Édition internationale

LANGUE – L’Italie vous en fait voir de toutes les couleurs...

Que vous voyiez toujours la vie en rose ou que vous soyez souvent d'humeur noire, peu importe. Vous serez surpris de découvrir à quel point la perception et l'utilisation des couleurs change d'un pays à l'autre. Il suffit parfois tout simplement de traverser les Alpes?

Nous vivons dans un monde haut en couleurs. D'ailleurs c'est bien connu : les couleurs éveillent nos envies et reflètent nos états d'âme. Dans ce domaine, les conseils et les indications ne manquent pas. Problèmes d'insomnie ? Pour votre chambre, préférez les nuances reposantes, propices à la détente. Un nouvel amour à l'horizon ? Un rouge à lèvres brillant à la texture soyeuse et séduisante s'impose? En fait, c'est la nature qui nous l'a appris : dans le monde végétal et animal les couleurs ont un sens, une fonction bien précise. Il suffit de penser au mimétisme utilisé pour se défendre des prédateurs, ou aux couleurs vives qui facilitent la reproduction. Les hommes toutefois ne se limitent pas à cet alphabet de communication visuelle et ils se servent également du langage pour créer des codes avec les couleurs : Maison Blanche, maillot jaune, marché noir, numéro vert? les exemples ne manquent pas.

Le giallo en italien est un policier, à cause de la couleur qui caractérise les polars de la maison d'édition Mondadori? (photo Lpj)

Couleur locale ou couleur tragique ?
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, dirait Candide, jusqu'au moment où nous décidons de traverser une frontière et, là, nous sommes contraints de nous rendre à l'évidence : ces codes divergent parfois en passant d'une langue à l'autre. Je ne parle pas de la? couleur locale, mais plutôt d'une difficulté de communication qui est souvent à l'origine de bien des malentendus ! Prenons le cas d'un touriste français qui déciderait de visiter l'Italie en voiture : au bout de quelques virages sur le sol italien, le récit de ses péripéties pourrait prendre une? couleur tragique? si personne ne l'avait averti que de l'autre côté des Alpes les panneaux indiquant l'autoroute sont verts et non pas bleus comme en France !


Pour aller à Turin par l'autoroute, faut-il tourner à droite ou à gauche? (Photo Lpj)


Des goûts et des couleurs? peut-on en discuter ?

Mais pour lui, ce ne sera que le début. Son séjour en terre italienne sera souvent accompagné d'une impression étrange et déroutante, comme si un Arlequin farceur décidait de temps en temps de choisir au hasard un losange dans la gamme bariolée de son beau costume, et ce sans le prévenir ni déclarer ses intentions : en d'autres mots? sans annoncer la couleur ! C'est ainsi qu'il découvrira par exemple qu'en Italie le jaune d'?uf est rouge (rosso d'uovo), que le feu ne passe pas à l'orange mais au jaune (giallo), et qu'il existe des nuances de couleur bizarres comme le vert petit-pois (verde pisello) ou le bleu poussière (azzurro polvere) ! Pris au piège par toutes ces virevoltes multicolores, il comprendra alors pourquoi en latin les verbes "colorier"et "celer"(cacher) sont issus de la même racine : d'après l'étymologie, la couleur ne serait donc qu'un maquillage savant pour dissimuler la force essentielle du simple trait noir et pour détourner le regard de la vraie nature des choses? Et pourtant, ne serait-il pas triste de vivre dans un monde en noir et blanc ? ? ou faut-il plutôt dire in bianco e nero (en blanc et noir) ?
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com - Turin) mardi 16  juin 2009
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.