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À la rencontre d’Inge De Lathauwer et son école hôtelière à Sumba

Par Valérie Pivon | Publié le 05/05/2019 à 23:30 | Mis à jour le 06/05/2019 à 15:42
Inge de Lauthauwer Sumba foundation hospitality

Le hasard et la passion des voyages ont amené Inge De Lathauwer à Sumba en 2003. Elle y découvre une île magnifique avec des projets hôteliers en développement mais où la population locale est laissée de côté. Elle décide de relever le défi et d’apporter une aide aux habitants en créant une école hôtelière pour les moins privilégiés : Sumba Hospitality Foundation. Rencontre avec une femme passionnée qui a su mettre son énergie dans un projet remarquable. 

 

Que représentait pour vous l’Indonésie avant de venir à Sumba ?  


J’ai beaucoup voyagé avec mes parents et l'Indonésie représente pour moi de merveilleux souvenirs d'enfance. Je suis venue pour la première fois à Bali au début des années 70. Pas besoin de vous dire que c'était un tout autre Bali qu'aujourd'hui. Kuta était un endroit où l’on ne voyait que des rizières, Ubud un village d'artistes, pas de trafic… Je suis tombée amoureuse de l’Indonésie, aucun pays ne m'avait tant inspiré.
 

Pourquoi le choix de Sumba ?

Il y a 6 ans lors d'une fête d'anniversaire d'un vieil ami à Bali, j'étais assise à coté d'un Balinais qui voulait absolument me vendre un terrain à Sumba. Je n'avais jamais entendu parlé de cette île. De plus, je vivais à Bruxelles, donc l'idée était tout-à-fait absurde. En rentrant de ces vacances, j'ai quand même fait des recherches sur internet pour en savoir plus sur cette île. Je n’ai pas trouvé beaucoup d'informations si ce n’est sur l’ancienne culture animiste encore très préservée et vu des photos des villages. Tout cela m'intriguait, j'ai alors décidé un mois plus tard d’aller découvrir Sumba.

Comment vous est venu l’idée de créer une école hôtelière ?

L'île est magnifique avec de belles plages désertes, des villages traditionnels, une culture très intéressante. Lors de ma première visite, les seuls étrangers que j'ai rencontrés étaient des acheteurs de terrains. L'île a certes un potentiel touristique, mais j'ai visité beaucoup de villages et la pauvreté extrême m’a choquée. Les gens n'ont pas d'eau, ni électricité, pas assez à manger, l'éducation scolaire est de très bas niveau. Je sentais que je devais faire quelque chose afin que les Sumbanais puissent profiter du développement de leur île. Des hôtels sont en cours de développement mais comme les Sumbanais ne sont pas qualifiés, les hôteliers font appel à des gens de Java ou Bali pour venir travailler. Les locaux pauvres restent pauvres, encore pire, ils ont vendu leur terrain donc leur futur est incertain. Je ne pouvais pas rester à ne rien faire, j'ai vu trop de paradis qui se sont transformés en désastre par le tourisme. J’ai donc décidé de créer une école hôtelière.


Une école durable en fait, comment vous est venue cette idée ? 

J’ai voyagé pendant des années dans le monde entier, j'ai vu comment le tourisme n'est pas toujours positif et peut être très néfaste s’il n'y a pas un bon planning pour la conservation de la nature, des communautés locales et de la culture. Pour moi le plus important est l'éducation, alors j'ai eu l'idée de faire cette école hôtelière basée sur le tourisme durable. 90% des employés sont locaux, 100% de l’électricité est produite par des panneaux solaires, nous filtrons et réutilisons 90% des eaux usées pour l’irrigation, nous produisons nos légumes dans notre ferme de permaculture, les bâtiments sont en bambou et nous avons une politique  « zéro plastique ». Ces jeunes doivent aussi être les  "Green ambassadeurs" de leur île. Je voulais aussi inspirer le gouvernement et futurs développeurs pour faire ensemble de Sumba un exemple de développement touristique durable et responsable. 

Combien de temps entre l’achat du terrain et la construction ? Et quels ont été les freins à cette réalisation ?

J'ai acheté le terrain en février 2014 et commencé à construire 8 mois après. L'administration et les permis de construire prennent beaucoup de temps. Il a fallu gagner la confiance des locaux. J'ai établi une fondation en Indonésie pour ne pas dépendre d'un partenaire Indonésien. Le terrain, les bâtiments, tout ce que j’ai investi, appartient à la Fondation et ne peut jamais être revendu ou utilisé pour autre but.

Qui vous a aidé dans la réalisation de ce projet ?

Mon parcours personnel, un master en langue orientale à l’université de Gant en Belgique et un diplôme en management à l’école hôtelier de Glion en Suisse m’ont sans doute aidée dans la réalisation de ce projet. Mais quand j'ai eu cette idée un peu folle, je savais que j'avais besoin de quelqu'un sur place, d’une personne locale, qui connaisse bien les coutumes. J'ai eu la chance de rencontrer Dempta Bato, une jeune femme avec 15 ans d'expérience dans les ONG. Après 20 minutes d'explication sur la vision que j'avais, elle m'a dit : "c'est exactement ce dont nous avons besoin, je vais t'aider" et depuis ce jour nous avons fait tout ensemble. Elle est devenue la responsable de la Fondation, elle gère les relations avec le gouvernement, les communautés locales, les ONG, le personnel, et les étudiants.

Comment fonctionne le recrutement des étudiants ?

Nous avons  mis en place des tests écrits suivis d’oraux afin de sélectionner les étudiants. Pour cela nous avons institué des critères : avoir entre 17 et 23 ans, avoir un diplôme de fin de lycée et faire partie d’un milieu défavorisé. Nous recevons en moyenne chaque année 800 candidatures, après correction, nous invitons les 300 meilleurs candidats pour un interview; là nous en sélectionnons 60 (15 de chaque région). Nous poursuivons par un test médical et une visite chez les parents afin de vérifier leur situation familiale, de les informer et signer un engagement mutuel. 

 

Comment se déroule la formation ? 


La durée de la formation se déroule sur 18 mois : 11 mois sur campus (en pensionnat) ou les cours sont enseignés en anglais, et ensuite un stage de 7 mois. Les stages se font à Sumba Nihiwatu Hôtel et à Bali dans les hôtels 5 étoiles comme Ritz Carlton, Oberoi, Alila, Suarga etc. A l’issue de ces 18 mois, ils reçoivent un certificat.


Nous avons aussi un éco-resort qui fait partie du campus. Nos étudiants sont la moitié du temps en classe et le reste du temps ils pratiquent leur connaissance dans notre hôtel avec des touristes du monde entier. Nous avons 9 magnifiques pavillons en bambou, un restaurant, bar, piscine, spa. Nous offrons un service comme un vrai hôtel 4/5 étoiles. Tout le revenu de l'hôtel nous aide aussi à financer une partie du projet. Nous avons une grande ferme en permaculture où nous cultivons nos propres légumes et fruits.

 

Ont-ils tous trouvé un travail à l’issue de la formation ?

Nous avons déjà formé 88 jeunes aujourd'hui : la première années 40 élèves, la 2eme année 48 et fin mai 60 élèves vont commencer leur stage.
A l’issue des 18 mois que dure la formation, ils ont tous trouvé du travail dans l’hôtellerie ou la restauration à Bali, Flores et Sumba. Les jeunes souhaitent tous travailler à Sumba mais pour l'instant il n'y a pas encore assez de travail. Plusieurs grands projets hôteliers sont en construction.


Financièrement comment fonctionne la fondation ?

Les élèves paient 1,500,000 IDR (environs 95 euros pour les 18 mois, tout inclus). Ce n'est qu'une petite somme mais nous sommes convaincus que donner gratuitement, ce n'est pas bon. La plupart paient en 4 fois et parfois tout le village aide pour soutenir l'enfant.
La Fondation a commencé et est financée par une initiative privée de notre famille. Maintenant, nous cherchons des sponsors pour les scolarités.



Venez-vous souvent à Sumba ? Qui dirige la fondation pendant votre absence ?

Je fais des allers-retours toutes les 5 semaines. J'ai une équipe fantastique sur place sous la direction de Dempta avec 50 employés locaux, une dizaine de volontaires internationaux et mon fils Alex qui a commencé la Fondation avec moi il y a 5 ans. Il travaille et habite aussi à plein temps à Sumba.

 Comment voyez-vous l’avenir de la fondation ?

Nous espérons que le modèle pour tourisme responsable sera une inspiration et sera reproduit dans d'autres destinations en voie de développement touristique de l’archipel. Le gouvernement indonésien  et d’autres organisations viennent nous visiter régulièrement pour voir comment fonctionne notre projet. 
En 2018 nous avons reçu un Prix pour l'Innovation et Excellence en Tourisme de UNWTO (association pour le tourisme mondial) et cette année nous sommes sélectionnés par Booking.com  dans leur programme Booster comme l’une des 10 meilleures start-ups dans le monde. 


Plus d’informations sur Sumba Hospitality Fondation , cliquer ici 

samba Foundation Hospitality

 

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Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 14 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'Indonésie.
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