Tous les jours, sur la station publique Radio exterior de Espana (REE), la Madrilène Karmen Garrido , amoureuse de la langue de Molière, anime et participe à la fabrication d'une heure de programmes en français. Rencontre
Lepetitjournal.com : Comment est découpée votre tranche horaire quotidienne ?
Karmen Garrido : Il y a d'abord un journal en direct, avec des informations, de l'actualité du jour sur l'Espagne et sur le monde entier. Ensuite, deux minutes de sport, le flash et les pages culture. Dans la partie actualité, nous abordons toujours un sujet chaud. Nous nous intéressons également à ce qui touche au bassin méditerranéen, ainsi qu'à l'actualité musicale espagnole et celle de la musique traditionnelle. Et cela tous les jours, du lundi au vendredi. Le week-end, les émissions de la semaine sont rediffusées. Depuis un an, il est possible de nous suivre via Internet et de s'exprimer. Nous donnons la parole à ceux qui nous écoutent dans le courrier des auditeurs. Les messages et les courriels nous arrivent d'un peu partout. Curieusement, la France nous écrit beaucoup. Le Canada et l'Afrique aussi.
De quelle(s) partie(s) vous occupez-vous ?
J'ai en charge les pages culture en Espagne et à l'international. Il y a dix-sept minutes environ qui sont consacrées aux sciences et technologies. J'y ai par exemple reçu Luc Montagnier, le Prix Nobel de médecine 2008 ou des chercheurs de l'organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) qui ont travaillé sur l'accélérateur de particules. En ce moment, j'essaye de rentrer en contact avec une scientifique qui est à bord du bateau laboratoire Hesperides et qui fait des recherches sur toutes les mers du monde. Je ne sais pas exactement où il est à présent et il faut donc que je le localise, pour ensuite réaliser l'interview par satellite. Une doctoresse travaille également avec moi pour cette partie qui s'appelle Millenium et que j'alterne avec un face à face entre une personnalité importante du moment et moi même. Dernièrement, j'ai accueilli Gérard Mortier, le directeur artistique du Théâtre Royal de Madrid.
Combien de personnes travaillent à vos côtés ?
Pour cette émission qui s'appelle "émission en français" ou "émission en langue française", nous sommes trois. Iman, qui est algérienne et Guillaume qui est français, animent le journal. Il reste l'Espagnole. C'est moi ! Une de nos particularités est de devoir tout faire nous même. Chacun est en charge de fabriquer son propre programme, de préparer les sons, les ambiances, les enregistrer puis les envoyer au studio. Nous sommes à la fois les producteurs, les speakers, les présentateurs… Avec un tel volume de travail, nous ne pouvons pas aller beaucoup sur le terrain. Excepté par exemple, lorsqu'un satellite espagnol a été lancé à Valladolid, là, je trouvais nécessaire de me déplacer.
Pourquoi exercer votre métier de journaliste en français ?
J'ai étudié le français au Lycée français de Madrid. Ici, nous avons besoin de gens qui le parlent parfaitement, car il faut rédiger, interviewer et faire la locution en français. Et c'est ce qui me plaît ! J'ai reçu en novembre 2010 le prix du journalisme radio du conseil régulateur du Cava. C'était la sixième édition et la première fois qu'un programme en langue étrangère la remportait. J'ai réalisé une émission spéciale sur le vin mousseux Cava (qui correspondrait au champagne français). J'ai invité un cuisinier, un œnologue, le président de la confrérie du cava… et nous avons fait un beau parcours dans l'univers du mousseux.
La radio est votre média de prédilection…
J'ai travaillé à Radio nacional de Espana (Rne) pendant quatre ans. Je l'ai quitté pour la télévision, avant d'y revenir, dans cette émission en français. Cette radio, c'est ce que j'appelle "la petite ONU", car il y a la langue arabe, la brésilienne, l'anglaise, la russe et la française. J'ai travaillé dans des médias de l'écrit, à la radio, à la télévision et je trouve que la radio est plus difficile tout en ayant cette magie particulière. Face à l'écran, l'attention des téléspectateurs est partagée entre divers terrains, diverses choses. A la radio, c'est plus compliqué. Seuls la voix, le ton et le rythme permettent de capter le public. De transmettre des sensations aussi. Les auditeurs laissent aller leur imagination et se font une idée de toi. Pour l'un, je mesure 1 mètre 90 et je suis blonde. Pour un autre, je suis une jeunette. Chacun se représente l'animateur comme une personne différente physiquement, rien que d'après ta voix, éminemment personnelle. Je trouve cela vraiment très beau.
Propos recueillis par Mathilde BAZIN (www.lepetitjournal.com – Espagne) jeudi 7 avril 2011
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