Vendredi 22 octobre 2021
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Un couple, une passion des langues et deux dictionnaires à leur actif

Par Valérie Pivon | Publié le 22/08/2021 à 16:30 | Mis à jour le 23/08/2021 à 12:26
Pierre et Farida Labrousse et un dictionnaire

La passion de l’Indonésie et de l’indonésien est très certainement le ciment de ce couple à l’origine des deux premiers dictionnaires indonésien-français et français-indonésien. Pierre Labrousse et Farida Soemargono ont enseigné pour l’un tour à tour le français et l’indonésien et pour l’autre l’indonésien en Indonésie et en France. Mettre en avant la culture indonésienne et l’apprentissage de la langue indonésienne est ce qu’ils ont fait toute leur vie à travers la création des premiers dictionnaires indonésien/français, une méthode d’apprentissage de la langue et la création de la revue scientifique Archipel, spécialisée dans l’Asie du Est.

 

Un couple de référence

Pierre et Farida vivent désormais entre la France et l’Indonésie. Nous les avons rencontrés dans le quartier calme de blok M à Jakarta.

Ce couple est considéré dans les deux cultures comme un couple de référence. En Indonésie, Pierre nous explique que lui et son épouse étaient invités récemment à un mariage et ont été présentés aux jeunes mariés de nationalités différentes comme un couple de référence. Côté français, Pierre et Farida ont retrouvé à Jakarta leurs anciens élèves, certains d’ailleurs en poste à l’Ambassade de France et Institut Français, et tous en parlent également comme un couple de référence !

 

Un travail commun, la passion de l’enseignement 

Après des études de lettres classiques à Limoges, un service de coopérant à La Réunion, il est un peu tôt pour Pierre pour rentrer en France. L’envie de voyager et de découvrir le monde est là, il postule pour un poste d’enseignant de français à Bandung. “En 1965, on ne connait pas beaucoup l’Indonésie, encore moins Bandung, une seule personne a postulé, j’ai donc été pris" nous explique en souriant Pierre. « A cette époque, Bandung est une ville calme, délicieuse, pas besoin de climatisation pour dormir ». Pierre arrive fin 1965, le coup d’état de septembre a renversé le président Sukarno, la chasse aux communistes se poursuit dans le pays. « Bandung est moins déstabilisée par cette période, il faut construire les cours pour que les étudiants reviennent. Il n’y a pas vraiment de méthode pour enseigner le français et encore moins de dictionnaire, base de référence pour apprendre une langue ». Pierre se lance dans le projet pharaonique de rédiger un dictionnaire indonésien-français, plus de 10.000 fiches, 10 années de travail et une publication en 1984. Ce dictionnaire est aujourd’hui encore la référence.

 

Après 8 années à Bandung, le contrat de Pierre se termine et il rentre en France à Paris pour enseigner l’indonésien cette fois-ci à l’Institut National des Langues Orientales anciennement appelé langues’O. L’indonésien, il l’a appris bien sûr en travaillant sur son dictionnaire, mais aussi grâce à sa passion du cinéma « les films étrangers étaient sous-titrés en indonésien. C’est comme cela aussi que j’ai appris » Pierre ne rentre pas seul en France, il a rencontré Farida qui, elle, a enseigné l’indonésien aux ingénieurs français venus construire le barrage de Jatiluhur sur l’île de Java.

Farida a appris le français tout d’abord à Jakarta, elle a pu grâce à des bourses d’études du gouvernement français aller en France à Toulouse et Besançon perfectionner son français.

A Paris, ils intègrent tous les deux la prestigieuse école INALCO comme enseignant d’indonésien en 1971. L’indonésien est une langue enseignée au sein de l’établissement depuis 1841 mais à leur arrivée elle était tombée un peu en désuétude. Pierre remet en place les cours, termine son dictionnaire, Farida se lance dans la traduction de l’édition du Petit Larousse en version indonésienne, et ils écrivent à deux mains une méthode en trois volumes pour apprendre l’indonésien.

Dans les années 1980, il y a un regain d’intérêt pour ces pays que l’on appelle les nouveaux tigres, pays asiatiques dont l’économie se développe. Nous avions à l’époque environ 180 élèves de tout âge motivés pour certains par l’envie d’évasion, de découvertes, pour d’autres l’amour car leur conjoint est indonésien...

 

Pierre Labrousse évolue au sein de cet institut prestigieux et fait la rencontre de Denys Lombard, historien spécialiste de l’Asie de l’Est et du Sud-Est et de Christian Pelras, ethnologue spécialiste de l’Indonésie et plus spécialement des Célèbes. Ils cofondent la revue Archipel, revue scientifique spécialisée sur l’Insulinde (Indonésie, Malaisie, Philippines, Brunei, Singapour et Timor Leste). Cette revue bi-annuelle regroupe des travaux et études en français et en anglais de chercheurs tant sur l’histoire, l’ethnographie et la sociologie. Elle publie en ce début d’année son numéro 100. Archipel est aujourd’hui encore la revue de référence du monde malais.

 

Une retraite en France et Indonésie

En retraite depuis de nombreuses années, le couple se partage donc entre France et Indonésie. Farida retrouve sa famille et Pierre son second pays. Il avoue passer pas mal de temps à observer les gens, son QG c’est Pasaraya, un centre commercial historique situé au sud de Jakarta. Il a vu le pays changer, de ses longues heures d’observation, il nous confie : « j’ai un livre dans ma tête, il faudrait que je l’écrive » Il continue à travailler sur l’évolution de son dictionnaire qu’il va falloir digitaliser et regrouper les concepts ensemble. « J’y travaille entre 3 et 4 heures par jour, c’est mon hygiène mentale ». Sa passion du cinéma ne l’a pas quitté avec un petit penchant pour les films d’horreur. Il nous demande : « savez-vous pourquoi les jeunes indonésiens qui ont une vraie peur des fantômes sont friands de ce genre cinématographique ? Eh bien, les jeunes filles à la vue des fantômes se jettent dans les bras des garçons ! » Les films d’horreur, le truc pour draguer les filles en Indonésie, un prochain sujet pour le lepetitjournal.com de Jakarta.

 

 

         
         


 

 

 

 

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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 15 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
2 Commentaire (s) Réagir
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Revedile mar 17/03/2020 - 22:51

Bonjour et bravo pour ce travail exceptionnel. Peut-on savoir où se procurer ces dictionnaires, s'il vous plaît ? Merci. Evelyne

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jakarta@lepetitjournal.com jeu 19/03/2020 - 05:50

Merci de nous lire. En Indonésie, il sont disponibles chez Gramedia et en France sur les sites de ventes en lignes.

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