

John Demjanjuk, soupçonné d'être un ancien garde d'un camp nazi polonais et d'être responsable de la mort de 29.000 prisonniers juifs, n'a finalement pas été extradé des Etats-Unis vers l'Allemagne. Bien qu'aujourd'hui libre, l'homme âgé de 89 ans, pris pour un temps pour "Ivan le terrible", devra une nouvelle fois s'expliquer sur ses activités lors de la 2e guerre mondiale
(Rédaction Internationale)
John Demjanjuk lors de son procès à Jérusalem, en 1988 (AFP)
Aussitôt interpellé, aussitôt libéré
C'est un homme affaibli et en fauteuil roulant que les services de l'immigration américains sont venus chercher mardi dernier à son domicile de Seven Hills, près de Cleveland dans l'Ohio. John Demjanjuk, 89 ans, fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la justice allemande pour sa participation présumée à l'assassinat de 29.000 juifs dans le camp de la mort de Sobibor en Pologne, pendant la 2e guerre mondiale. C'est finalement sur le chemin de l'aéroport de Cleveland que la cour de justice de Cincinnati lui a accordé in extremis un sursis, le temps d'examiner les éléments de sa demande d'appel. Le vieillard a donc pu regagner librement son domicile plus tard dans la journée.
Rattrapé par son passé
Le sursis sera sûrement de courte durée pour l'Ukrainien dont l'histoire a fait couler beaucoup d'encre. Immigré aux Etats-Unis dès 1952, John Demjanjuk est extradé puis jugé en Israël, en 1988, après avoir été reconnu comme étant le tristement célèbre "Ivan le terrible", le monstrueux garde nazi du camp de Treblinka en Pologne. Il sera alors condamné à mort pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité mais de nouveaux éléments apportés par l'ex-KGB l'innocenteront. Il retourne alors aux Etats-Unis où il vit des jours heureux avant que de nouvelles informations, cette fois-ci à charge, ne l'accusent d'avoir travaillé entre mars et septembre 1943 dans le camp de Sobibor. Munich lance alors une procédure d'extradition pour 29.000 chefs d'accusations de complicité de meurtre.
Victime ou bourreau ?
"Son travail dans le camp de la mort de Sobibor était de faire rentrer les hommes, les femmes et les enfants dans la chambre à gaz. Il n'a eu aucune pitié, aucune compassion et aucun remords pour les familles dont il a détruit la vie pour toujours," a déclaré Rabbi Marvin, fondateur du Centre de défense des droits de l'Homme, le Centre Simon Wiesenthal, qui souhaite enfin voir le présumé criminel de guerre derrière les barreaux.
John Demjanjuk a toujours réfuté toute responsabilité, déclarant avoir été fait prisonnier par les Allemands en 1942 alors qu'il était dans l'armée soviétique. Il affirme d'ailleurs qu'on l'avait forcé à travailler dans les camps. "L'Histoire montrera qu'il a été victime des Allemands en 1942, victime de l'Allemagne et des Etats-Unis lorsqu'il a été extradé en Israël pour y être acquitté, et aujourd'hui encore victime des Allemands en 2009" a déclaré son fils, John Demjanjuk Jr. La porte-parole du ministère de la Justice, Laura Sweeney a indiqué que le département de la justice américaine allait "continuer à poursuivre l'affaire devant les tribunaux". Malgré son grand âge et son mauvais état de santé, il est probable que John Demjanjuk soit expulsé vers l'Allemagne. Victime ou bourreau, comme le précise Rabbi Marvin : "'l'heure du jugement a sonné".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 16 avril 2009
En savoir plus
Dépêche AFP, En cours d'expulsion, Demjanjuk, l'ex-garde de camp nazi, obtient un sursis
Chronologie Le Matin, Les principales dates de l'affaire Demjanjuk
Article du Nouvel Obs, John Demjanjuk est sorti de prison quelques heures à peine après son interpellation


































