

REQUIEM POUR UN MASSACRE : Une « symphonie de l'enfer » magistrale, inoubliable, terrifiante.
Un choc de feu, de sang, de violence? Apocalypse Now, Il faut sauver le soldat Ryan, deux chefs d'?uvre du film de guerre signés respectivement Coppola et Spielberg, nous avaient déjà entraînés sur les chemins de l'horreur. Mais Requiem pour un massacre, enveloppé dans une esthétique à la fois sublime et effrayante, bercé par une musique élégiaque, nous percute de plein fouet tant l'infamie nous suffoque, l'abjection nous révolte.
Né à Stalingrad, Elem Klimov a connu les bombardements, la traversée de la Volga, l'exode vers l'Oural avec sa famille. Il se souvient de visions enfantines cauchemardesques, d'un Stalingrad en feu, de réservoirs bombardés laissant échapper du pétrole, déversés dans un fleuve brûlant. Sa mère veillait sur lui;son père, lui, combattait. Klimov a vu l'enfer et ses visions hallucinées l'ont poursuivi durant toute son existence? il nous les livre ici.
Dans un village de Biélorussie occupé par les troupes nazies pendant la Seconde Guerre mondiale, un jeune garçon décide de s'engager chez les partisans malgré le désaccord de sa mère. Klimov s'attache à ses pas et en fait le témoin innocent de l'horreur absolue. Avec une rigueur monstrueuse et une maestria hallucinante, le cinéaste colle à la subjectivité du personnage principal, faisant partager crûment aux spectateurs sa lente dégradation physique et morale jusqu'au massacre de la population par les nazis dont il est le témoin anéanti. D'images choc en plans-séquences insoutenables, les mouvements de caméra étourdissants (au Steadycam), continuellement entre malaise et tumulte, distillent une émotion de tous les instants. Aucun voyeurisme, aucune complaisance ni héroïsation hollywoodienne ne perturbent ce chaos sanguinaire à la fois abject et envoûtant, ce voyage au bout de la nuit aussi absurde qu'implacable.
Bonus :
Les éditions Potemkine proposent des suppléments remarquables tant par leurs diversités que par leur adéquation avec ce film aux fulgurances infernales.
Les pertes humaines en Biélorussie : bref documentaire d'environ cinq minutes aux images douloureuses d'un village incendiée par des troupes allemandes. L'atrocité des événements montre à quel point Klimov s'est approché d'une réalité insoutenable.
L'offensive des partisans en Biélorussie : un court documentaire didactique sur les origines du conflit.
Interview du réalisateur Elem Klimov, de l'acteur Aleksei Kravchenko et du directeur artistique Viktor Petrov : Ces entretiens passionnants illustrent parfaitement la gestation parfois difficile de cette ?uvre magnifique.
Gérard CAMY pour www.lepetitjournal.com - Monaco, 18 octobre 2007
Infos: Requiem pour un massacre, film russe d'Elem Klimov (1985) 2 DVD Editions Potemkine. 2007




































