

Après les phrases choc de Nicolas Sarkozy sur la responsabilitédes juges dans l'affaire Crémel, les syndicats de magistrats se sont adressés hier àJacques Chirac pour que soit respectée l'indépendance judiciaire. Si Jacques Chirac n'a pas encore donnéde réponse aux syndicats, la réaction de Pascal Clément, le Garde des Sceaux, n'a pas étéjugée satisfaisante
Entre les phrases provoc de Sarko et les réactions des magistrats, Pascal Clément ne sait plus àquel saint se vouer. (Photo : AFP)
Il n'aura pas fallu plus de trois semaines àNicolas Sarkozy pour semer la zizanie au sein du nouveau gouvernement. Avec ses déclarations très controversées sur la remise en libertéde Patrick Gateau, l'un des meurtriers présumés de Nelly Crémel, le ministre de l'Intérieur a même trouvéle moyen de refroidir les relations entre Pascal Clément, ministre de la Justice, et les syndicats de magistrats.
En plein conseil des ministres mercredi, Nicolas Sarkozy s'est adresséàJacques Chirac pour savoir ce qu'il allait «advenir du magistrat qui a oséremettre en liberté »Patrick Gateau, qu'il a qualifiéde «monstre ». Le meurtrier présuméde Nelly Crémel avait déjàétécondamnéàperpétuitéen 1990 pour un autre crime. Il y a deux ans, un collège de trois magistrats avait réexaminéson dossier avant de lui accorder la remise en liberté. Pour le ministre de l'Intérieur, les juges àl'origine de la libération de Patrick Gateau devraient «payer »pour la «faute comise ».
Les propos de Nicolas Sarkozy n'ont pas tardéàfaire réagir. Hier matin, le Garde des Sceaux a déclaréque la décision des magistrats avait étéprise dans le respect absolu de la loi, «sur la base d'avis et d'expertises, en application des dispositions légales ». Ce àquoi Sarko a cru bon de rétorquer que «62 millions de Français »s'interrogent sur «la responsabilitédes juges dans l'assassinat de Nelly Crémel ».
Les magistrats au front
La réaction plutôt virulente des syndicats de magistrats ne s'est pas faite attendre. Ils ont d'abord reprochéàPascal Clément d'avoir adresséune réponse «insuffisante »aux «propos outranciers et sans précédent »du caïd de la place Beauvau. Nicolas Blot, secrétaire général de l'Union Syndicale des magistrats (USM) a déclaréqu'il attendait du Garde des Sceaux « qu'il affirme sa compétence »ainsi que « l'indépendance de l'autoritéjudiciaire ».
Ensuite, les syndicats en ont appelédirectement au chef de l'Etat. L'USM a adresséune lettre àJacques Chirac ? qui de part ses fonctions est également le président du Conseil supérieur de la Magistrature (CSM)- afin que ce dernier «mette tout en ?uvre pour assurer le respect de la séparation des pouvoirs ». Une demande appuyée par le Syndicat de la Magistrature, qui s'est empresséde saisir le CSM pour que soit observée «l'indépendance de l'autoritéjudiciaire ».
Le CSM s'est rangédu côtédes syndicats, exprimant au chef de l'Etat sa «vive inquiétude »devant les propos de Nicolas Sarkozy.
Du côtéde la présidence, on fait le mort. Jacques Chirac tranchera-t-il, ou laissera-t-il ses ministres s'étriper mutuellement ?
Julie SAMIT. (LPJ) 24 juin 2005




































