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JUSTICE - L'expo "A corps ouverts" enterrée vivante

Après avoir fait le tour du monde et séduit plus de 30 millions de personnes, "Our body, à corps ouverts", l'exposition anatomique de vrais corps humains, a été interdite en France, par une décision du Tribunal de grande instance de Paris. Retour de l'obscurantisme ou respect de la mémoire des morts : la polémique est à vif

L'exposition controversée, "Our body, à corps ouverts"présentant 17 cadavres d'hommes et femmes Chinois, entiers ou disséqués, parfois dans des postures de la vie quotidienne, est désormais interdite en France suite à une plainte conjointe de "Solidarité Chine"et "Ensemble contre la peine de mort". Les deux associations jugent qu'il y a atteinte au respect, à la dignité et à la décence ainsi qu'à l'inviolabilité et à l'intégrité du corps humain.

A Paris, la Cité des sciences avait refusé d'accueillir l'exposition et c'est finalement à l'Espace Madeleine qu'elle s'est ouverte le 12 février dernier où elle devait être présentée jusqu'au 10 mai. La société Encore Events, organisatrice du projet le présente comme l'occasion de révéler "toute la complexité du corps humain". Il s'agit de "montrer au public ce que seuls les médecins et les scientifiques avaient la faculté de voir", par l'utilisation de la "plastination", une technique qui permet par imprégnation polymérique la préservation des structures de tissu vivant les plus fines jusqu'au niveau microscopique. Cette méthode a été inventée en 1977 par l'auteur du projet World Body, le Dr. Von Hagens.

Un jugement moral et artistique
Pour justifier sa décision, le juge du Tribunal de grande instance de Paris, Louis-Marie Raingeard, s'est appuyé sur la toute nouvelle loi de décembre 2008, relative à l'utilisation des corps après la mort. "L'espace assigné par la loi au cadavre est celui du cimetière"affirme t-il avant de rappeler que la loi "prohibe les conventions ayant pour effet de marchandiser le corps". Il attaque aussi l'angle éducatif, jugeant "la présentation met en ?uvre des découpages qui ne sont pas scientifiquement légitimes, des colorations arbitraires, des mises en scènes déréalisantes"ainsi que la volonté artistique "l'exposition épuise le mouvement artistique dans lequel elle prétend se situer en substituant à la représentation de la chose, la chose-même". Ainsi les organisateurs ont 24 heures pour fermer l'exposition, avec une astreinte de 20.000 euros par jour de retard. Les corps devraient être placés sous séquestre afin de rechercher une solution "conforme aux droits de l'inhumation".

Pour le commissaire scientifique de l'exposition Hervé Laurent "l'exposition accorde beaucoup de dignité au corps humain. Nous militons pour le respect des corps et cette exposition contribue à une meilleure connaissance de soi-même". Pascal Bernardin, le gérant d'Encore Events, s'engage à respecter le jugement bien qu'il le trouve "aberrant". Il refuse le démantèlement tant que la cour d'appel n'aura pas émis un arrêt.

Des victimes d'exécutions en guise de modèles ?
ECPM et Solidarité Chine soupçonnaient aussi les corps d'être ceux d'anciens prisonniers ou condamnés à mort car tous sont des ressortissants chinois, jeunes, et ne présentant aucune pathologie particulière. De plus, les associations avancent que, de l'aveu même du Docteur Von Hagens, certains des corps exposés en Allemagne, présentaient une balle dans la tête. En 2004, la justice allemande avait déjà accusé le Dr Von Hagens de participer à un trafic de corps en Chine, sans pouvoir le prouver. Encore Productions, indiquant que les corps ont été fournis par la fondation Anatomical Sciences and Technologie de Hong Kong, selon laquelle les personnes exposées ont donné leur consentement de leur vivant, la cour de Paris n'a pas retenu ce motif dans son jugement.

Fascination morbide ou simple curiosité : l'exhibition fait recette
L'exposition, la dernière d'une série d'exhibitions de corps humains nommées World Body qui circulent dans le monde entier depuis 1997, a déjà suscité la curiosité de plus de 30 millions de visiteurs. En France, l'exposition a accueilli 110.000 spectateurs à Lyon, 35.000 à Marseille et l'organisateur en espérait 300.000 à Paris. Les organisateurs précisent qu'aujourd'hui "il y a 18 à 20 expositions anatomiques du même type en ce moment à travers le monde, aux Etats-Unis ou en Europe, qui n'ont jamais été interdites".
Laetitia Gueugnon (www.lepetitjournal.com) mercredi 29 avril 2009

A voir :

Le site des expositions Body World - Original exhibition of real body
L'article d'Ouest France : L'exposition anatomique interdite à Paris
L'interview du Dr Von Hagens par Der Spiegel en novembre 2006
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