le concept s'affine, avec dans son ADN la francophonie, mais aussi la dimension sociale et solidaire.

stephanie olivia adelaideLes locaux, situés près de la Cuesta de la Vega, à proximité du viaduc de Ségovie, sont à l'image du projet : une touche artisanale et conviviale agrémente l'espace, avec un mobilier do it your self et une claire prédilection pour le recyclage. Entre les étagères chargées de livres de poche en français, les tables basses ornées de plantes vertes et un vieux sofa fatigué, on se croirait un peu à la maison. Des messages à destination des parents, sur un clip board chargé de post-its, invitent d'ailleurs ces derniers à s'approprier les lieux. "Cet espace, c'est l'espace des familles", confirme l'instigatrice du projet. "Je leur demande d'être là, de faire vivre ce centre et de ne pas se limiter à laisser leurs petits sur le pas de porte, le temps d'une animation". Finalement, trois grands axes structurent autour de la langue française, l'action de l'association. Débuté il y a deux ans désormais, le FLAM (Français Langue Maternelle), constitue l'atelier phare de La France ô Si ! Chaque semaine, pas moins de 70 enfants de 2 à 10 ans se retrouvent par petits groupes, pour 2 heures d'activité. Depuis l'an dernier, ces dernières se sont notamment déroulées avec le label de La caravane des dix mots. Stéphanie Olivia Adélaïde défend à cet égard d'avoir mis en place un véritable projet pédagogique, basé sur 10 principes repris dans la charte de l'association, permettant d'appuyer et consolider l'apprentissage du français. Outre les camps de vacances (avec cantine de produits locaux et bio), ce sont aussi les interventions en milieu scolaire, plus précisément dans certains IES de la capitale, qui permettent de consolider le projet.

Social et solidaire, certes, le projet n'en reste pas moins entrepreneurial. Vice-présidente de l'association d'entrepreneurs francophones Les Franc-Risqueurs, Stéphanie Olivia Adélaïde a son business plan bien ficelé. Cette année, l'ouverture de l'antenne d'Algete, qui compte déjà une petite dizaine d'inscrits, a marqué le début d'un plan d'expansion qui prévoit la création de plusieurs centres autour de Madrid, en Espagne, puis au Portugal, d'ici 2025. "Rien n'est éternel. Les sacrifices ont des limites", rappelle l'intéressée à propos de la pérennisation de son projet. Si le chemin à réaliser jusqu'à l'achèvement de ses plans reste encore long, il n'empêche que la Picarde a visiblement su, avec son concept, apporter un modèle de transmission de la langue et de la culture française correspondant à une véritable attente d'un public parfois en marge des institutions existantes. L'ex-Consule générale de France à Madrid Christine Toudic, le député des Français de l'étranger Arnaud Leroy, le conseiller consulaire François Ralle, mais aussi divers représentants d'associations françaises, ont su reconnaître l'intérêt de l'initiative. Grâce à leur appui, La France ô Si ! a pu au cours de ses 4 années d'existence acquérir l'ampleur qui est aujourd'hui la sienne.

"En tant que Française de Madrid, je pense que bien souvent on se retrouve isolé seulement si on le veut. Il existe une multitude d'associations et d'institutions qui sont là pour nous tendre la main et nous aider". Et l'entrepreneure sociale nous montre qu'elle n'a pas peur de s'investir en dehors de sa structure, pour venir au service de ses compatriotes. Outre son implication au sein des Franc-Risqueurs, avec ses séances de networking, sa philosophie de mise en réseau et d'entraide entrepreneuriale, elle est depuis l'été dernier présidente de Français du monde-ADFE. "Le fil conducteur de mon engagement, c'est l'entraide", explique-t-elle. Début octobre, le premier atelier emploi, destiné aux Français en réorientation professionnelle ou à la recherche d'un travail, a été lancé sous l'égide de l'association, à son initiative. L'axe social et emploi devrait ainsi cette année devenir la priorité de l'action de Français du monde et "permettre d'apporter des aides concrètes", en parallèle des traditionnelles propositions culturelles et éducatives, ou du développement d'activités sports et loisirs. Et pendant ce temps, l'idée d'un dîner des associations, qui permettrait de regrouper les responsables des principales structures françaises, dans un premier temps sur Madrid, suit son cours et prend forme. Une cartographie des associations et structures françaises sur le territoire, officielles ou officieuses, pourrait découler de ce premier rapprochement visant à créer du lien et faciliter la transmission d'information, "de façon inclusive, au-delà des barrières idéologiques ou géographiques".

"Tous, nous faisons un travail extraordinaire à notre façon. Nous devons savoir travailler ensemble", conclut Stéphanie Olivia Adélaïde.

VG (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 31 octobre 2016
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