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Transgenre : « Mon privilège d’expat, c’est d’avoir pu décider »

Par Alhéna Domela | Publié le 29/04/2019 à 10:00 | Mis à jour le 29/04/2019 à 10:39
Céline Audebeau transgenre expatriée

Faire sa transition d’homme à femme en France ? Hors de question pour Céline Audebeau. Expatriée en Asie depuis plus de 10 ans, cette cheffe d’entreprise a choisi le Vietnam et la Thaïlande pour réaliser sa transformation. Le système médical, la tolérance et l’ouverture d’esprit des habitants ont motivé sa décision.

Son cœur s’est arrêté. Revenue spécialement en France pour une opération de la thyroïde, Céline Audebeau, autrefois Christophe, a cru voir son dernier jour arriver en 2008. Sans lien direct avec l’intervention, une petite artère se rompt dans son cou, bloque sa trachée et provoque un arrêt respiratoire : « Je me souviens très bien que quand j'ai laissé échapper mon dernier souffle, je pensais que je quitterais ce monde sans vivre un instant comme je le voulais, en tant que femme », confie-t-elle. Revenue à la vie « de justesse », il lui faudra pourtant près de 10 ans pour aller jusqu’au bout de sa transformation.

Deux mois avant son opération pour disposer d’un sexe féminin, personne ne se doutait de ses intentions. Ni sa famille, ni ses amis, ni ses employés. La Française prenait déjà depuis deux ans un traitement hormonal. « Je n’avais pas du tout d’apparence féminine », précise Céline. En avril 2017, à l’âge de 53 ans, elle décide d’informer ses proches : « On m’a comprise, j’avais bien préparé les choses. Je l’ai fait avant qu’on ne me voit en tant que femme. Evidemment, c’était une énorme surprise. Mes parents ont trois enfants et ils ont dû faire le deuil de leur fils aîné. Mais ils ont tout de suite dit ‘‘tu es notre enfant, tu resteras toujours notre enfant’’. Ma fille de 26 ans a très bien accepté la nouvelle. Elle faisait même la police quand quelqu’un m’appelait encore Christophe ».

« Retourner à l’usine, c’était ma plus grande frayeur »

Céline Audebeau transgenre Vietnam expatriée

Christophe Audebeau a découvert l’Asie en 2006. Embauché dans une entreprise de zodiac, il a pour mission d’installer un nouveau système informatique dans cinq pays, dont la Chine, puis de s’occuper du design des produits. Un jour, l’entreprise est rachetée et une opportunité se présente: « Ils m’ont demandé de diriger l’usine à Shanghai. J’ai accepté et notre vie d’expatriés a commencé avec mon épouse. A l’époque, c’était magnifique de vivre dans une mégalopole comme Shanghai ». Quatre ans plus tard, l’usine connaît des difficultés. Une fois l’entreprise vendue, il prend la direction d’une usine basée à Hanoi. « C’était un choc de passer de Shanghai à Hanoi. On se retrouve 30 ans en arrière. Il a fallu un temps d’adaptation mais ça a tellement plus de charme ! ».

L’expatrié, à la tête d’une entreprise de 420 personnes, choisit de prévenir ses employés avant sa transformation : « J’ai commencé par informer mes managers, qui ont eux-mêmes informé leurs équipes. Tout le monde était au courant ». Malgré le désamorçage de l’effet de surprise, Christophe devenu Céline redoutait leurs réactions : « Pour moi, cette idée de retourner à l’usine, c’était ma plus grand frayeur. Comment vais-je faire ? Est-ce que je vais garder la même autorité ? Est-ce qu’on va me regarder de la même façon ? J’étais vraiment inquiète ».

Céline Audebeau transgenre expatriée Vietnam

Son inquiétude s’est dissipée dès le premier jour : « Quand je suis arrivée à l’usine, ils m’avaient préparé une méga fête. Je ne m’y attendais pas du tout ! Ce que je craignais le plus est devenu l’événement le plus marquant. Tout le monde s’est levé pour m’applaudir ! ». Epanouie, Céline Audebeau ne s’est jamais sentie aussi bien dans son entreprise : « J’ai dirigé l’usine pendant cinq ans en tant qu’homme. Mais quand j’entends le bruit de mes talons, c’est encore plus génial ! La situation est meilleure pour tout le monde. J’ai perdu cette colère, cette rage intérieure. J’arrive à m’imposer sans élever la voix. Les employés sont très admiratifs et me respectent ».

Faire sa transition en Asie, un choix délibéré

« Jamais je n’aurais fait ma transition en France », déclare Céline Audebeau. L’expatriée reproche au système médical français « la mainmise des psychiatres sur une décision de transformation éventuelle. Ils disent qu’il faut qu’il y ait une imprégnation dans le genre avant qu’il y ait une imprégnation hormonale. Ils souhaitent qu’on vive en tant que femme tous les jours pendant un ou deux ans. Ainsi, ils génèrent beaucoup de transphobie en France. Quand on voit une personne masculine dans des vêtements féminins, c’est très mal perçu. C’est tellement visible que ça stigmatise ».

En Asie, Céline Audebeau a pu faire les choses autrement. « Mon privilège d’expat, c’est d’avoir pu décider ». Elle a choisi son traitement hormonal et au bout de deux ans, elle a décidé de débuter la chirurgie. Mais après 20 ans de vie commune, sa femme la quitte.  En juin 2017, Céline se rend à Bangkok pour faire des implants capillaires. Mais une fois avec le chirurgien, elle change d’avis : « Ma femme était partie alors je pouvais faire mes opérations tout de suite. J’ai dit au chirurgien que je voulais changer l’opération. Il m’a dit ‘‘après-demain, on peut le faire’' ». Seul un passage devant deux psychiatres a été nécessaire pour valider l’opération de réassignement sexuel. Cinq jours plus tard, elle sort de l’hôpital : « Bangkok, c’est la Mecque pour les opérations de réassignement sexuel. Ils en ont 50.000 par an. En France, ils en font 160. Mon chirurgien à lui tout seul en fait 200 par an ! ».

Briser les préjugés

Céline Audebeau est la première personne à avoir été reconnue officiellement dans le nouveau genre au Vietnam. Ce pays d’Asie lui semble beaucoup plus tolérant à l’égard des personnes transgenres que la France : « Je suis passée à la télé au Vietnam et en France et le lendemain, les attitudes étaient complètement différentes. Au Vietnam, les gens me reconnaissaient dans la rue, ils voulaient prendre des selfies, me serrer la main ou faire un hug. En France, ce sont des chuchotements ! Les Vietnamiens ont une tolérance beaucoup plus élevée que les Français car c’est quelque chose de nouveau pour eux qui ne les troublent pas outre mesure. En France, il y a encore une terrible image de la folle et beaucoup de préjugés à casser. C’est mon boulot ! ».

Du masculin au féminin mon parcours singulier Céline Audebeau

La Française compte briser les préjugés grâce à son livre Du masculin au féminin : mon parcours singulier. Avant sa transformation, elle disait clairement vouloir être transparente et que personne ne fasse attention à elle. Mais face à la souffrance véhiculée sur les réseaux sociaux, elle a décidé d’écrire : « Ma transition s’est tellement bien déroulée,  je me suis dit qu’il fallait faire passer des messages positifs. Dans mon parcours, je n’ai connu aucune réticence de qui que ce soit, j’ai conscience d’être extrêmement chanceuse. Cette chance, je l’ai construite au fil des années, il n’y a pas de hasard. Du jour où l’on s’accepte, que l’on apprécie cette nouvelle image, on devient invincible. »

Du masculin au féminin, mon parcours singulier de Céline Audebeau, éditions Kawa, 2019, 21,95€

2 Commentaire (s)Réagir
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Ladywasky mar 18/06/2019 - 05:55

Quelle imposture ! La première personne à l'avoir fait au Vietnam est une vietnamienne, Ann Phong, Et un film a été réalisé à son sujet puisque son histoire a fait évoluer les lois au Vietnam. Par ailleurs, les cliniques auxquelles cette dame a eu accès sont, de par leur coût, accessibles uniquement a des personnes"fortunées" du monde occidental ou a quelques rares privilégiées dans ce pays. Un peu facile de tirer la couverture à soi en usurpant des mérites qui ne sont pas les siens. Cet article est une honte !

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Kriss mar 30/04/2019 - 01:36

La vie humaine est née grégaire et cette communauté de vie obligatoirement partagée entraîne sans même que l’humain intervienne individuellement ce que l’on appelait il y a un siècle encore « les bonnes mœurs » soit un équilibre convenu pour qu’il n’y ait pas de heurts de société. Toutefois l’acceptation ou le refus était à l’appréciation de chacun car chacun était encore libre de se dire pour ou contre et même de défendre ses idées sans qu’on lui tombe sur le dos pour ne pas penser « dans le bon sens » ! Or de nos jours, ne pas penser comme tout le monde pense est répréhensible. On en est arrivé même à en légiférer pénalement ! Alors bien pire évidemment sur cette lancée, aujourd’hui quand une majorité ne pas pense pas comme une minorité le voudrait l’opprobre pestiférée est devenue la mode légale! Fascisme et dictature ne sont donc pas loin et bien pire car on prétend raciste xénophobe homophobe etc. l'autre alors qu’on l’est en fait soi-même ! Là est la gravité qu'on ne perçoit pas! L’exception que présente cet article, la situation très minoritaire ici évoquée fait simplement qu’une majorité n’y est pas encore « habituée » et que des sentiments simplement normaux sont naturellement humainement réticents ! On ne se sent pas à l’aise d’en parler, de le voir, de le comprendre et alors est-ce un crime ? Quoi de plus naturel ? A l'inverse cette situation devrait nécessiter de la part de "l'exception" une plus grande compréhension des autres pas préparés à le comprendre. Ils n’y sont en fait pour rien car leur monde est ainsi. Ainsi l’exception, au lieu de comprendre qu'il s'agit d’attendre sagement discrètement que le temps passe et s’adapte pour faire que l'exception ne le soit plus un jour, à contrario, fait trop souvent trop vite tapage médiatique, démonstrations agressives, attitudes provocantes etc …. ce qui n’aide pas les choses. Tout « positivisme » minoritaire trop brutal non préparé par le temps est généralement à proscrire c’est agresser la majorité en la démontrant idiote arriérée ringarde alors qu’elle est simplement normale dans la normalité grégaire du moment ! Outrances et brutalités venant d’une source minoritaire sont formes de dictature qui risquent d’en déclencher une plus forte majoritaire un jour en face. Le temps fait les choses qu’il doit faire à son rythme et les apprentis sorciers n’y pourront jamais rien ! On n'en suit pas le chemin!

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