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Pourquoi ont-ils fait le choix d'apprendre le français ?

Par Athénaïs Pinard Legry | Publié le 19/03/2020 à 23:15 | Mis à jour le 22/03/2020 à 05:47
Institut français professeur

Les raisons ne manquent pas d’aller dans un des deux bâtiments de l’Institut Français d’Indonésie à Jakarta : conférences, emprunts à la médiathèque, projections cinéma, évènements, suivre des cours ou même faire un karaoké. Si vous l’avez fait ne serait-ce qu’une fois, vos pas ont forcément croisé ceux d’un Indonésien francophile, et probablement l’un de ceux dont nous vous livrons le portrait ici. Rencontre fort sympathique .

 

Dwi, attachée de presse, embauchée en 2015

Dpi IFI Jakarta

Le premier choix de langue de Dwi, c’était le japonais. Elle s’est tournée vers le français par défaut en 2005. Elle n’avait pas réussi à valider un niveau suffisant pour aller étudier au Japon.

Elle apprend le français au Centre Culturel Français de Salembah. Grâce à une bourse d’étude du gouvernement français, elle poursuit son rêve de faire des études à l’étranger : une année à Sciences Po Toulouse et une autre à Paris 8. « Le plus difficile dans le français, c’est écrire. Rédiger une thèse. C’est très différent du parler. La grammaire prend toute son importance ». À son retour en 2009, Dwi était au meilleur de son niveau et regrette d’avoir un peu perdu depuis.

De son séjour en France, Dwi retient son groupe d’amis internationaux – devenir amie avec des Français était plus compliqué car ceux-ci étaient déjà bien installés – et la communauté indonésienne qu’elle a rencontrée. « À Toulouse, j’ai participé à la journée indonésienne. J’ai dû danser la danse traditionnelle à cette occasion, mais je ne savais pas la danser ! J’ai appris sur YouTube. Je voulais devenir diplomate. »

À son retour, la jeune fille a en effet tenté le concours du Ministère des affaires étrangères indonésien. Ne l’ayant pas obtenu, elle s’est essayée au professorat, sans grand plaisir. C’est alors qu’elle est devenue adjointe à l’attaché de coordination de l’Institut Français d'Indonésie. Elle y est restée jusqu’à son poste actuel car elle a plaisir à travailler dans une atmosphère française. Même si, de son propre aveu : « nous parlons en indonésien entre employés locaux et non en français ».

Une personnalité française que vous retenez ? « Pas en particulier, mais des BD que j’ai trouvées super. Il y a toujours une partie dédiée dans les médiathèques en France, c’est un genre littéraire qui critique, qui est engagé… J’ai beaucoup aimé cela. » Dwi retient particulièrement les dessins de Wolinski.

Une personnalité indonésienne que vous voudriez nous faire connaître ? « Le réalisateur Joko Anwar : Joni's Promise (2005), Dead Time : Kala (2007), The Forbidden Door(2009)… Il a déjà eu des contacts avec la France car il est présent sur tous les festivals de cinéma ».

 

Tristia, directrice des cours de français depuis 2015

Trista IFI

Tristia est arrivée au français par hasard : son père, professeur, lui a proposé ce parcours d'enseignant pour suivre ses pas, au contraire de ses trois frères aînés qui avaient choisi d’autres filières. Elle s’est rendue à l’université professorale de Semarang (Java central) dans cet objectif. Mais par esprit de rébellion, elle a choisi la filière la plus étrangère possible avec pour idée d’essuyer un refus… c’était le français. Mauvaise stratégie puisqu’elle a eu le concours. « Au final mon père a été ravi, il m’a dit qu’il m’avait toujours vue dans une entreprise internationale ! »

Sortie major de sa promo, Tristia s’est tournée vers une formation de traductrice français-indonésien. Pour la première fois, elle passe 4 mois en France en 1999, entre Caen, Rennes, l’Île d’Oléron...de cité universitaire en cité universitaire et chez l’habitant. « J’ai trouvé difficile de me faire des amis. Mais une fois l’amitié créée, elle est sincère, fidèle, compréhensible; plus qu’en Indonésie je trouve. Même en cas de forte amitié, un Français n’hésite pas à dire s’il n’est pas disponible. En Indonésie, quand un ami débarque, on annule tout pour lui. Après, en France comme en Indonésie, l’accueil est au top. »

Tristia est retournée plusieurs fois en visite en France dans des centres de langues, notamment pour repérer les meilleures formations pour les professeurs qu’elle recrute à l’Institut Français d'Indonésie. Aujourd’hui, 6 600 étudiants sont inscrits à l’IFI et 3 500 élèves sont assidus. « Pour moi le plus difficile dans la maîtrise du français c’est la nuance, les double-sens. Par exemple j’ai toujours utilisé le verbe ‘trancher’ comme synonyme de ‘décider’. Je n’ai compris que récemment que c’était aussi un synonyme de ‘couper’. »

Une personnalité française que vous retenez ? « Garou, j’adore sa voix grave. Il est très sexy. »

Une personnalité indonésienne que vous voudriez nous faire connaître ? « Reza Rahadian. C’est notre Gérard Depardieu à nous. »

 

Bimo, adjoint de l’attaché culturel, embauché en 2016

Bio IFI Jakarta

Si vous avez croisé un jeune joueur de flûte sous les arbres de l’IFI, c’était probablement Bimo. Il a en effet étudié la musicologie, d’abord en apprenant à jouer du gamelan à Yogyakarta, puis en poursuivant pendant 4 ans et demi à…Rennes 2.

Bimo joue de nombreux instruments et avant tout, des instruments traditionnels indonésiens. Il pouvait partir en Allemagne mais a préféré la France suite à la visite d’une agence d’études dans son lycée. Il est ensuite passé par les services plus abordables de Campus France pour organiser son départ. « Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en arrivant en France » nous confie le jeune homme. « Quand je suis arrivé pour la première semaine de fac, je n’avais pas d’ami. Entre les classes, je jouais de la flûte que j’avais dans mon sac. Un prof a vu que c’était une flûte javanaise. Il m’a invité à le suivre dans son bureau. Il avait plein de documents sur la fabrication du grand gong à Solo - un procédé très traditionnel et sacré, similaire à la fabrication d’un kriss. Il avait fait son doctorat sur ce sujet. En réalité, c’était le doyen de la fac. Cette rencontre m’a conforté dans le fait que j’étais en fait bien tombé. »

Grâce au doyen passionné, Bimo rencontre le propriétaire d’un gamelan et continue à jouer. Un mois après son arrivée, il monte une association pour former des Rennais à jouer du gamelan. Au bout de 7 mois, ses élèves se produisent sur la scène d’un parc rennais pour la fête de la musique.

Dans cette promo se trouvait également la chanteuse Vira Talisa. À l’époque, elle n’avait encore jamais joué de musique. Elle a appris la guitare avec Bimo. Elle est ensuite devenue célèbre en Indonésie, avec des morceaux inspirés notamment de Françoise Hardy.

« Le fait de savoir jouer d’un instrument traditionnel m’a permis de jouer et de voyager partout en France. Je me suis fait un nom; j’ai été invité à de nombreux festivals, tel que le festival du film asiatique à Vesoul ». Ce qui l’étonne dans la culture française, c’est le nombre de familles recomposées, et surtout le fait qu’elles n’aient pas de problème à se retrouver autour d’une table. « En Indonésie, il n’y a pas tant de familles recomposées, mais surtout elles ne se réunissent pas du tout si facilement. »

Aujourd’hui, Bimo se produit avec son duo Rangkai Musik. Ils ont récemment intégré le programme 100 koncer gratis.

Une personnalité française que vous retenez ? « J’aime les compositeurs français expérimentaux tels que Pierre Boulez. Si j’étais resté en France, ça aurait été pour travailler à l’IRCAM [institut de recherche musicale]. Aujourd’hui les morceaux de musique sont de plus en plus courts, on diminue les couplets, les refrains, il faut que ce soit très rapide. J’apprécie ceux qui résistent à ça. »

Une personnalité indonésienne que vous voudriez nous faire connaître ? Emha Ainun Najib (alias Cak Nun). « Cet écrivain basé à Jogjakarta est devenu imam et a monté un groupe de gamelans pour délivrer les messages du Coran. »

 

Lydia, hôtesse d'accueil, embauchée en 2016

lydia IFI Jakarta

Lydia connaît peut-être mieux la littérature française que vous et moi. En tout cas, elle l’a étudiée pendant presque 6 ans à l’Université de Bandung Padjadjaran. Si elle s’est tournée vers ce cursus, c’est pour pouvoir ensuite briguer un poste dans une entreprise internationale. Elle a choisi le français plutôt que l’allemand « parce que le français est plus stylé ».

Après son diplôme, Lydia est partie près de Chantilly en Picardie en tant que jeune fille au pair. « L’expérience terrain était différente de l’université : certaines choses que j’avais apprises n’étaient pas correctes, par exemple ». Le plus difficile en France, à part manger du fromage qui lui manque aujourd’hui en Indonésie, savoir dire « non ». « C’était une plaisanterie dans ma famille d'accueil : qui veut du café ? Bon Lydia, tu vas dire forcément oui… ». Elle aimait les repas français où l'on parle beaucoup, notamment de politique. « En Indonésie, on ne discute pas en mangeant, un repas se passe d’ailleurs souvent devant la télé ».

Comme ses collègues, Lydia a choisi de travailler à l’IFI pour rester dans un environnement francophone et entretenir son niveau.

Une personnalité française que vous retenez ? « Kendji Girac, pour sa musique. Et l’actrice Marion Cotillard. »

Une personnalité indonésienne que vous voudriez nous faire connaître ? « Ce serait bien qu’Anggun soit plus connue en France ! C’est déjà l’Indonésienne la plus connue, mais elle mériterait de l’être encore plus ».

 

Reynaldo, responsable de la médiathèque, embauché en 2015

Reynaldo IFI Jakarta

Le responsable de la médiathèque est aussi un spécialiste en littérature française. Il l’a étudiée comme Lydia, à Padjadjaran à Bandung. Son auteure préférée, c’est Amélie Nothomb dont il a analysé le roman "Tuer le père" en faisant une thèse sur le rapport du fils à sa mère. Pour lui  « le plus difficile en français, c’est la grammaire. Et notamment la conjugaison : il y a plein de temps à apprendre. »

Reynaldo connaît bien la Baule : il y a passé un mois pour promouvoir la culture indonésienne. Avec des participants de 24 pays, ils ont visité des mairies, réalisé des échanges culturels. Reynaldo a notamment fait découvrir le beef rendang et ont terminé par un spectacle où Reynaldo a joué « Aux Champs Elysées » à la trompette. « Je me souviens particulièrement de la visite du mont Saint Michel. Nous avons marché sur la plage le matin, et quelques heures plus tard c’était couvert par la mer ! »

Suite à cet évènement, un Allemand et une Tchèque qu’il avait rencontrés sont venus le voir en Indonésie : « cela voulait dire que j’avais réussi ma mission de promotion. »

Après son diplôme, Reynaldo a travaillé pour le groupe français Total pendant 9 mois au service des achats. « Je ne pratiquais pas assez mon français, or je ne voulais pas perdre, comme c’était le cas de mes camarades de promotion, faute de pratique ». C’est ainsi qu’il intègre l’IFI Wijaya tout d'abord à l’accueil et aujourd'hui il est responsable de la médiathèque de l’IFI Thamrin.

Une personnalité française que vous retenez ? « J’aime bien Louane, car j’ai aimé le film La famille Bélier. J’ai presque pleuré en le regardant. »

Une personnalité indonésienne que vous aimeriez que les français connaissent ? Iko Uwais, un acteur qui a eu un petit rôle dans Star Wars VII (Le réveil de la force). « Il mériterait d’être plus reconnu comme étant Indonésien. »

 

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Athens PinardLegry Petitjournal Jakarta

Athénaïs Pinard Legry

Amoureuse des voyages et après plusieurs années passées à réaliser des études de marché à l'international, j'ai posé mes valises à Jakarta début 2019 et espère explorer au maximum ce nouveau pays.
1 Commentaire (s)Réagir
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erkade sam 21/03/2020 - 23:59

Chapeau pour eux. Les jeunes énergiques, actifs, productifs, heureux au travail. Juste une petite remarque, ce serait mieux de dire "Bahasa Indonesia" ou "Indonesia", ou tout simplement "l'indonésien" au lieu de dire juste le mot "Bahasa". "Kamu bisa ngomong Indonesia ?" (Tu px parler l'indonésien ?) "Saya bicara B. Indonesia dg teman2 kantor saya yg org indonesia & bicara B. Prancis dg org Prancis. " (Je parle indonésien avec mes collègues indonésiens et parle français avec les français).

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