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HISTOIRE - Pulau Bidong, l’île paradisiaque qui devînt un camp de réfugiés

Par Lepetitjournal Kuala Lumpur | Publié le 08/10/2012 à 10:27 | Mis à jour le 21/11/2012 à 12:35

Tout le monde connaît l'histoire tragique des boat people, ces bateaux de fortune qui fuyaient le régime communiste vietnamien après la chute de Saïgon. L'affaire avait fait grand bruit en France avec notamment Sartre et Aron, qui s'étaient alors alliés pour défendre leur cause. Le Petit Journal vous emmène sur les traces de ces boats people en Malaisie, plus précisément à Pulau Bidong, où 250.000 Vietnamiens échouèrent.

 

Bloqués aux portes de la Malaisie
L'exode des boat-people vietnamiens fut spectaculaire. Plusieurs millions de personnes sur la mer qui fuyaient le régime communiste. Pour ceux qui réussissaient à échapper aux intempéries, aux maladies ou encore aux pirates, l'issue du voyage était souvent un mystère. Alors, pourquoi pas la Malaisie ?

Pulau Bidong devînt ainsi un port d'arrivée de fortune. En mai 1975, un premier bateau de 47 réfugiés vietnamiens débarqua, suivi par d'autres embarcations remplies de voyageurs épuisés. En 1978, devant le nombre croissant de boat-people, la Malaisie consentit à déclarer officiellement l'île, camp de réfugié.

Bloqués sur Pulau Bidong, les Vietnamiens n'avaient pas accès à la péninsule malaisienne. Le rêve de chacun ? Pouvoir immigrer vers un autre pays et plus particulièrement les Etats-Unis. De 1975 à 1991, près de 250.000 personnes passèrent par Pulau Bidong, laissant ainsi une trace indélébile sur ce morceau de terre malaisienne, rebaptisée par ces habitants de fortune "little Saïgon" mais également "l'île des douleurs".

Prévu pour 4.500 réfugiés, le camp accueillit au plus fort de son occupation 40.000 personnes. Afin d'assurer un semblant de bien être, des maisons longues furent construites. Des écoles, des magasins, une poste, une église et même des bars fonctionnaient au sein de la petite communauté. Pour les Vietnamiens, la vie semblait poursuivre son cours malgré le pittoresque de la situation et le manque d'eau. L'Etat Malaisien était néanmoins présent à travers la police qui assurait la sécurité, mais également les travailleurs sociaux qui aidaient aux tâches de l'île.

 

Une seconde génération en quête d'histoire
Peu à peu, les Vietnamiens quittaient Pulau Bidong de grès ou de force. A chaque fois, la cérémonie d'adieu était un moment important de l'île durant lequel le traditionnel chant du départ vietnamien "Demain tu vas partir" (le Bièn Nhô) était entonné par les habitants.

Aujourd'hui, difficile de partager l'expérience commune lorsque Pulau Bidong, elle-même est à l'abandon ! Alors, internet permet de retisser des liens entre tous ces Vietnamiens dont l'histoire est marquée par les Boat-people. Certains enfants qui sont nés à Pulau Bidong racontent  les souvenirs de leurs parents comme Thi Ly sur son blog :

"Le couvre-feu était à 23h30 et la police de l'île le faisait respecter à la lettre. Les Vietnamiens, malins, avaient creusé à l'insu des autorités des salles en dessous de leurs maisons pour pouvoir se voir, jouer aux cartes ? Ainsi, la vie continuait après 23h30 ! Ces pièces sous terre ont été découvertes au moment de la destruction des habitations à la grande surprise des autorités".

Le blog "Pulau Bidong" est le symbole de ce besoin de partager une expérience commune difficile dont les rescapés n'ont souvent que des photos à montrer à leurs enfants :

"En créant ce blog, nous souhaitons permettre aux jeunes Vietnamiens de langue française de mettre des mots et des images sur un passé trop souvent mis entre parenthèses par leurs parents, parce que trop douloureux. Nous espérons qu'ils pourront ainsi se réapproprier ces bribes de leur histoire qui leur font défaut pour trouver la place qui est la leur dans l'histoire d'aujourd'hui".

Eparpillés aux quatre coins du monde, les réfugiés n'étaient qu'en transfert sur cette île. Ils sont donc à la recherche d'histoire et plus globalement de sens. Une quête difficile lorsqu'il n'existe plus vraiment de repères pour se recueillir !

 

Après les réfugiés, les plongeurs ?
Après la fermeture du camp en 1991, l'île fut laissée à l'abandon jusqu'en avril 2012. Ahmad Said, le responsable de la région du Terranganu, affirma alors qu'il maintiendrait une position ferme sur la protection du patrimoine naturel autour de l'île : "Le nombre de touristes sera limité car nous ne voulons pas que le corail soit abimé " . Autant de précautions pour le corail n'ont jamais été prises dans d'autres îles malaisiennes, comme Redang quelques dizaines de kilomètres au nord de Bidong? Alors qu'un réel tourisme "de mémoire"  pourrait être mis en place pour les nombreux Vietnamiens qui sont passés par cette île, le gouvernement malaisien ne semble pas vouloir privilégier cette option, peut-être pour ne pas froisser les autorités du pays communiste. Ces dernières avaient d'ailleurs réussi à faire enlever un mémorial que les anciens réfugiés avaient érigé pour remercier leurs bienfaiteurs.

Force est de constater que la Malaisie souhaite tourner la page de l'histoire des réfugiés vietnamiens échoués sur ses plages. En somme, les paroles de la chanson du départ apparaissent aujourd'hui presque prophétiques : "La mer laissera-t-elle entendre son murmure / En ces jours mornes / Pluie ou soleil / Dans l'attente de tes nouvelles / Face à la violence du vent / Tristesse." Face à la violence du temps qui balaie la petite histoire, il ne restera surement qu'un simple murmure de la mer de l'expérience de ces 250.000 Vietnamiens qui échouèrent sur une petite île malaisienne !

Renaud Voisin (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mardi 9 Octobre 2012


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