Édition internationale

JEUX PARALYMPIQUES - Les raisons du succès

Record de billets vendus, stades pleins, ambiance digne des plus grandes compétitions sportives internationales, Londres 2012 marque un tournant dans l'histoire du mouvement paralympique. Le secret : un savant mélange d'excellence sportive et de communication

(Crédit : AFP)

C'est déjà bien plus qu'un slogan. "Inspire a generation" est en passe de devenir une réalité. Comme l'avait promis le président du Comité international Philip Craven quelques jours avant la cérémonie d'ouverture, l'édition 2012 des Jeux Paralympiques, marquera l'histoire. Si Pékin en 2008 avait déjà placé la barre haute, Londres, récoltant aussi les fruits du succès médiatique de l'édition précédente, a encore élevé le niveau.

Gagner pour inspirer

Tous les athlètes sont unanimes : ils n'avaient jamais vu ça. Stades remplis, ambiance de folie?ils repartent de Londres avec des souvenirs plein la tête. L'enthousiasme qu'ont suscité ces Jeux auprès des Britanniques est tout sauf un hasard. Depuis sept ans et l'obtention du feu vert par le Comité International Olympique, Londres n'a qu'une idée en tête : faire de ce rendez-vous une fête inoubliable qui inspirera une génération. Premier ingrédient de la recette : l'excellence. Pour faire rêver, pour forcer l'admiration, pour donner envie, il faut avant tout gagner.

La Grande-Bretagne, à travers UK Sport, organisme qui gère le sport de haut niveau, s'est lancé en 2005 dans une grande campagne de recrutement à travers tous le pays. Le programme "Talent 2012 : Paralympic Potential" est mis en place pour repérer les individus aux talents encore méconnus et qui sont potentiellement médaillables. Une fois recruté, ces derniers sont alors pris en charge par UK Sport et peuvent se consacrer intégralement à leur nouvel objectif : participer aux Jeux Paralympiques 2012 et surtout, gagner. Jon-Allan Butterworth, 26 ans, médaillé d'argent en cyclisme, est issue de ce programme. Karen Darke est elle aussi passée par "Talent 2012 : Paralympic Potential" avant de monter sur la seconde marche d'un podium. La liste est encore longue.


C'est donc sur la performance et seulement la performance que la Grande-Bretagne s'est focalisée. Qu'ils soient valides ou handicapés et tant qu'ils représentent une chance de médaille, tous les athlètes reçoivent le même traitement : le meilleur. Entraineurs, accompagnent médical, scientifique, accès aux meilleurs installations, tout est pris en charge par UK Sport. C'est l'approche "No Compromise". Rien n'est trop beau pour les futurs champions, pas même un salaire directement versé par l'organisme. Résultat : dès 2008, les résultats se font sentir. Avec 102 médailles dont 42 en or, la Grande-Bretagne termine deuxième du classement des nations, derrière l'intouchable Chine. Mais surtout, les Britanniques découvrent leurs champions. David Weir, Sarah Storey ou encore Ellie Simmonds sont déjà des héros au parcours semés d'embuches et au destin hors-du-commun que la presse n'hésite pas à mettre en avant.

La médiatisation des champions

Car c'est aussi ça les Jeux Paralympiques et le public britannique en est friand. Les athlètes handicapés font la Une des journaux britanniques et y livrent leurs histoires pleines de courage et d'abnégation. Martine Wright, victime des attentats dans le métro londonien en 2005 et amputée des deux jambes, a participé aux Jeux avec l'équipe de volleyball assis. Dans le Guardian, elle n'hésitait pas à se livrer, racontant l'explosion, la rééducation, la découverte du volley et le "renouveau". "Je fais quelque chose d'incroyable que je n'aurai jamais pu faire, et tout ça après la journée la plus traumatisante de ma vie où j'ai failli mourir", expliquait la championne dans le quotidien. "Il n'y avait rien que je puisse faire pour empêcher ce qui s'est passé ce jour-là, cela devait arriver, et cela devait arriver parce que ? peut-être ? j'étais destinée à me trouver où je suis aujourd'hui".

Derek Derenalagi, champion d'Europe du lancer de disque, fait lui partie de ces nombreux soldats, blessés au combat, qui ont trouvé une seconde vie dans le sport grâce au programme "Battle Back" qui leur était réservé. Alors qu'il se trouvait en Afghanistan, son véhicule a roulé sur une mine anti-char. Les secours le croyaient mort et l'ont placé dans un sac mortuaire. C'est finalement un infirmier qui l'a sauvé in extremis en découvrant qu'il avait encore un pouls très faible. "Ma jambe gauche avait totalement disparu et celle de droite était déchiquetée à partir du genou. Je baignais dans mon sang", a témoigné Derek dans le "Daily Mail". "J'ai regardé les Jeux paralympiques de Pékin alors que j'étais alité et je savais que je pouvais aussi le faire", explique-t-il. "La chose la plus importante que j'ai apprise depuis l'accident est d'accepter tous les obstacles que la vie place devant vous. Rien ne peut changer cela. Par contre, vous pouvez changer demain". Et inspirer une génération en forçant l'admiration?

Les médias britanniques ont donc jouer un rôle très important dans l'engouement autour de ces Jeux Paralympiques. Les bandes-annonces à la télévision ont été très nombreuses et Channel 4 a fait de l'évènement le point majeur de sa programmation. 150 heures de retransmission, des spots remerciant les JO "pour l'échauffement" et une bande-annonce baptisée "Meet the Superhumans" qui a conquis le public. "La chaine britannique Channel 4 a encore repoussé les limites. Ils ont adopté une nouvelle approche et c'est enthousiasmant. Leur regard est tellement novateur que même nous, parfois, avons eu du mal à suivre", commentait Philip Craven.

Les Jeux Paralympiques au même niveau que les JO

Tout aussi important en terme de communication : l'action du Comité d'organisation des Jeux de Londres lui-même. "L'une des plus grandes victoires de Sebastian Coe est qu'il n'a jamais traiter les Jeux Paralympiques en marge des Jeux Olympiques. Les deux ont tout le temps été liés", nous confiait Gérard Masson, président du Comité Paralympique et Sportif français. "JO valides et paralympiques ont été conçus pour la première fois comme un seul événement", se félicitait lui aussi Philip Craven. En effet, dès la fin des JO, tout a été fait pour faire basculer l'engouement suscité vers les Paralympiques. Des événements ont eu lieu aux quatre coins du pays sur le parcours de la flamme paralympique et la cérémonie d'ouverture du 29 août dernier a été au moins aussi spectaculaire que celle mise en scène par Danny Boyle. "On sent vraiment que Londres prend ces Jeux au sérieux et respecte les athlètes paralympiques", témoignait d'ailleurs Damien Seguin, le porte-drapeau français, quelques minutes après son tour de piste

 

Channel 4 Paralympics - Meet the Superhumans from IWRF on Vimeo.


Londres a réussi le pari de rendre populaire les Jeux Paralympiques. Grâce à des tarifs abordables, 2,7 millions de tickets ont été écoulés. Un record. Plus de 160 pays participants, 4 200 athlètes et une couverture médiatique sans précédent. Plus de 4 millions de Britanniques étaient par exemple devant leur télévision pour la victoire d'Oscar Pistorius sur 400 mètres. Avec plus de 80 records battus en 10 jours, la performance sportive était elle aussi de la partie.

"Ca a été phénoménal. Je pense que la perception du handisport a changé chez tout le monde", a réagit "Blade runner", la star des athlètes paralympiques. "Les gens ne considèreront plus jamais les personnes handicapées de la même façon", a commenté Sebastian Coe. Ces Jeux ont "sans aucun doute changé pour toujours l'attitude que ce pays avait envers le handicap", pense lui le Times. Quant aux Brésiliens, qui accueilleront la prochaine édition, ils ont déjà promis "de placer la barre encore plus haut". C'est ce qui s'appelle "inspirer une génération".

Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/jeux-olympiques) lundi 10 septembre 2012

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